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Quand l’humour publicitaire tourne au scandale !

UniversNews (Analyse) – Chaque année, Ramadan transforme la Tunisie en un véritable terrain de bataille publicitaire. Une véritable ruée vers l’attention des téléspectateurs et des internautes ! Entre les feuilletons ramadanesques qui captent toute l’attention télévisuelle et les réseaux sociaux qui explosent d’interactions après l’Iftar, les « marques » rivalisent d’ingéniosité pour capter le cœur des Tunisiens. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon une étude de l’Agence Nationale de la Publicité, l’audience télévisuelle augmente de 35 à 40 % pendant le mois sacré, et les campagnes digitales voient leur engagement multiplié par 2,5 en moyenne. Bref, Ramadan est le moment où toute entreprise rêve de briller… mais le risque est énorme.

Cette année, c’est Tunisie Télécom, l’opérateur numéro un du pays, qui a déclenché un tollé national avec son spot ramadanesque. La pub met en scène Moncef Bey, figure historique nationale respectée, dans le rôle d’un groom d’hôtel, suscitant rires et indignation. Sur les réseaux sociaux, la réaction a été immédiate :

« Moncef Bey, le plus nationaliste et aimé des beys, doit rester haut dans nos cœurs et sur son piédestal. C’est un scandale ! », écrit le talentueux réalisateur de la télévision nationale, Moncef Mekacher, sur sa page Facebook. «Cette pub grotesque piétine notre identité nationale. À vomir», peut-on lire, dans un des commentaires.

Les critiques ne concernent pas seulement l’image d’une marque, mais touchent directement à l’histoire et à l’identité tunisiennes.

Au-delà des figures historiques, la publicité de Ramadan doit également respecter l’éthique et la diversité culturelle tunisienne. Trop souvent, certains spots se permettent des blagues sur les dialectes régionaux, des caricatures de comportements locaux ou des stéréotypes qui, pour une partie de la population, franchissent une ligne rouge. Ces pratiques ne sont pas anodines : elles alimentent la colère et le ressentiment, fragilisent le lien entre la marque et le public, et transforment l’humour en outil de division plutôt qu’en vecteur de complicité. Une publicité responsable doit allier créativité et sensibilité, célébrer la diversité du pays sans ridiculiser ses habitants, et respecter les frontières éthiques qui garantissent que l’humour ne se transforme pas en insulte. En d’autres termes, le respect des sensibilités régionales et culturelles n’est pas une option: c’est un impératif pour toute marque qui veut durer en Tunisie.

Ce genre de maladresse rappelle que, si l’audimat est une opportunité, le respect de la mémoire collective est non négociable.

Avec le boom des réseaux sociaux et l’explosion de la consommation médiatique pendant Ramadan, il devient impératif d’instaurer une régulation proactive. Non seulement pour préserver les valeurs culturelles et historiques, mais aussi pour guider les marques vers une communication responsable, qui crée de l’émotion sans heurter. Après tout, un spot bien pensé peut faire le buzz dans le bon sens !! Aussi le cas de Tunisie Télécom à moultes reprises…

En conclusion, le cas de Tunisie Télécom n’est pas un incident isolé : c’est le symptôme d’un secteur publicitaire qui cherche à tout prix le spectaculaire, parfois au détriment du respect national. Ramadan, avec son pic d’audience, est une occasion en or… mais il est temps que la créativité rencontre l’éthique, pour que la publicité tunisienne cesse de diviser et commence à rassembler. (KS)

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