dinar, dollar, euro; le match…Le dollar a gagné une manche contre l’euro. Le dinar, lui, n’a pas encore perdu le match ??!

Univers News (change) – Euro sous pression, dollar renforcé, pétrole au-dessus de 100 dollars : pour la Tunisie, le véritable match des changes ne se joue pas à Francfort ou à Washington. Il se joue dans la facture énergétique, le coût de la dette et la capacité du pays à préserver ses recettes en devises.
- Le coup d’envoi
Le 5 octobre, l’euro est tombé à 1,116 dollar, son plus bas niveau depuis dix-sept mois, avant de reprendre légèrement du terrain. Depuis le début de l’année, la monnaie européenne accuse un recul d’environ 4,5 % face au billet vert.
Derrière ce mouvement : les inquiétudes sur les finances publiques françaises, la remontée des rendements obligataires et les incertitudes politiques européennes. Le rendement de l’OAT française à dix ans évolue désormais autour de 4,7-4,8 %, loin des niveaux observés quelques mois plus tôt.
Pour la Tunisie, ce mouvement peut sembler lointain. Il ne l’est pas.
- Première manche : le dollar frappe là où ça fait mal
Le dollar constitue le principal risque lorsqu’il s’agit de la facture énergétique et d’une partie de la dette extérieure.
Un pétrole plus cher en dollars combiné à un billet vert plus fort face au dinar produit un double effet de renchérissement. À titre d’illustration, une hausse de 10 % du prix du pétrole associée à une appréciation de 5 % du dollar représente mécaniquement un surcoût d’environ 15,5 % en dinars, avant prise en compte des autres facteurs.
La dette extérieure ajoute une deuxième pression.
Chaque dollar supplémentaire à rembourser coûte davantage en monnaie nationale lorsque le billet vert s’apprécie. L’exposition de la Tunisie au dollar n’est donc pas seulement une question de marché des changes : elle touche directement les équilibres budgétaires et extérieurs.
- Deuxième manche : l’euro reste la monnaie des recettes
Face au dollar, l’euro occupe une position différente.
Les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger et les recettes touristiques constituent deux piliers des entrées de devises. Au premier semestre 2026, les transferts des TRE ont atteint 4,40 milliards de dinars, tandis que les recettes touristiques ont dépassé 3,35 milliards de dinars.
Le point essentiel est ailleurs : l’euro-dinar n’a pas suivi la même trajectoire que l’euro-dollar.
Au 2 juillet, l’euro valait environ 3,37 dinars, contre 3,36 un an auparavant, alors que le dollar s’établissait à 2,90 dinars contre 2,80 un an auparavant.
Autrement dit, une baisse de l’euro face au dollar ne signifie pas automatiquement une chute équivalente de l’euro face au dinar.
- Le vrai arbitre : le dinar
C’est là que le débat devient intéressant.
Regarder uniquement l’EUR/USD pour juger de la situation du dinar serait une erreur.
La Tunisie doit simultanément gérer plusieurs équations : le coût de ses importations, notamment énergétiques, le service de sa dette extérieure, ses recettes touristiques, les transferts des TRE et la disponibilité globale des devises.
Le risque apparaît lorsque ces différentes variables évoluent simultanément dans le mauvais sens.
Dollar fort + pétrole cher + besoins élevés en devises : voilà le véritable scénario à surveiller.
- Les réserves : le coussin de sécurité
La Tunisie dispose toutefois d’un amortisseur.
Au 3 juillet 2026, les avoirs nets en devises atteignaient 24,53 milliards de dinars, soit l’équivalent de 97 jours d’importations.
Ce niveau offre une marge de sécurité appréciable. Mais les réserves ne sont pas une ressource illimitée.
Et dans un environnement de tensions prolongées, un autre indicateur mérite une attention particulière : l’écart entre le taux officiel et le marché parallèle.
Car avant même qu’une pression ne se traduise par une modification visible du taux officiel, elle peut apparaître dans la prime demandée sur le marché informel.
- Le match n’est donc pas terminé
La baisse de l’euro n’est pas, en elle-même, une mauvaise nouvelle pour la Tunisie.
Tout dépend de ce qui l’accompagne.
Un euro plus faible face au dollar peut devenir problématique si, parallèlement, le dollar reste fort, que le pétrole demeure cher et que les besoins de financement extérieur augmentent.
La véritable vulnérabilité tunisienne réside dans cette asymétrie de change : certaines dépenses stratégiques sont fortement exposées au dollar, tandis qu’une part importante des recettes extérieures est liée à l’Europe.
Le dollar a gagné une manche contre l’euro. Le dinar, lui, n’a pas encore perdu le match.
Mais si le billet vert continue de monter pendant que le pétrole reste cher, la facture finira bien par arriver à Tunis.