
Tunis – Univers News. La Banque centrale d’Arabie saoudite (SAMA) a confirmé son retrait du projet mBridge, la plateforme de monnaie numérique de banque centrale (CBDC) portée par la Chine, marquant un tournant discret mais significatif dans l’architecture financière transfrontalière que Pékin tente de bâtir depuis plusieurs années.
Lancé en 2021 sous l’égide du BIS Innovation Hub de Hong Kong, le projet mBridge a été cofondé par la Banque de Thaïlande, la Banque centrale des Émirats arabes unis, l’Institut de la monnaie numérique de la Banque populaire de Chine et l’Autorité monétaire de Hong Kong. La supervision du projet a été transférée par la Banque des règlements internationaux (BRI) aux partenaires des banques centrales en octobre 2024, et l’Autorité monétaire de Macao a rejoint l’initiative cette année, devenant opérationnelle en juin. Selon Reuters, la plateforme avait traité plus de 55 milliards de dollars de transactions en date de janvier 2026.
Bâti sur une technologie de registre distribué, mBridge permet à des banques centrales de régler directement des transactions transfrontalières en monnaies numériques, sans passer par les canaux traditionnels de banque correspondante. L’ambition sous-jacente : réduire les délais de règlement, les frictions de change et les coûts de transaction, tout en s’affranchissant, dans certains cas, du rôle d’intermédiaire habituellement joué par le dollar américain.
Ce que ce retrait change — et ne change pas
Le départ de l’Arabie saoudite réduit sensiblement l’empreinte de mBridge au Moyen-Orient, où le royaume représentait l’un des poids lourds économiques du projet. Mais ce retrait ne doit pas être lu comme une rupture avec la Chine : Riyad conserve des liens économiques substantiels avec Pékin — qui demeure d’ailleurs sa première destination d’exportation, absorbant 13,5 % de ses expéditions, devant les Émirats arabes unis (11,7 %) et le Japon (9,9 %). Le riyal saoudien, lui, reste arrimé au dollar américain, et le royaume conserve une exposition financière considérable liée au billet vert.
C’est précisément cette dimension qui donne au dossier sa portée géopolitique. L’intérêt de mBridge résidait dans sa capacité à esquisser une infrastructure de paiement alternative, où le dollar ne serait plus un passage obligé — un projet suivi de près dans le débat plus large sur la dédollarisation. Washington perçoit ce type de système comme une manière potentielle de contourner le réseau SWIFT, adossé au dollar, ce qui alimente les interprétations d’une pression américaine sur les alliés du Golfe, même si Riyad s’en défend.



