
Tunis – Univers News. Une rentrée, c’est un peu comme un nouvel an. De bonnes résolutions, une nouvelle organisation, des agendas à remplir, et aussi des cartables, des stylos, des tenues… et beaucoup d’émotions.Celles des enfants, bien sûr, mais aussi celles des parents et des professionnels.
Loin des images parfois véhiculées dans les médias, la réalité, c’est que ton enfant aura surtout besoin d’un parent disponible et prêt à l’accompagner dans cette transition, qu’il s’agisse de sa première rentrée ou de sa dixième !
Mais qu’est-ce que j’entends par « un parent disponible » ?
C’est avant tout un parent qui est serein par rapport au choix de l’école de son enfant : le trajet, le coût, l’environnement, l’organisation… Et quand le choix ne dépend pas de nous, comme lorsqu’il s’agit de l’école attribuée par la mairie ou, comme à l’étranger par exemple, l’idée est au moins d’être conscient de ce qui nous convient et des points d’attention pour l’année.
Sourire à ton enfant alors qu’à l’intérieur de toi, tu ne sais plus comment finir le mois, que tu angoisses déjà à l’idée de conduire tous les matins jusqu’à son école ou que tu le déposes le cœur tremblant à l’idée de ce qui pourrait lui arriver, ce n’est pas l’idée, même si c’est l’école la plus convoitée de ton entourage !
Être disponible, c’est aussi avoir une organisation réaliste qui te permette de déposer et d’accueillir tes enfants avec le moins de stress possible. Car un accompagnement à cette transition se fait avant, pendant et après le jour J : dans les semaines, les jours et les heures qui précèdent, au moment de la séparation, mais aussi tous les soirs, en accueillant l’expérience de ton enfant.
Mais revenons un peu en arrière. Et toi, comment te sens-tu, parent, après les vacances ? Rempli ou pas ? Qu’est-ce que tu peux prévoir dans les prochains jours, les prochaines semaines ou les prochaines vacances pour pallier cela ? C’est peut-être aussi l’occasion de faire un bilan de tes vacances.
Et quand je te dis « rentrée », qu’est-ce qui te vient en premier ? L’enthousiasme de retrouver du temps pour toi et ton travail ? Et/ou des peurs, de l’angoisse, des images, des souvenirs ?
Parce que oui, nos enfants ressentent beaucoup de choses. Nous n’avons pas besoin d’être des parents sans peur pour les accompagner. Nous avons surtout besoin de pouvoir identifier ce qui nous appartient à nous et ce qui appartient à notre enfant. Si tu sens que tes propres peurs ou ton expérience interfèrent avec ton accompagnement à ton enfant, n’hésite pas à en parler à un professionnel.
Maintenant que tu es disponible pour accompagner ton enfant, garde en tête l’idée principale : réduire l’écart entre l’image mentale qu’il se fait de l’école, du club de foot ou de musique et la réalité.
Pourquoi est-ce si important ?
Parce que plus cet écart est grand, plus l’adaptation peut demander d’énergie. Un enfant se construit une image mentale de ce qu’il va vivre à partir de ce qu’il entend de ses cousins, de sa famille, des adultes, des livres, des vidéos… Il imagine la classe, la maîtresse ou le maître, les copains, la cantine, la récréation, la séparation avec papa ou maman.
Et puis il découvre la réalité.
Parfois, elle correspond à ce qu’il avait imaginé. Parfois, pas du tout.
Il va alors devoir comprendre ce nouvel environnement, trouver ses repères, gérer la séparation, les règles, les autres enfants, les frustrations, les émotions… Tout cela lui demande de l’énergie.
J’aime comparer cette énergie à une batterie.
La batterie de ton enfant doit tenir toute la journée. Alors, si on peut lui permettre de dépenser moins d’énergie dans les moments difficiles, cette énergie pourra être utilisée ailleurs : pour jouer, apprendre, découvrir, entrer en relation avec les autres, participer, être curieux… et peut-être moins exploser le soir !
C’est là que la préparation prend tout son sens.
Avant la rentrée
Les semaines, les jours et même les heures qui précèdent la rentrée sont utiles pour préparer l’enfant. On peut parler de l’école, lui lire des livres, répondre à ses questions, lui expliquer comment va se dérouler sa journée, mais aussi jouer toutes ces situations !
Jouer à l’école, jouer la séparation, jouer une situation dans laquelle il ne sait pas quoi faire, dans laquelle il a envie de dire non et stop, de demander, dans laquelle il est triste ou dans laquelle il a besoin d’aide…On peut également travailler autour des émotions : apprendre à les reconnaître, à les nommer, à identifier ce dont on a besoin lorsqu’elles arrivent et comment demander de l’aide.
Visiter l’école, la salle de classe, faire le chemin quelques fois aide beaucoup l’enfant aussi à se préparer à cette nouvelle étape. L’objectif n’est pas de lui transmettre une image utopique : « Ta maîtresse sera géniale et tous tes copains seront adorables ! » Nous n’en savons rien !
On peut plutôt lui dire : « Tu aimerais que ta maîtresse soit gentille et ne crie pas, que tes copains partagent… J’ai hâte que tu me racontes comment tu les trouves ce soir quand je te récupère ! »L’enfant se prépare ainsi à découvrir sa propre réalité, équipé de la sécurité qu’il a entendue dans la voix de ses parents.
Pendant : les pleurs du matin, vrai ou faux problème ?
