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Le dossier du samedi : De l’amorçage à l’exécution : comment l’intelligence artificielle peut renforcer le financement des entreprises en Tunisie ?


En l’espace de quelques années, la Tunisie a su se doter d’un écosystème de financement de l’entrepreneuriat là où il était quasi inexistant. Fonds de fonds, garanties publiques, dispositifs d’accompagnement et programmes d’accélération se sont multipliés à un rythme relativement soutenu. Reste une question centrale : celle de l’exécution et de la bancabilité des projets. Dans ce contexte, il apparaît que l’intelligence artificielle, trop souvent cantonnée à un simple argument marketing, peut jouer un rôle clé dans l’optimisation du financement des entreprises.

Selon Jalel Ben Romdhane, architecte en écosystème et expert en finance participative  « La Tunisie dispose désormais d’une « tuyauterie financière » d’amorçage qui n’avait pas d’équivalent il y a encore cinq ans. Le fonds Anava, doté de 60 millions d’euros (selon les données de la CDC), le soutien de la Banque mondiale à hauteur de 75 millions de dollars dans le cadre du projet Tunisia Digital Transformation, ainsi que la mobilisation des bailleurs européens ont permis de structurer un écosystème dynamique. Au concret, des dizaines de startups en ont déjà bénéficié. Le constat est sans appel : comme le souligne la CDC dans son dernier rapport, le capital est bien disponible, mais l’enjeu se déplace désormais vers l’exécution.Dans ce paysage, on observe que l’intelligence artificielle s’impose progressivement comme un critère de compétitivité. Intégrée dans la Stratégie nationale d’innovation technologique 2025-2030, elle a été au cœur des débats lors de l’AI-Forward Summit. Ces événements ont mis en lumière son rôle dans la souveraineté technologique, la transformation économique et la création de valeur. Pour un porteur de projet, cela signifie que l’intelligence artificielle n’est plus un concept abstrait, mais bien un marqueur concret pour les investisseurs. Autrement dit, un projet qui l’intègre de manière pertinente a toutes les chances d’être perçu comme plus scalable, plus performant et plus résilient ».

Simplifier l’accès à la finance alternative grâce à l’IA

Les institutions financières ont beaucoup investi dans l’intelligence artificielle (IA) et comptent poursuivre sur cette voie. Mais après plusieurs années à miser notamment sur les technologies et les données, elles constatent que les ressources financières ne suffisent pas, à elles seules, à exploiter pleinement le potentiel de l’IA.

Jalel Ben Romdhane explique que du côté de la finance alternative, l’intelligence artificielle agit sur trois leviers majeurs.
Premièrement, elle contribue à améliorer la qualité des dossiers. Un business plan appuyé sur des hypothèses validées par des modèles prédictifs, des prévisions de trésorerie mises à jour en temps réel ou des indicateurs de performance suivis en continu se révèle bien plus solide qu’un document statique.Ensuite, elle permet d’accélérer les processus de décision. En effet, les institutions financières commencent à intégrer ces outils dans leurs systèmes. À titre d’exemple, certaines banques ont annoncé le déploiement d’un système intégré utilisant l’intelligence artificielle pour traiter les demandes de financement, ce qui est très courant en Europe depuis quelques années déjà.

Enfin, elle transforme le suivi post-investissement. De plus en plus, les investisseurs et les fonds cherchent à évaluer en continu la performance des entreprises financées, bien au-delà des simples rapports mensuels ou trimestriels. Grâce à des solutions basées sur l’intelligence artificielle, il devient possible d’agréger les données opérationnelles, de repérer des signaux précoces de risque ou de croissance, et de proposer des mesures correctives avant que les écarts ne deviennent critiques. Pour un entrepreneur, montrer qu’il dispose de ce type de pilotage renforce indéniablement la confiance et facilite les levées de fonds suivantes.

Être entrepreneur à l’ère de l’IA

Jalel Ben Romdhane souligne que l’entrepreneur tunisien n’a pas besoin de devenir un expert en intelligence artificielle. En revanche, il doit en comprendre les applications concrètes pour sa stratégie de financement et son positionnement auprès des investisseurs. Trois actions s’imposent alors.D’une part, structurer les données de son entreprise dès le départ permet de gagner en crédibilité.D’autre part, intégrer ces technologies dans sa narration met en avant une approche moderne et rigoureuse.Enfin, s’inscrire dans les dispositifs locaux qui les intègrent déjà offre un avantage certain. À ce titre, la CDC accompagne aussi bien les startups que les PME souhaitant adopter des solutions numériques pour améliorer leur productivité. Par ailleurs, des structures d’accompagnement ont lancé des programmes entièrement dédiés à l’intelligence artificielle, alliant financement, mentorat et mise en relation avec des investisseurs sensibles à ces enjeux.

Ceci étant dit, l’engouement pour ces technologies ne doit pas occulter les défis qui persistent. Comme le révèle le Baromètre EY 2026 sur l’adoption de l’intelligence artificielle dans les entreprises tunisiennes, il subsiste des freins structurels : une méconnaissance de ces outils, des budgets limités et une gouvernance des données perfectible. Pour un entrepreneur, deux écueils sont à éviter. D’un côté, surestimer leur impact sans avoir clarifié le modèle économique peut s’avérer contre-productif. De l’autre, sous-estimer l’effort nécessaire pour structurer les données et les processus limite les bénéfices attendus.

Côté investisseurs, la concentration du capital sur quelques secteurs (logiciels pour entreprises, fintech, solutions IT) et quelques pays de la région MENA rappelle une réalité : ces technologies ne suffisent pas à garantir l’accès au financement. En effet, les marchés du Golfe, par exemple, captent une part importante des investissements, avec une préférence marquée pour les projets matures et scalables. Dans cette optique, la Tunisie a un rôle à jouer, mais elle doit se positionner de manière claire et crédible dans cet écosystème.

En définitive, pour un entrepreneur l’intelligence artificielle peut être intégrée comme une grille de lecture simple et efficace.En amont du financement, elle permet de construire un dossier plus solide, plus rapide à produire et plus facile à actualiser.Pendant la levée ou la négociation, elle renforce la crédibilité du projet en démontrant une maîtrise des données et une capacité de pilotage fine.En aval, elle facilite le suivi post-investissement et prépare les tours de table suivants grâce à un reporting plus complet et plus réactif.

Au final, dans un écosystème où le capital est désormais plus accessible, mais où l’exécution fait la différence, il est clair que l’intelligence artificielle n’est pas une option superflue. Bien au contraire, elle représente un outil stratégique pour rendre les projets plus bancables, plus scalables et plus attractifs aux yeux des investisseurs, qu’ils soient locaux ou internationaux.

                             Mohamed Sélim

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