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FINANCES PUBLIQUES : UNE REFORME STRUCTURELLE S’IMPOSE

Par Khélil LAJIMI

Ancien ministre

  • La Tunisie fait face depuis plusieurs années à de fortes contraintes macroéconomiques: croissance économique atone, inflation persistante et déficit jumeau récurant
  • Le robinet budgétaire est grand ouvert depuis 2011 et la Banque centrale subit une énorme pression pour adopter une politique monétaire accommodante
  • L’amélioration des indicateurs clés repose sur deux leviers : une maîtrise des dépenses publiques mais aussi une relance de la croissance économique
  • Simplification fiscale, réforme des subventions, modernisation de l’administration sont des pistes de travail pour une réforme structurelle qui s’impose

UniversNews (Tribune) – Le Président de la république vient de promulguer la loi de finances 2026. Elle a été publiée au Journal Officiel. On a assisté, au cours des débats au Parlement, à des critiques acerbes des parlementaires à l’encontre de l’exécutif. Mais le constat est clair : la Tunisie fait face depuis plusieurs années à de fortes contraintes macroéconomiques : une croissance économique atone ; une inflation persistante ; un déficit jumeau (public et courant) récurant.

Pour combler le besoin de financement du budget 2026 le Gouvernement a choisi, pour la troisième année consécutive, un financement direct par la Banque centrale de Tunisie. Onze milliards de dinars, soit à peu de choses près le montant du déficit budgétaire. Cumulé sur les trois dernières années, le financement de la Banque centrale atteint vingt-cinq milliards de dinars soit environ 14% du PIB. Les économistes le savent mais ce genre de financement, une monétisation du déficit, engendre nécessairement une poussée inflationniste. C’est ce qui rend la Banque centrale réticente à procéder à une détente du taux directeur de peur de voir l’inflation resurgir (4,9% à fin novembre) et le dinar se déprécier ce qui alimentera indirectement l’inflation par l’importation. 

Aujourd’hui le taux d’intérêt réel est à plus de 2,5 % et une détente du taux directeur pourrait donner un coup de pouce à la croissance. C’est le dilemme du Conseil d’administration de la Banque centrale qui se limite stricto sensu à son mandat à savoir la stabilité des prix et la défense du dinar. La politique budgétaire laisse peu de marge de manœuvre au gouvernement. En effet, le robinet budgétaire est grand ouvert depuis 2011 et la Banque centrale subit une énorme pression pour adopter une politique monétaire accommodante. Elle essaie, à travers la politique monétaire, de rééquilibrer le Policy mix déjà sous tension.   

La situation actuelle des finances publiques est sérieuse mais pas catastrophique comme le martèlent certains pseudos experts pour nous expliquer que l’Etat est en faillite. C’est totalement faux. Mais la situation est sérieuse.   La dette publique est autour de 80% du PIB et le déficit budgétaire atteindra environ 5% à la fin de cette année. La dette publique demeure soutenable mais, dans un contexte économique mondial instable, il devient primordial d’inverser cette tendance. L’amélioration de ces indicateurs clés repose sur deux leviers : une maîtrise des dépenses publiques mais aussi une relance de la croissance économique qui augmentera le dénominateur et baissera mécaniquement ces deux indicateurs clés. 

La maîtrise des dépenses publiques est inévitable. Soit elle sera Tuniso-tunisienne ce qui nécessitera du courage politique, soit elle nous sera imposée par les institutions financières internationales avec un programme d’austérité drastique qui fera souffrir les catégories les plus vulnérables. Le cas de la Grèce est récent. Ce pays a été carrément mis sous-tutelle en 2010 malgré l’appui de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne.

Pour consolider les finances publiques, deux pistes sont à explorer, un élargissement de la base fiscale et un cadrage du déficit budgétaire à moyen terme qui montre une trajectoire d’amélioration ce qui donnera un signal positif pour les bailleurs de fonds internationaux. La confiance des marchés et des bailleurs de fonds internationaux ainsi que des investisseurs locaux et internationaux est essentielle.

Pour relancer la croissance économique il faut nécessairement augmenter la productivité globale des facteurs. C’est le résidu de croissance économique une fois l’apport du travail et du capital pris en compte. Elle provient du progrès technologique, d’une meilleure formation de la main d’œuvre et d’une optimisation de l’organisation du travail.  Cela passera inéluctablement par des investissements publics dans la formation, l’encouragement des investissements dans les nouvelles technologies et l’innovation et, enfin, une reprise de l’investissement des opérateurs du secteur privé qui ne demandent que de retrouver la confiance et moins de défiance à leur égard.

 L’état des finances publiques se caractérise par une situation délicate : la dette est élevée, le déficit persiste, et les marges de manœuvre budgétaires sont réduites. Toutefois, le fait que des efforts soient amorcés, que des trajectoires d’amélioration soient envisagées et que des leviers de réformes soient identifiés donnent une fenêtre d’opportunité. Le principal défi réside désormais dans la mise en œuvre effective de ces mesures dans un contexte économique international instable. Simplification fiscale, réforme des subventions, modernisation de l’administration sont des pistes de travail.  

Il faudra du courage politique.

K.L.

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