La Bourse de Tunis… petite par la taille, grande par les ambitions!!!

- La Bourse n’est pas un club fermé et elle s’adresse à tous les investisseurs, du petit épargnant aux grands fonds
- Aujourd’hui, plus de 50 % de la capitalisation est portée par des institutions financières… C’est donc une bourse qui reflète surtout le secteur financier
- La part des étrangers dans la capitalisation est d’environ 21 %, dont 20 % sont des investisseurs stratégiques, avec des portefeuilles stables
- La Bourse est triplement certifiée ISO : cybersécurité (27001), qualité de service (20000), et continuité d’activité (22301)
- Si nous parvenons à élargir notre spectre, nous pourrions devenir bien plus qu’une place financière nationale, mais une référence pour l’Afrique du Nord
Tunis, UNIVERSNEWS (Interview) – Insuffisamment sollicitée pour le financement des entreprises, la Bourse de Tunis peine à refléter la diversité économique du pays. Sa capitalisation reste dominée par le secteur financier, tandis que des pans entiers du PIB — agriculture, tourisme, énergie — demeurent absents. Elle dispose pourtant de nombre d’atout dont une transparence exemplaire, une infrastructure technologique aux standards internationaux, et une ouverture fluide aux investisseurs étrangers.
Radioscopie d’une place boursière qui ambitionne de devenir un véritable baromètre de l’économie nationale reflétant les attentes du marché et aspirant à promouvoir la prospérité économique avec Bilel Sahnoun, DG.
- UNIVERSNEWS : Pourquoi observe-t-on aujourd’hui si peu d’introductions en bourse en Tunisie ?
Bilel Sahnoun : Une introduction en bourse peut répondre à plusieurs objectifs. Le premier est la levée de fonds pour accompagner le développement d’une entreprise. Pour les entreprises qui se portent bien, il est souvent plus simple d’opter pour un financement bancaire : c’est plus rapide, moins contraignant, même si plus coûteux. Un autre objectif est la succession. Nous avons plusieurs exemples où l’introduction en bourse a permis une transmission fluide entre générations, sans chamboulement managérial. Enfin, il y avait auparavant des incitations fiscales à l’introduction, mais qui ont hélas disparu. Résultat : les entreprises se tournent davantage vers le capital-risque. Ne vous méprenez pas, la tendance est mondiale.
- La Bourse de Tunis est-t-elle accessible au grand public ?
Absolument. Ce n’est pas un club fermé. Nous nous adressons à tous les investisseurs, du petit épargnant aux grands fonds. Nous proposons une panoplie de produits adaptés à différents niveaux de risque : des OPCVM obligataires pour les profils prudents, des produits plus dynamiques pour ceux qui cherchent du rendement. Et même si l’investisseur ne connaît pas le fonctionnement boursier, il peut confier ses fonds à un gestionnaire de portefeuille, qui l’accompagnera selon son profil de risque.
- Peut-on dire que la Bourse de Tunis reflète l’économie nationale ?
Pas vraiment. Plus de la moitié des secteurs qui composent le PIB tunisien ne sont pas représentés: télécoms, agriculture, tourisme, énergie, mines, services publics…
Aujourd’hui, plus de 50 % de la capitalisation est portée par des institutions financières. C’est donc une bourse qui reflète surtout le secteur financier.
- Qu’en est-il de l’attractivité pour les investisseurs étrangers ?
La part des étrangers dans la capitalisation est d’environ 21 %, dont 20 % sont des investisseurs stratégiques, avec des portefeuilles stables. Moins de 1 % concerne des investissements en portefeuille.
Mais les conditions sont bonnes : la réglementation de change est fluide, les intermédiaires maîtrisent leurs processus, et nous avons adopté le standard J+2 pour la livraison contre règlement, comme les grandes places internationales.
- Comment se positionne la Bourse de Tunis sur le plan technologique ?
Nous tournons sur les mêmes plateformes que Paris, Amsterdam, Milan ou Luxembourg, soumises à des réglementations européennes strictes.
Nous sommes triplement certifiés ISO : cybersécurité (27001), qualité de service (20000), et continuité d’activité (22301). À ma connaissance, nous sommes la seule entreprise en Tunisie à disposer de cette triple certification.
- La Bourse de Tunis pourrait-elle rayonner à l’échelle régionale ?
Oui, mais avec des préalables. Imaginez, nous aurions lancé une bourse de l’huile d’olive, nous aurions pu devenir une référence mondiale. Mais pour jouer un tel rôle, il faut une réglementation incitative, qui pousse les entreprises à se faire coter. Des IPO obligatoires, comme aux États-Unis ou en Inde, pourraient être envisagées pour les entreprises d’utilité publique ou à risque systémique.
- Comment voyez-vous l’avenir de la Bourse ?
Avec l’IA et la plateformisation des processus, le modèle classique va évoluer. Le positionnement international deviendra plus accessible. En ce qui concerne la BVMT, cela suppose une volonté politique et une réforme réglementaire. Aujourd’hui, Casablanca ou Le Caire tirent leur visibilité de la taille de leurs entreprises cotées. Mais en termes de technologie et de conformité, nous n’avons rien à leur envier. Ce qui nous manque, c’est la taille. Et c’est ce qui nous empêche d’apparaître sur les radars des grands investisseurs. Nous ne manquons ni de rigueur, ni de vision, ni d’outils. Ce qui nous fait défaut, c’est la masse critique, la représentation sectorielle et une impulsion réglementaire forte. Nos fondations sont solides : transparence, pédagogie, standards internationaux, ouverture aux investisseurs étrangers. Si nous parvenons à élargir notre spectre, nous pourrions devenir bien plus qu’une place financière nationale : un levier stratégique pour l’économie tunisienne, et une référence pour l’Afrique du Nord. (Rédaction)



