Tawfik Bourgou
Le temps n’est-il pas venu de se « décoloniser » énergétiquement.
Sans une stratégie souveraine d’énergie aucune stabilité économique n’est possible.
L’histoire des frontières de l’ouest et du sud depuis 2011 montre l’ampleur subversive du chantage gazier et pétrolier.
Tout y passe du Malouf au Sefseri, même la jebba a été volée, le pire celui qui a voulu voler la jebba tunisienne n’a même pas pris la peine de sortir le Cheikh Ben Achour de son habit en le transformant en algérien.
En 2030 la Tunisie n’aura plus de sources de gaz endémique, le Kamour finira en camp du vide.
Ce qui se joue aujourd’hui à l’intérieur comme à l’extérieur de la Tunisie s’est une guerre feutrée pour les corridors de passage
Tunis – Univers News. Les derniers jours d’horreur vécus par les Tunisiens, sont les conséquences inéluctables d’une pseudo révolution qui a tout démoli. Si on prend la peine d’analyser la suite d’évènements entre mars/avril 2026 et cette fin de juillet 2026, certaines choses paraissent plus claires et les rôles seront mieux éclairés.
Dans cette tribune, nous allons nous focaliser sur les causes profondes et sur les vulnérabilités qui nous ont conduit à la limite de l’effondrement général. Dans une prochaine tribune, nous poserons l’analyse du scénario syrien initialement préparé pour la Tunisie.
Mais soulignons d’abord un fait, à l’horreur de ce qui a été vécu, s’ajoute une triple indécence. D’une part celle d’un ancien « provisoire » qui n’a en rien changé son répertoire malgré la rectification de sa dentition du devant. Celle du « héros » du Sheraton, mais aussi et surtout celle du potentat algérien qui n’a pas raté l’occasion de se croire le régent de la Tunisie, une fois de plus.
Les entrepreneurs du malheur tunisien (le provisoire et ses amis, le héros du Sheraton et l’algérien) se sont réunis à l’occasion d’une nouvelle catastrophe à laquelle leurs basses œuvres doivent beaucoup.
Mais soyons honnêtes dans la distribution des torts et des manquements, car si la Tunisie a tangenté l’effondrement ces dernières semaines c’est aussi en raison des fautes mortelles commises par son peuple et par les dirigeants passés, surtout ceux d’avant 2011 et bien évidemment, ceux issus de la jacquerie de la brouette. Tous, in solidum ont contribué à l’abandon de ce qu’un Etat ne peut négliger.
Cela explique le passé, mais disons-le c’est annonciateur de nouveau périls si rien n’est entrepris.
Sept piliers forment l’ossature de ce qui fait Etat et ce qui fait société, de ce qui fait la souveraineté d’un pays, son indépendance, sa souveraineté. S’ils venaient à être aliénés ou bradés, un pays peut disparaitre. Ces sept piliers ne sont pas cessibles, ne se partagent pas, ne peuvent être mis sous le contrôle d’un autre pays.
Dans l’ordre, il s’agit de la frontière, de la terre, de l’eau, de l’énergie, de l’alimentation, de l’éducation et du patrimoine immatériel.
Dans cet été particulièrement caniculaire, la Tunisie se retrouve sans électricité, sans eau, avec une économie anémiée. Les trois pannes sont dues à des fautes politiques qui ont, osons le mot, effondré le pays.
Bien sûr la pseudo révolution de 2011 a démoli le pays et a détruit son avenir, contrairement à ce que peuvent affirmer les thuriféraires de la « glorieuse » jacquerie. Mais il faut reconnaitre que la panne et l’effondrement actuels, sont dus en partie au moins, à de mauvaises décisions passées, notamment en ce qui concerne l’énergie.
La signature de l’accord gazier avec l’Algérie et l’Italie dans les années quatre-vingt a renvoyé la Tunisie à un statut peu enviable de pays-corridor sans capacité de peser dans le jeu, comme le ferait une Turquie qui dispose de moyens de pression militaires, inexistants dans le cas tunisien. Ceux qui avaient à l’époque signé ce funeste accord, était de la génération qui a vécu l’opération de Gafsa planifiée à Alger et exécutée par Kadhafi avec la participation de tunisiens arabistes dont un certain « Sebti » qui se reconnaitra auquel les plateaux de télévision ont été abondamment ouverts, malgré son passé, disons-le de complice d’une action militaire sous drapeau algéro-libyen ce qui fait de lui un vulgaire traitre.
