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PLF 2027 : aucun changement, aucune relance, même les mesures promises sont absentes !

Les PME oubliées, l’investissement sacrifié ?

Tunis _ universnews ( SEF) Avec des dépenses en hausse de 8,4 %, à 68,9 milliards de dinars contre 63,6 milliards dans la loi de finances 2026, le projet de loi de finances 2027 ne marque aucune véritable rupture. Au-delà de la progression des charges et de l’alourdissement des besoins de financement, les entreprises attendaient des signaux forts en faveur de l’investissement et de la relance. Ils ne sont pas au rendez-vous. Ni prorogation annoncée du dispositif SICAR pour la restructuration des PME en difficulté, ni révision de l’impôt sur la fortune pour favoriser les placements productifs et l’investissement en Bourse.

Un budget de continuité, sans nouvelles ambitions et sans même concrétiser certaines attentes du monde économique.

IndicateurLF 2026PLF 2027Variation
Dépenses du budget63,6 MdD68,9 MdD+8,4 %
Recettes du budget52,6 MdD54,3 MdD+3,3 %
Déficit à financer≈ 11 MdD14,6 MdD+33 %
Facilités BCT (sans intérêt)11 MdD9,8 MdD−1,2 MdD
Effectifs publics autorisés687 000692 702+5 700

Sources : PLF 2027 ; LF 2026 (JORT). MdD = milliards de dinars.

  • Un budget qui reconduit l’existant

Le projet de loi de finances 2027 s’inscrit dans le prolongement de la politique budgétaire de 2026. Les dépenses augmentent, les besoins de financement demeurent élevés et les dispositifs existants sont, pour l’essentiel, reconduits ou prorogés.

Pourtant, les attentes étaient nombreuses. Les entreprises espéraient des mesures susceptibles de soutenir leur investissement, de renforcer leurs fonds propres et de faciliter le redressement de celles confrontées à des difficultés financières.

À ce stade, le texte ne donne pas de signal fort dans cette direction. Les quelques mesures nouvelles annoncées restent limitées au regard des enjeux économiques et financiers du pays.

Plus préoccupant encore, certaines mesures attendues, voire annoncées comme nécessaires par les opérateurs économiques, ne trouvent pas de traduction explicite dans le projet.

  • PME en difficulté : les SICAR toujours en attente

La restructuration financière des PME en difficulté constitue l’un des grands absents du PLF 2027.

Le dispositif permettant de mobiliser les sociétés d’investissement à capital-risque (SICAR) pour accompagner le redressement financier des entreprises fragilisées représente pourtant un levier important. Il permet de renforcer les fonds propres d’entreprises viables, mais pénalisées par un endettement excessif, sans faire reposer leur redressement exclusivement sur de nouveaux crédits bancaires.

Sa prorogation était attendue. Or, le projet de loi de finances 2027 ne prévoit aucune disposition explicite en ce sens, ni aucun mécanisme de remplacement clairement identifié.

Cette absence pose une véritable question de cohérence économique. Alors que le discours public insiste sur la nécessité de relancer l’investissement et de soutenir les entreprises, un instrument destiné à préserver le tissu productif reste sans réponse dans le texte budgétaire.

Pourquoi laisser en suspens un dispositif susceptible de contribuer au sauvetage d’entreprises viables, à la préservation des emplois et à la consolidation du tissu économique ?

La question mérite d’être posée, d’autant que le renforcement des fonds propres constitue un enjeu majeur pour des PME dont les capacités d’endettement sont déjà limitées.

  • Impôt sur la fortune : taxer davantage l’improductif, préserver l’investissement

Autre dossier qui appelle une révision : l’impôt sur la fortune (ISF), introduit par la loi de finances 2026.

Le débat ne devrait pas se limiter au niveau de taxation des patrimoines. Il devrait également porter sur la nature des actifs concernés et sur les incitations économiques induites par cette fiscalité.

Une approche plus favorable à l’investissement productif consisterait à mieux cibler les biens improductifs, notamment les terrains non bâtis et certains biens immobiliers laissés durablement vacants, tout en examinant l’exclusion des actions cotées, des parts de SICAV et des participations dans les entreprises de l’assiette de cet impôt.

L’objectif serait double : préserver l’équité fiscale et éviter de pénaliser l’épargne investie dans l’économie réelle.

Taxer le patrimoine immobilisé sans décourager le capital investi : voilà une orientation fiscale qui mériterait d’être débattue.

En effet, dans une économie qui a besoin de financements longs, de fonds propres et d’un marché financier plus dynamique, l’épargne devrait être encouragée à s’orienter vers les entreprises plutôt qu’à privilégier systématiquement les actifs immobiliers.

Une telle réforme pourrait contribuer à renforcer l’attractivité de la Bourse, à faciliter le financement des entreprises et à élargir les sources de financement de l’économie.

Pourtant, le PLF 2027 ne propose aucune révision explicite de l’assiette de l’ISF dans cette perspective. Le sujet reste entier, alors qu’il touche directement à l’articulation entre justice fiscale, investissement et croissance.

  • Des dépenses en hausse, mais où est la relance ?

Avec un budget porté à 68,9 milliards de dinars, contre 63,6 milliards en 2026, la progression des dépenses contraste avec la modestie des mesures susceptibles de transformer les conditions de financement de l’économie.

Les recettes, estimées à 54,3 milliards de dinars contre 52,6 milliards en 2026, progressent moins rapidement. Le besoin de financement reste considérable et le recours aux emprunts, ainsi qu’aux ressources de la Banque centrale prévues par le projet, demeure une composante importante de l’équilibre budgétaire.

Dans ces conditions, l’enjeu ne devrait pas être uniquement de financer les dépenses publiques, mais également de créer les conditions d’une croissance plus soutenue, capable d’élargir durablement les recettes de l’État.

Or, le projet ne comporte pas de dispositif d’ensemble suffisamment ambitieux pour stimuler l’investissement privé, améliorer l’accès des entreprises aux fonds propres ou encourager davantage l’épargne financière.

La reconduction de mesures existantes peut répondre à certaines urgences. Elle ne saurait tenir lieu de stratégie de relance.

  • Une occasion manquée ?

Le PLF 2027 ne se distingue pas par une nouvelle orientation économique. Il prolonge largement les choix de la loi de finances 2026, sans apporter de réponse claire à deux attentes majeures : la poursuite du dispositif SICAR pour la restructuration des PME en difficulté et la révision de l’impôt sur la fortune afin de mieux distinguer les actifs improductifs des placements contribuant au financement de l’économie.

Ces deux sujets sont loin d’être secondaires. Ils touchent à la capacité des entreprises à se redresser, à la mobilisation de l’épargne nationale et au développement du marché financier.

Les débats parlementaires pourraient encore permettre d’enrichir le projet. Mais une question demeure : comment prétendre relancer l’investissement et soutenir les entreprises sans donner de nouveaux moyens au renforcement de leurs fonds propres et sans revoir les mécanismes fiscaux susceptibles d’orienter l’épargne vers l’économie productive ?

À ce stade, le constat est simple : plus de dépenses, des besoins de financement toujours élevés et aucun changement significatif dans les instruments de relance attendus par les entreprises.

Mourad b slimane

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