L’UTICA tire la sonnette d’alarme: « La fiscalité doit être un moteur et… pas un frein »!!!

- Les propositions du patronat tunisien au cœur des débats sur le projet de loi de finances 2026!!!
- Objectif : éviter que le projet de loi de finances 2026 n’étouffe davantage l’investissement, dans une conjoncture déjà fragilisée!!!
- Pour le patronat, l’impôt sur la fortune ne serait pas seulement inopportun, mais aussi contre-productif, risquant de fragiliser la confiance déjà vacillante des entrepreneurs
- Les entreprises tunisiennes évoluent dans un cadre juridique souvent obsolète, complexe, et difficile à anticiper, ce qui freine les investissements
- Urgence de réhabiliter les infrastructures, d’améliorer la logistique portuaire et terrestre, et de soutenir la digitalisation des procédures administratives
Tunis, UniversNews (SEF) – À l’heure où la Tunisie traverse l’une des phases économiques les plus délicates de la décennie, marquée par une croissance fragile, une pression fiscale élevée et un climat d’investissement hésitant, le débat autour du projet de loi de finances 2026 s’annonce décisif pour l’avenir du pays. C’est dans ce contexte tendu que la Commission des finances de l’ARP et celle du Conseil national des régions ont auditionné, le 15 novembre 2025, les opérateurs économiques.
Face à des défis structurels persistants, inflation endémique, recul de l’épargne, montée du secteur informel, essoufflement industriel, pression sur la balance commerciale, les représentants du patronat sont venus exposer une vision claire : la Tunisie ne se relèvera que si la fiscalité devient un moteur de relance, et non une charge supplémentaire pour les entreprises organisées.
Au-delà des critiques, l’UTICA propose un ensemble cohérent de réformes, touchant la fiscalité, l’investissement, la douane, les exportations, l’industrie, le logement et l’énergie. Une plateforme de propositions qui pourrait, si elle est prise en compte, redéfinir le climat des affaires, renforcer la compétitivité nationale et redonner confiance aux investisseurs locaux et étrangers.
Dès les premiers mots, le ton a été donné. Pour l’UTICA, la relance passe par une fiscalité intelligente, capable de soutenir l’effort d’investissement, l’innovation et la création d’emplois. « Encourager l’investissement, c’est assurer la stabilité économique et sociale du pays ».
Une fiscalité stable, élargie et incitative
Pour l’organisation patronale, la visibilité fiscale est aujourd’hui le premier facteur de décision pour les investisseurs. Instabilité, multiplicité des textes, changements récurrents des taux et des procédures : autant de signaux négatifs qui freinent la dynamique économique.
Elle considère qu’il est urgent de protéger l’entreprise organisée, moteur de recettes fiscales et pourvoyeuse d’emplois, tout en élargissant la base d’imposition via l’intégration progressive du secteur informel.
Le point le plus explosif : l’UTICA rejette l’impôt sur la fortune
Parmi l’ensemble des mesures débattues, la taxe sur la fortune reste incontestablement le point de tension majeur entre le patronat et le gouvernement. L’article 50 du projet de loi, qui prévoit d’imposer les patrimoines composés d’immobilier, de dépôts bancaires et de biens mobiliers, a été fermement rejeté par l’UTICA.
Pour l’UTICA, cette taxe ne serait pas seulement inopportune : elle serait contre-productive, risquant d’affaiblir l’épargne, d’étouffer l’investissement privé et de fragiliser la confiance déjà vacillante des entrepreneurs. Il rappelle que les actifs visés sont déjà soumis à plusieurs couches d’imposition, et qu’instaurer une taxe supplémentaire reviendrait à « pénaliser la réussite, la production et l’effort d’épargne ».
L’argument est clair : ces actifs représentent les garanties indispensables des entreprises auprès du système bancaire. Sans elles, moins de financements, moins de projets, moins d’emplois. L’expérience internationale renforce cette position : les pays ayant tenté une taxe sur la fortune l’ont, pour la plupart, abandonnée faute d’efficacité.
Ainsi, l’UTICA appelle sans ambiguïté à l’abrogation totale de cet article, y voyant un signal dangereux pour l’attractivité du pays.
Modernisation urgente : infrastructures, logistique et textes économiques
Au-delà de la question fiscale, l’UTICA met en garde contre un autre risque majeur : le retard réglementaire et infrastructurel de la Tunisie, dans un monde où la compétitivité se joue désormais à grande vitesse.