Était-ce sain de faire dépendre son énergie du bon vouloir de ceux qui avait négocié avec la Libye et l’URSS le partage de la Tunisie ? Ce fut la faute originelle, on dira mortelle. Dès lors, il était certain que le gaz allait devenir une arme, une épée de Damoclès au-dessus du cou des tunisiens.
Le gaz peut arbitrer l’avenir politique, diplomatique de la Tunisie, sauf à avoir le courage de s’en défaire pour ne dépendre d’aucun chantage, eût-il été algérien permanent, ou italien pernicieux, mafieux et insidieux. N’est-il pas insultant pour un Etat, un des plus anciens du continent d’être devenu l’objet de marchandages entre algériens et italien.
A quel prix la Tunisie paye-t-elle son gaz ? sa dignité, son honneur, le bradage du patrimoine immatériel ? En se mettant dans l’équation régionale et arabe pour l’énergie, la Tunisie a aliéné son avenir au point que lorsque l’Union Européenne a tenté de mettre en place des projets énergétiques avec la Tunisie, une des parties prenantes du gazoduc qui traverse la Tunisie a imposé son Diktat : participer au projet ou rompre l’accord gazier.
Le temps n’est-il pas venu de se « décoloniser » énergétiquement des voisins de l’ouest et du sud ? Car sans une stratégie souveraine d’énergie aucune stabilité économique n’est possible. Se déconnecter des voisins est une nécessité. A ce titre, il aurait été moins coûteux politiquement et économiquement de dépendre des européens ou même des américains que de dépendre des « frères » de l’ouest ou du sud. L’histoire des frontières de l’ouest et du sud depuis 2011 montre l’ampleur subversive du chantage gazier et pétrolier. Si la frontière n’a jamais été fermée devant l’invasion submersive subsaharienne, c’est en raison du chantage gazier et énergétique contre la Tunisie. De peur, l’Etat tunisien n’a jamais été en capacité d’élever la voix face à un plan de déstabilisation qui se paye en milliers d’arrivées et en effondrement sécuritaire et de destruction des fondamentaux de la société et de l’avenir des générations futures.
Mais là aussi, nous devons faire porter le poids de la responsabilité de l’effondrement de la frontière et de l’économie aux tunisiens qui se sont fait contrebandiers, passeurs de marchandises d’abord, d’immigrés clandestins et aujourd’hui de drogues qui gangrènent la société et certainement l’économie, qui dans un proche avenir devrait suivre la voie du blanchiment, c’est une trajectoire inéluctable, la Tunisie ne dérogera pas à la règle.
Mais la frontière n’est pas la seule abdication de l’Etat face à son environnement géopolitique immédiat. L’accord de défense avec l’Algérie constitue une abdication quand on songe à la bande des 50km accordée à l’autre partie et ce que comporte cette bande des 50 km le long de ma frontière ouest. Il s’agit d’un accord, qui dans son principe ne peut être signé sauf à accepter sa propre disparition. Dans cette bande, sources, aquifères, ressources et même minerais rares. On s’étonne d’ailleurs du manque de discernement sauf à relier le bradage de la frontière au problème de la dépendance énergétique.
Autrement dit, le choix est entre mourir immédiatement par manque d’énergie ou disparaître plus tard en tant qu’entité politique, broyée entre algériens et italiens.
Mais au cours de ces quinze dernières années, la Tunisie n’a pas fait qu’aliéner frontière, ressources et sécurité énergétique. Le gaz et son poids au quotidien a poussé le pays à fermer les yeux sur le pillage du patrimoine immatériel de la Tunisie par les voisins de l’ouest.
