
UniversNews (Diplomatie) – L’entretien téléphonique du 6 novembre entre Mohavant Med Ali Nafti et Abbas Araghchi n’est pas un épisode isolé. Il s’ajoute à une série de rencontres, d’appels et de gestes qui, depuis 2024, ont fait de l’Iran un interlocuteur régulier de la diplomatie tunisienne. Reste à savoir ce que pèse réellement cette proximité, au-delà des communiqués.
Vendredi 6 novembre, les chefs des diplomaties tunisienne et iranienne ont fait le point au téléphone sur la situation régionale. Côté tunisien, le communiqué insiste sur les relations de « fraternité et de coopération », plaide pour le dialogue et les négociations, et rappelle l’attachement de Tunis à la sécurité et à la stabilité des pays arabes et islamiques.
La version iranienne du même échange est sensiblement différente. Téhéran y présente surtout les initiatives diplomatiques engagées par Abbas Araghchi pour faire baisser la tension dans la région. Pas un mot sur la « fraternité », ni sur la dimension arabe mise en avant par Tunis. Les deux textes ne se contredisent pas, mais ils ne racontent pas tout à fait la même histoire : Tunis parle des relations bilatérales, Téhéran évoque son propre rôle….!!??
Ce décalage n’est pas anodin. Depuis la guerre de 2026, le ministre iranien multiplie les appels avec ses homologues —du Brésil à la Turquie, de l’Arabie saoudite au Qatar— pour exposer les positions de son pays. La Tunisie figure dans ce carnet d’adresses. Elle n’en est pas le centre.
2024, l’année du tournant
Pendant des décennies, l’Iran est resté un partenaire marginal pour la Tunisie. Les choses changent en 2024. Le 2 mars, en marge du sommet des pays exportateurs de gaz à Alger, le président de la république rencontre pour la première fois le président iranien Ebrahim Raïssi.
Deux mois et demi plus tard, Raïssi meurt dans un accident d’hélicoptère. Le 22 mai, notre président se rend en personne à Téhéran pour les funérailles et y est reçu par le Guide suprême, Ali Khamenei. Un déplacement inédit, que la presse officielle iranienne qualifie aussitôt d’historique et que Téhéran ne cessera ensuite de citer comme le point de départ de nouvelles relations.
Les gestes concrets suivent. L’Iran avait déjà levé, en décembre 2023, l’obligation de visa pour les ressortissants tunisiens. La Tunisie lui rend la pareille à partir du 15 juin 2024 en exemptant de visa les détenteurs de passeports iraniens ordinaires pour des séjours touristiques.
2025, l’accélération
L’année 2025 marque une intensification nette. En février, Mohamed Ali Nafti et Abbas Araghchi s’entretiennent par téléphone, tandis qu’une semaine culturelle tuniso-iranienne est organisée à Tunis. L’ambassadeur d’Iran annonce dans la foulée la création prochaine d’une commission économique mixte.
En juin, la guerre de douze jours entre Israël et l’Iran, suivie des frappes américaines sur les installations nucléaires iraniennes, donne à Tunis l’occasion d’afficher sa solidarité. Les communiqués du ministère des Affaires étrangères sont alors sans ambiguïté : condamnation d’une agression qualifiée de « traîtresse », dénonciation d’une violation de la souveraineté iranienne, appel à l’arrêt immédiat des hostilités. L’Iran y est désigné comme un « pays frère ».
Le point d’orgue intervient le 10 septembre 2025, avec la visite officielle d’Abbas Araghchi à Tunis. Le ministre iranien est reçu au palais de Carthage, puis s’entretient longuement avec Mohamed Ali Nafti. Les deux parties conviennent d’activer leurs mécanismes de coopération, de préparer la commission mixte et de relancer les échanges dans le commerce, le tourisme et la santé. L’exemption de visa de quinze jours pour les Iraniens est réaffirmée, et Mohamed Ali Nafti est invité à se rendre à Téhéran. Dans une tribune publiée ensuite dans un quotidien de la place, Araghchi présente les relations avec Tunis comme un modèle pour ceux que l’Iran veut tisser avec le monde islamique.
2026, l’épreuve de la guerre
Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël lancent une nouvelle offensive contre l’Iran, qui riposte notamment en visant des bases américaines dans le Golfe. Cette fois, le ton de Tunis change. Le communiqué publié le 1er mars exprime une « vive inquiétude », appelle à l’arrêt immédiat des opérations militaires et au retour aux négociations, rappelle le principe de souveraineté des États et demande au Conseil de sécurité d’assumer ses responsabilités…..!!??
Mais le texte ne désigne ni les auteurs de l’attaque initiale contre l’Iran ni Téhéran comme auteur des tirs contre les pays du Golfe. Il exprime en revanche clairement le soutien de la Tunisie aux pays arabes touchés par le conflit. Dans la foulée, Mohamed Ali Nafti reçoit en urgence les ambassadeurs des pays du Conseil de coopération du Golfe. Le contraste avec les communiqués de juin 2025 est frappant : la solidarité proclamée avec le « pays frère » a cédé la place à une prudence très calculée.
Cette retenue s’explique. contrairement a l iran , les monarchies du Golfe comptent parmi les soutiens financiers de la Tunisie, les États-Unis restent un partenaire sécuritaire majeur et l’Union européenne son premier partenaire économique. Au moment où la région s’embrasait, Tunis a choisi de ne pas s’exposer.
Beaucoup de contacts, peu de concret
C’est là tout le paradoxe de ces relations. Sur le plan politique, les contacts sont nombreux et réguliers : un sommet, une visite présidentielle, une visite ministérielle, plusieurs entretiens téléphoniques, des messages et des tribunes, en un peu plus de deux ans. sans oublier évidemment les activités « culturelles » ou » religieuses « a travers le très » dynamique » centre » culturel » ….ou la fameuse association » ahl ilbait « ….!!!????
Sur le plan économique, le bilan reste mince. La commission mixte, annoncée depuis février 2025 puis à nouveau en septembre, n’a pas encore produit de résultats visibles. Côté tourisme, l’ambassadeur d’Iran lui-même évoquait environ un millier de visiteurs iraniens après l’assouplissement des visas — un chiffre modeste.
L’appel d’avant hier s’inscrit dans cette continuité. Il entretient le fil de relations que Tunis tient à présenter comme fraternelle, tout en gardant ses distances quand le contexte devient dangereux. Pour Téhéran, en quête de relais diplomatiques au sortir d’une guerre éprouvante, la Tunisie reste un interlocuteur utile. Pour Tunis, l’Iran est une carte parmi d’autres dans une politique étrangère qui cherche à diversifier ses partenaires sans rompre avec les alliés traditionnels.
Entre la chaleur des mots et la prudence des actes, les relations tuniso-iraniennes avancent à deux vitesses. Les prochains mois diront si la commission mixte et la visite promise de Mohamed Ali Nafti à Téhéran permettraient enfin de donner un contenu concret à cette récente proximité affichée….!!!???
M. Ben SLIMANE



