
Par Khélil LAJIMI
(Ancien ministre)
- C’est une réelle fenêtre d’opportunité qui s’ouvre face à la Tunisie… et à nous de la saisir et d’inverser la tendance à la désindustrialisation de notre économie
- Deux tiers des responsables interviewés affirment un changement de leurs stratégies pour des investissements proches de 5000 milliards USD pour les trois prochaines années
- Les Comités stratégiques sont convaincus que les nouvelles mesures protectionnistes prises par l’Administration Trump, vont accélérer le tempo de la réindustrialisation
- La Chine risque d’être la grande perdante… et c’est réellement l’objectif non-déclaré de Donald Trump de l’affaiblir économiquement pour maintenir le leadership des Etats-Unis
TUNIS – UNIVERSNEWS – Le Président Donald Trump annoncera ce jour-même son « jour de libération ». C’est un TSUNAMI de droits de douane sur l’importation de plusieurs produits qui entreront en vigueur immédiatement. Son objectif, rapatrier les usines sur le sol des Etats-Unis. La carte mondiale des sites de production va connaître un bouleversement jamais connu depuis la fin des trente glorieuses provoquées par le choc pétrolier de 1973.
Capgemini, l’entreprise mondiale de conseil en ingénierie, dans le cadre de son étude annuelle sur la réindustrialisation a mené une enquête auprès de 1400 capitaines d’industries européennes et américaines de plus de 1 milliard de dollars de revenus.
Ce qui ressort de cette étude-enquête : « La production mondiale évolue d’une délocalisation axée sur les coûts vers une focalisation sur la résilience et l’autonomie locale et régionale », conclut l’étude. Deux tiers des responsables interviewés affirment un changement de leurs stratégies industrielles pour des investissements proches de 5000 milliards de dollars pour les trois prochaines années. Une enveloppe astronomique qui donne à réfléchir et qui représente une réelle opportunité pour un pays comme la Tunisie.
Les Comités stratégiques des grandes entreprises industrielles sont convaincus que les nouvelles mesures protectionnistes prises par l’Administration Trump, vont accélérer le tempo de la réindustrialisation.
Aujourd’hui les grands sites industriels se trouvent dans le pays du siège social, dans un pays proche et dans un pays lointain compétitif généralement à bas coûts de production. La tendance qui se dégage est le rapatriement des usines lointaines vers les pays du siège social et les pays proches à conditions, pour ces derniers, d’être politiquement sûrs, de satisfaire les nouvelles règles de RSE (responsabilités sociales et environnementales) et d’avoir des coûts de logistiques compétitifs. C’est le Friendshoring.
A ce jeu-là la Chine risque d’être la grande perdante. Et c’est réellement l’objectif non déclaré de Donald Trump d’affaiblir économiquement la Chine pour maintenir le leadership des Etats-Unis sur l’économie mondiale. A nous de saisir cette opportunité et de nous positionner intelligemment pour capter une partie, même infinitésimale, de ce flux d’investissement.
A l’opposé, les gagnants seront les pays sûrs, ayant un cadre législatif et règlementaire stable pour l’entreprise, donnant des garanties aux investisseurs internationaux et disposant d’une main d’œuvre qualifiée et compétitive.
Grand bouleversement dans l’implantation des usines des industriels européens et américains.
Le cadre des nouvelles règles d’installation des sites de production est planté. Les flux d’investissement vont être énormes. Il s’agit de se préparer à cette nouvelle donne. La Tunisie est un excellent relais de compétitivité pour l’industrie européenne. Il s’agirait d’instaurer une collaboration étroite entre le public et privé avec des rôles définis pour chacun. Le public, se cantonnera à mettre en place un cadre législatif innovant pour encourager les investissements, aidera les entrepreneurs à mettre en place des politiques RSE, mettra à niveau les zones industrielles et l’infrastructure de formation y compris la formation professionnelle, apportera une solution définitive au goulot d’étranglement que représente le port de Radès et, enfin instaurera des tribunaux de commerce afin d’apporter la célérité nécessaire pour régler les différents des entreprises.
De son côté le privé devra identifier des partenariats européens et pourquoi pas américains pour développer des circuits courts et fiables dans les secteurs industriels rapatriés des pays lointains.
C’est une réelle fenêtre d’opportunité qui s’ouvre face à la Tunisie.
A nous de la saisir et d’inverser la tendance à la désindustrialisation de notre économie.