Tout y passe du Malouf au Sefseri, même la jebba a été volée, le pire celui qui a voulu voler la jebba tunisienne n’a même pas pris la peine de sortir le Cheikh Ben Achour de son habit en le transformant en algérien, Saliha, Abou Kacem Chebbi ont été aussi annexés. Lors d’une exposition à Paris même, sans réaction aucune, tout un pan du patrimoine tunisien a été volé et annexé, sans réaction officielle. Il est vrai que le dzirisme est la religion à la mode, jusque dans le théâtre antique de Carthage et par temps de canicule !
Voilà ce qui arrive quand on livre ce qui est vital à un rival qui vous chante les sérénades de la fraternité quand l’intention est simplement une vassalisation. Mais peut-on blâmer le
« colonisateur » et absoudre de ses propres erreurs le colonisé ?
Depuis 1956, la Tunisie n’a produit qu’une seule ou au mieux deux esquisses d’une stratégie énergétique restée dans les tiroirs. Il y a environ vingt-quatre ans, travaillant sur le nucléaire en France, je suis tombé par hasard sur un article sur la stratégie nucléaire civile de la Tunisie. Au moment de la glorieuse jacquerie de 2011, le premier acte de la nouvelle clique au pouvoir a été de déchirer le projet d’une centrale tunisienne. Le reste, à savoir l’éolien et le solaire, ne sont pas à la hauteur des besoins. L’hydrogène vert nécessite une énergie que la Tunisie n’a pas. Or, l’avenir ne se présente pas sous de bons auspices. En 2030 la Tunisie n’aura plus de sources de gaz endémique, le Kamour finira en camp du vide. Rappelons-nous la jacquerie des ceux qui s’étaient érigés en propriétaires et possesseurs. Rappelons-nous les fariboles du pétrole et du gaz volés et des richesses cachées.
La suite peut-être plus dramatique. Le nouveau gazoduc algérien passe directement vers la Sardaigne, ce qui veut dire que la Tunisie peut devenir à tout moment le client unique du gazoduc qui passe par son territoire et ne sera plus voie de passage ce qui permettrait à l’Algérie et à l’Italie de se dédire d’une partie des quotas en transit.
La situation de la Tunisie, toute proportion gardée, ressemblerait alors à celle de l’Ukraine entre une Russie qui veut l’avaler et une Union Européenne qui n’avait d’intérêt que pour le gaz.
Ce que certains feignent de ne pas voir est que le lien entre les sept facteurs de la souveraineté d’un pays se fait à travers l’énergie et la récente crise l’a montré.
En 2011, la Tunisie s’est livrée au Qatar et à la Turquie qui ne voyait en elle qu’un vulgaire corridor de passage du gaz libyen vers l’Europe, les Etats-Unis avaient songé au gaz du Nigéria, les islamistes au pouvoir salivaient à l’idée de recevoir les dividendes d’un bradage de la terre.
Être le corridor c’est oublier tourisme et agriculture, c’est dépendre d’entreprises dont le chiffre d’affaires serait plus de mille fois le budget annuel de la Tunisie, c’est se faire broyer par les jeux de concurrences gazieres pour l’accès à la seule zone solvable : l’Union Européenne.
Ce qui se joue aujourd’hui à l’intérieur comme à l’extérieur de la Tunisie s’est une guerre feutrée pour les corridors de passage avant l’arrivée à maturité du projet gazier israélien vers l’Europe.
La Syrie « pacifiée » par Daech au profit de la Turquie et du Qatar est devenue soudain la plateforme de passage du gaz vers l’Europe pour ne plus dépendre du Détroit d’Ormuz. Si le gaz israélien arrive vers l’Europe via Chypre, la Grèce et les Balkans, c’est la fin programmée des monarchies et des Etats gaziers arabes. Dans ce cas, les voies de passage deviennent des enjeux majeurs. A défaut de contrôler les sources, on va s’affronter dans les voies de passage.
Certains ont programmé pour la Tunisie une même évolution, un même scénario. Chacun pourrait à loisir distribuer les rôles et les figures. Dans un tel scénario nul besoin d’une armée, d’une frontière, d’une souveraineté, d’une STEG (que certains veulent démolir, en Tunisie comme ailleurs).
A malheur actuel, causes anciennes.