Selon l’organisation, les entreprises tunisiennes évoluent dans un cadre juridique souvent obsolète, complexe, et difficile à anticiper, ce qui freine les investissements nationaux et étrangers.
Le patronat recommande ainsi une révision en profondeur de plusieurs textes structurants :
- Le Code d’investissement, pour le rendre plus lisible et plus incitatif,
- La réglementation des changes, jugée trop rigide et pénalisante pour les exportateurs,
- La fiscalité et les procédures douanières, devenues trop lourdes,
- Le Code des marchés publics, qui retarde considérablement les projets.
Mais la modernisation ne se limite pas aux lois. L’UTICA insiste sur l’urgence de réhabiliter les infrastructures, d’améliorer la logistique portuaire et terrestre, et de soutenir la digitalisation des procédures administratives.
Dans un monde où la concurrence est rude, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle, de l’agro-industrie, de l’énergie ou de la cybersécurité, la Tunisie doit impérativement adapter ses structures, accélérer ses réformes et moderniser ses outils pour rester dans la course.
Une pluie de propositions sectorielles : vers un cadre plus compétitif et équitable
Les représentants de l’UTICA sont également venus avec une série de propositions sectorielles destinées à réduire les coûts, corriger les distorsions de concurrence et dynamiser les chaînes de valeur nationales.
Dans l’industrie
- Réduire ou supprimer certaines taxes sur les matières premières utilisées dans les secteurs du marbre, des cosmétiques ou du bois transformé.
- Revoir le système de taxation environnementale pour éviter d’alourdir le coût de production.
- Réformer en profondeur l’encadrement fiscal des alcools, considéré comme archaïque et peu efficace.
Dans le commerce extérieur
- Restaurer la suspension de la TVA pour les entreprises totalement exportatrices afin de relancer les ventes à l’international.
- Réduire ou éliminer certains droits de douane sur les équipements stratégiques, notamment les panneaux solaires, pour favoriser la transition énergétique.
- Harmoniser les droits appliqués au marbre importé et exporté, créant une équité fiscale entre producteurs tunisiens et importateurs.
Dans le logement et l’immobilier
- Réviser la TVA sur les logements pour rendre l’accès au logement plus abordable.
- Réduire les droits d’enregistrement afin d’alléger les charges pesant sur les acquéreurs et les promoteurs.
Et pour rappeler que la relance repose d’abord sur les secteurs productifs, une expression revient avec insistance : « Quand le bâtiment va bien, l’économie va bien. »
Une manière de souligner que soutenir l’investissement et la production reste la condition de toute reprise durable.
Dans la lutte contre l’informel
- Revoir la fiscalité de plusieurs produits fortement exposés à la contrebande afin de réorienter les flux vers les circuits légaux.
- Mettre en place un cadre clair et opérationnel pour encadrer des secteurs souffrant d’une concurrence informelle massive.
Avec cet éventail de propositions, l’UTICA cherche à construire un système fiscal plus juste, plus compétitif et plus favorable à la création de richesse, estimant que la relance économique passe inévitablement par un partenariat solide entre l’État et les entreprises.
Les députés réagissent : « Nous avons besoin de transparence et d’un nouveau contrat social »
Les parlementaires ont appelé :
- À renforcer la coordination entre gouvernement et Parlement,
- À publier des données fiables sur l’exécution des lois précédentes,
- Et à intégrer les organisations nationales dans les grands choix économiques.
Ils ont également interrogé l’UTICA sur la création d’emplois pour les diplômés (article 13) et sur l’impact des mesures salariales.
Le secteur privé se veut moteur de la croissance
L’UTICA affirme vouloir doubler le rythme de croissance, réduire le chômage et attirer davantage d’investisseurs étrangers.
Elle salue les incitations prévues à l’article 13, tout en renouvelant son refus catégorique de la taxe sur la fortune.
Les priorités du patronat :
- Allègement de la pression fiscale,
- Simplification administrative,
- Réduction des licences,
- Renforcement du partenariat public-privé,
- Ouverture de nouveaux secteurs à l’initiative privée (énergies renouvelables, matériaux de construction…).
Un test crucial pour la crédibilité économique de la Tunisie
Le projet de loi de finances 2026 apparaît aujourd’hui comme un tournant décisif.
L’UTICA appelle à en faire un levier de croissance, et non un simple outil de collecte fiscale.
La balle est désormais dans le camp des législateurs.