Un enfant qui pleure au moment où son parent part ne signifie pas forcément qu’il passe une mauvaise journée ou qu’il est malheureux.Les pleurs peuvent simplement vouloir dire : « C’est dur pour moi de me séparer de toi. J’aimerais rester dans ma zone de confort avec toi. Il y a des choses nouvelles et pas toujours faciles ici quand tu n’es pas là. »C’est tout !Tu peux répondre à ses pleurs par : « Je vois que c’est difficile, c’est nouveau tout ça pour toi. Je suis là pour que ça devienne de plus en plus facile pour toi. »
Puis confier l’enfant et son émotion au professionnel, en sachant qu’on pourra compléter ce travail le soir avec lui.L’enfant n’a pas forcément besoin que nous attendions qu’il ne ressente plus aucune émotion pour partir. Il a surtout besoin de sentir que nous avons confiance dans sa capacité à traverser ce moment, de mieux en mieux, jour après jour, que ce n’est pas dangereux, que ce n’est pas éternel, et que les professionnels vont s’occuper de lui.
Un matin ritualisé et serein, un rituel de séparation rassurant, prévisible et suffisamment court peuvent aider : « Je t’aime, prend du plaisir, je serai là après le goûter », avec un geste de la main ou un câlin si l’enfant est d’accord.Évitons le « à plus tard » ou le « au revoir », qui ne donnent pas forcément un repère compréhensible pour l’enfant. Lui dire plutôt quand il nous retrouvera, avec un repère qu’il peut comprendre.
Et après l’école ? « Il explose le soir ! »
Après une journée d’école, la batterie de l’enfant peut être bien entamée.
Il a dû écouter, se concentrer, attendre son tour, respecter des règles, gérer les interactions, les bruits, les transitions, les frustrations et ses émotions. Mais il est aussi important qu’il ait envie de revenir le lendemain et tous les matins.
Alors, lorsqu’il retrouve ses parents, il peut être fatigué, irritable, avoir envie de pleurer ou ne pas avoir envie de raconter sa journée. Et c’est normal, indépendamment de tout ce que vous lui offrez le soir !
C’est souvent la grande surprise des parents que je vois en consultation : ils découvrent qu’il ne fallait pas forcément faire plus, mais autrement.
Votre rôle principal et ce qu’attend votre enfant de vous est de pouvoir soutenir cette décharge, de pouvoir l’accueillir et l’entendre sans vous déstabiliser et lui laisser de la place dans votre soirée! Jour après jour, sa batterie tiendra plus longtemps, il débordera moins et surtout il saura de mieux en mieux traverser ces débordements, car vous l’aurez accompagné et lui aurez appris à s’autoréguler. Il ne compensera pas ces débordements par d’autres comportements car il aura été accompagné par vous !
Et les jours, mois et années d’après ?
Il y a une phrase qui fait peur à tous les parents : « Maman, je ne veux pas aller à l’école ! »
Que veut-il vraiment dire ?
Gardons en tête qu’un enfant dont le cerveau est encore en maturation et dont le vocabulaire est limité est incapable de nous dire précisément : « J’ai peur que lorsque je sortirai de la maison tu te disputes avec papa et, à l’école, je ne veux pas que ma maîtresse me crie dessus ! »Cette phrase peut simplement signifier qu’il a du mal à quitter sa maison, son jeu, sa zone de confort… et/ou qu’il y a des moments difficiles précis à l’école qu’il n’a pas envie de revivre.
Il n’est peut-être tout simplement pas encore équipé pour traverser ces moments.En revanche, lorsque le refus s’installe, que d’autres symptômes apparaissent — douleurs au ventre, cauchemars, manifestations physiques, anxiété importante ou réelle souffrance — il faut enquêter davantage. Car la phobie scolaire existe et ne doit pas être banalisée. Elle ne se résume pas à un enfant qui n’aime pas l’école ou qui pleure le matin : elle correspond à une souffrance qui peut devenir importante et s’installer dans le temps.C’est justement pour cela qu’un refus scolaire persistant mérite d’être entendu, observé et exploré avec les professionnels qui entourent l’enfant, plutôt que d’être simplement considéré comme un caprice ou un manque de volonté.Et dans toute difficulté, n’oublions pas que nous sommes au moins une équipe à trois : l’enfant, le parent et le professionnel.
Le parent voit son enfant dans un contexte, le professionnel dans un autre. Les deux regards peuvent se compléter.Et lorsqu’un comportement ou une attitude nous interpelle, pourquoi ne pas chercher aussi la continuité ? Demander à la maîtresse comment elle l’accompagne en classe à ce sujet, ce qu’elle propose en continuité à la maison, ce qui marche avec vous également à la maison et peut l’aider. Et surtout, réfléchir au rôle et à la responsabilité que l’enfant peut lui-même avoir dans cette situation, et donc l’impliquer !Nous n’avons pas besoin de tout savoir ni de tout contrôler. Nous avons besoin de pouvoir communiquer.
Ce qui change au bout de quelques rentrées
Finalement, accompagner une rentrée, ce n’est pas chercher à ce que tout se passe parfaitemenC’est accompagner l’enfant avant, pendant et après, pour que les nouveautés, les séparations et les émotions lui demandent progressivement moins d’énergie.
Et surtout, les premières rentrées permettent de construire quelque chose qui servira bien au-delà de l’école et des premières années : aider nos enfants à identifier leurs différents besoins, à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent, à demander de l’aide au bon moment et aux bonnes personnes, et à traverser leurs émotions avec de plus en plus d’autonomie.La rentrée se prépare donc avec un cartable, des stylos et une nouvelle organisation…Mais peut-être surtout avec un parent qui, lui aussi, a pris le temps de se préparer.
Malek Sassi Boughzala,coach parental



