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Drogue : La Tunisie ne produit rien… mais elle est submergée!!!

Univers News (NAT) – Une adolescente de 15 ans, attirée puis séquestrée deux jours dans une maison de Mellassine, y aurait subi une agression sexuelle collective d’une extrême violence. Elle est toujours hospitalisée. Selon une source sécuritaire, les faits se seraient déroulés sur fond de consommation importante de stupéfiants.

La justice établira les responsabilités de chacun. Mais nul besoin d’attendre le verdict pour voir ce que ce drame révèle : des quartiers où la drogue circule librement, des adolescents qui en consomment, d’autres qui en vivent, et une violence qui ne connaît plus de limite.

Une réforme qui a oublié l’offre

Le 8 mai 2017, la loi n°2017-39 amendait la loi n°92-52 sur les stupéfiants. Elle rendait au juge son pouvoir d’appréciation, pour qu’un jeune pris avec un joint ne voie plus sa vie brisée par une année de prison automatique. L’intention était défendable. Mais la réforme est restée amputée de sa moitié essentielle : elle a traité la demande et oublié l’offre. Aucune offensive d’envergure contre les réseaux, aucun plan massif de prévention dans les écoles, aucune protection renforcée des mineurs ne l’a accompagnée.

Or le dealer ne lit pas le Journal officiel. Il lit le marché. Et le marché tunisien, depuis, a changé de dimension.

Des dealers plus nombreux, des consommateurs plus jeunes

Entre 2013 et 2017, la Tunisie avait enregistré 12 000 affaires de trafic. Entre 2018 et 2022, ce sont 18 000 dealers qui ont été poursuivis. En 2025, les services de sécurité ont traité 15 253 affaires de stupéfiants et arrêté 27 338 suspects, dont 10 592 dealers. Ces chiffres ont été présentés en juin 2026 devant la commission parlementaire chargée de réviser, une fois encore, la loi de 1992.

Les premières victimes sont les jeunes. Selon le ministère de la Santé, la part des lycéens de 15 à 17 ans déclarant consommer du cannabis est passée de 1,5 % à 7,9 % en quelques années, et 14 % d’entre eux prendraient des comprimés psychotropes. Un élève sur cinq estime qu’il est facile de se procurer de la drogue. La prévalence dans la population générale est désormais estimée entre 5 % et 6 %.

2026 : le flux ne faiblit pas

Les chiffres de l’année en cours confirment la tendance. Au premier semestre 2026, la douane a saisi plus de 214 kilogrammes de stupéfiants, dont 78,4 kg de cocaïne, ainsi que près de 180 000 comprimés. À titre de repère, les sept premiers mois de 2025 avaient totalisé 58 kg de cocaïne. Du 1er au 10 mars 2026, en dix jours seulement, les forces de sécurité ont saisi plus de 36 kg de cannabis et plus de 11 000 comprimés. En août, un réseau international opérant entre la Tunisie et un pays voisin a été démantelé avec 8 kg de cocaïne brute.

Comment ces tonnes sont-elles introduites?

La Tunisie ne produit pas de drogue : ni laboratoire, ni cultures. Tout ce qui circule vient donc de l’extérieur, par terre, par mer et par air. Le cannabis arrive du Maroc par l’ouest, via l’Algérie. La cocaïne et l’ecstasy entrent par la frontière libyenne ; depuis 2011, la Libye est devenue une zone de stockage, notamment dans les régions tenues par des milices. Les comprimés suivent la route la plus longue, de l’Inde vers l’Algérie en passant par la Turquie, la Libye et la Tunisie. Et le transit laisse des traces : sur un million de comprimés qui traversent le pays, 100 000 y restent. Les ports ne sont pas épargnés, avec des saisies régulières sur des véhicules débarqués d’Europe.

Ce qu’on saisit, et ce qui passe

Entre 2015 et 2025, 821 tonnes de drogues ont été saisies, ainsi que plus de 7,5 millions de comprimés. Ces chiffres impressionnent. Mais que représentent-ils par rapport à ce qui entre réellement ? Les douaniers eux-mêmes l’avaient reconnu, il y a plus de dix ans : pour un kilo saisi, dix échappent aux contrôles. Appliqué aux 821 tonnes saisies en dix ans, ce ratio donne un ordre de grandeur vertigineux : plusieurs milliers de tonnes auraient circulé sur le territoire ou l’auraient traversé. C’est une estimation, pas une mesure. Mais aucune autorité n’a publié d’évaluation contraire.

Des saisies record ne prouvent donc pas que l’État gagne la guerre. Elles peuvent tout aussi bien révéler un flux qui grossit.

L’économie criminelle et ses protecteurs

En 2025, la Garde nationale a saisi un milliard de dinars d’avoirs criminels, dont 55 voitures de luxe et 7 yachts. On ne parle plus de petits revendeurs de quartier. On parle d’une industrie. Et une industrie de cette taille ne franchit pas des frontières surveillées, ne stocke pas, ne blanchit pas et ne recrute pas dans les quartiers sans complicités. Qui ferme les yeux aux points de passage ? Qui blanchit ? Qui protège ? Tant que ces questions resteront sans réponse judiciaire, chaque saisie ne sera qu’une taxe prélevée sur un commerce florissant.

Ne pas rater la deuxième chance

En 2017, la Tunisie a voulu cesser de remplir ses prisons de consommateurs. Elle a eu raison. Mais elle a oublié de fermer ses frontières aux fournisseurs, de frapper l’argent des réseaux et de protéger ses mineurs. Neuf ans plus tard, le Parlement remet l’ouvrage sur le métier. S’il ne regarde, cette fois encore, que du côté du consommateur, il y aura d’autres Mellassine.

Mourad ben Slimani

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