
Faux agréments, faux documents, fausses promesses d’investissement : le marché financier tunisien face à une nouvelle menace numérique
Tunis – Univers News : Le communiqué publié ce 9 septembre 2026 par le Conseil du Marché Financier (CMF) est loin d’être une simple mise en garde administrative. Il révèle une évolution particulièrement préoccupante des techniques d’escroquerie financière : des individus n’hésitent plus à usurper directement l’identité d’une autorité publique et les symboles de la République pour donner une apparence de légitimité à des opérations fictives.
Le CMF indique avoir constaté des pratiques consistant à utiliser illicitement son nom ainsi que les armoiries de la République Tunisienne, afin de fabriquer des documents et de présenter des services qui n’ont jamais été délivrés, approuvés ou autorisés par l’autorité de marché.
- Un faux document qui peut coûter très cher
Le cas signalé par le régulateur est particulièrement révélateur. Une personne se présentant sous le nom de « Lua Myriam Trabelsi » utilise une prétendue attestation d’accréditation présentée comme ayant été délivrée et certifiée par le CMF.

Or, le régulateur est catégorique : ce document n’a jamais été établi, délivré ou certifié par ses services.
L’enjeu dépasse donc largement la question d’un document falsifié. Derrière une fausse attestation peut se cacher une mécanique beaucoup plus dangereuse : inspirer confiance, obtenir un premier dépôt, puis pousser l’épargnant à transférer davantage de fonds.
Dans un environnement où les propositions d’investissement circulent désormais massivement par téléphone, réseaux sociaux, messageries instantanées et plateformes numériques, le simple affichage d’un logo officiel, d’un cachet ou des armoiries nationales peut suffire à tromper une victime.
- Le numérique change l’échelle de la fraude
C’est précisément là que réside la gravité du phénomène.
Une fraude classique pouvait autrefois nécessiter un démarchage physique et rester relativement limitée. Aujourd’hui, une fausse identité financière peut être diffusée instantanément auprès de centaines, voire de milliers de personnes.
Le CMF appelle ainsi les investisseurs à la plus grande vigilance face aux services et produits financiers proposés sur les réseaux sociaux, les plateformes numériques ou par tout autre moyen de communication électronique.
Le message du régulateur est sans ambiguïté : ne jamais effectuer un transfert ou un dépôt sur la seule base d’un document présenté comme officiel.
- L’agrément ne se proclame pas : il se vérifie
Dans ce contexte, une règle élémentaire doit s’imposer à tout investisseur : avant de confier le moindre dinar à un intermédiaire, vérifier son existence et son agrément.
Le CMF invite expressément le public à effectuer ces vérifications directement auprès de ses services et rappelle que la liste des intervenants agréés est disponible sur son site officiel.
Cette précaution est d’autant plus importante que les escrocs ne cherchent plus nécessairement à convaincre uniquement par des promesses de rendements exceptionnels. Ils peuvent désormais chercher à emprunter les habits de l’autorité publique.
Et c’est là que le danger devient systémique : lorsque le faux se présente sous les traits du vrai, la confiance dans l’ensemble de l’écosystème financier peut être fragilisée.
- Le CMF passe du simple avertissement à la riposte judiciaire
Le communiqué contient enfin un élément particulièrement important.
Le CMF considère que les faits constatés sont susceptibles de constituer des actes contraires à la législation en vigueur et de revêtir un caractère pénal, sous réserve de la qualification qui sera retenue par les autorités compétentes. Le régulateur annonce qu’il prendra les mesures légales nécessaires, notamment par le dépôt d’une plainte auprès du Procureur de la République.
Le ton change donc clairement.
Il ne s’agit plus seulement de prévenir les épargnants. Il s’agit désormais de protéger l’intégrité même du marché financier contre des pratiques qui utilisent frauduleusement l’image du régulateur et les symboles de l’État.
Une alerte qui doit être prise au sérieux
Le communiqué du CMF constitue finalement un rappel essentiel : dans la finance, l’apparence de légitimité ne vaut jamais agrément.
Un document portant un cachet, un logo officiel ou les armoiries de la République ne constitue aucune garantie s’il n’est pas vérifié directement auprès de l’autorité compétente.
Face à la sophistication croissante des escroqueries numériques, la première ligne de défense reste donc la vigilance de l’investisseur.
Le CMF vient de tirer la sonnette d’alarme. Reste à savoir combien d’épargnants auraient pu être trompés avant que cette alerte ne soit lancée — et surtout combien pourraient encore l’être si la vérification préalable des agréments n’entre pas définitivement dans les réflexes du public.



