
UniversNews (Analyse) – Des données officielles italiennes publiées par le site « lavoro.gov » indiquent que le nombre de Tunisiens résidant en Italie s’élevait à environ 112 482 personnes à la fin de l’année 2024, soit une augmentation de 12,8 % par rapport à 2023.
Cette croissance ne reflète pas seulement une hausse des effectifs de la communauté ; elle révèle également une évolution progressive de sa composition, marquée par une présence croissante d’enfants et de jeunes, désormais partie intégrante du paysage social et éducatif italien.
Ainsi, le nombre d’enfants tunisiens de moins de 18 ans est estimé à plus de 23 400, représentant plus de 20 % de l’ensemble de la communauté tunisienne. Ce groupe comprend 1 308 mineurs non accompagnés — arrivés en Italie sans aucun de leurs parents — une catégorie particulièrement vulnérable nécessitant une protection et un accompagnement spécifiques, compte tenu de leur situation et de leur parcours dans le pays d’accueil.
Les indicateurs démographiques mettent également en évidence la spécificité de la structure démographique de la communauté tunisienne : le taux de natalité s’établit à 14,4 naissances pour mille habitants, contre 5,4 pour mille chez les Italiens. Cet écart témoigne du fait que les enfants constituent une frange croissante de la communauté et que leur présence jouera un rôle de plus en plus déterminant dans son avenir.
Cette réalité est clairement perceptible au sein des établissements scolaires italiens. En effet, le nombre d’enfants tunisiens dans les jardins d’enfants et les structures préscolaires s’élève à 4 247, tandis que l’effectif des élèves du primaire atteint 8 497.
Au premier cycle de l’enseignement secondaire, on dénombre environ 5 995 élèves tunisiens, contre 5 946 au second cycle. Ces chiffres révèlent une présence tunisienne étendue à tous les niveaux du système éducatif, de la petite enfance jusqu’au secondaire, ce qui confirme qu’une génération entière grandit au sein de la société italienne et interagit quotidiennement avec ses institutions, ses écoles et sa culture.
Toutefois, ces chiffres soulèvent des questions qui dépassent le simple aspect démographique. L’avenir de ces enfants dépend en effet de leur capacité à s’intégrer dans la société italienne, à accéder à une éducation de qualité et à l’égalité des chances, tout en bénéficiant d’une protection et d’un accompagnement adaptés pour les mineurs non accompagnés. Au-delà de ces enjeux, une question cruciale se pose : ces générations préserveront-elles leur identité tunisienne, ou finiront-elles par se fondre progressivement dans le tissu d’une autre société ?
Nombre d’analystes ont déplacé le débat : passant de la situation des migrants tunisiens en Italie — en particulier celle des mineurs isolés — à une comparaison avec celle des ressortissants d’Afrique subsaharienne présents en Tunisie. Ils tentent ainsi de mettre l’État tunisien dans l’embarras et de le contraindre à accepter leur installation sur le territoire, tout en occultant le sort des Tunisiens expulsés de force ou décédés dans les prisons italiennes — pour la plupart victimes des réseaux de passeurs opérant entre la Tunisie et l’Italie.
Il s’agit d’une comparaison qui réduit une crise complexe — aux dimensions humanitaires, juridiques et économiques radicalement différentes selon les cas — à un schéma simpliste, servant davantage un agenda politique que la vérité.



