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Dr. Moncef Daghfous (Gynécologue): « Ménopause: Lever les tabous sur cette période de la vie »

UniversNews (Santé) – 60 % seulement des femmes parlent de leur ménopause à leur gynéco, un peu moins à leurs copines filles et seules 39 % des femmes l’évoquent avec leur conjoint. Malgré des symptômes qui peuvent fortement impacter leur quotidien, seulement 6 % des femmes prennent un traitement hormonal pour accompagner ce changement d’état physiologique. Des professionnels de santé se mobilisent pour améliorer la prise en charge de la ménopause comme en témoigne Dr. Moncef Daghfous, gynécologue médicale.

  • UniversNews : Commençons par cette question que de nombreuses femmes se posent : combien de temps durent la préménopause et la ménopause ?

Dr. Moncef Daghfous : La ménopause est l’arrêt de l’ovulation. Les ovaires ne sécrètent plus d’hormones : ni œstrogènes ni progestérone. La préménopause est la période qui va précéder l’arrêt complet de fonctionnement des ovaires, cette période peut durer de 2 à 10 ans. La ménopause survient en général entre 45 et 55 ans, la moyenne étant de 51 ans et dure jusqu’à la fin de la vie. C’est une période qui, avec l’allongement de l’espérance de vie, représente, aujourd’hui, en moyenne 35 ans. Il faut ajouter que j’entends trop souvent parler de postménopause, ça n’existe pas, on ne sort pas de la ménopause. La ménopause change la qualité de la vie. Et je ne parle pas des rides, des bouffées de chaleur et de la fin de la fertilité. Ce sont là des effets secondaires d’une phase de la vie qui commence généralement au milieu ou à la fin de la quarantaine et peut durer jusqu’au milieu à la fin de la cinquantaine. Certaines femmes atteignent la ménopause plus tôt. Le premier signe de la ménopause est l’arrêt des règles. Cet arrêt n’est pas brutal : les menstruations deviennent irrégulières. Cette période de transition est appelée la péri-ménopause. Elle dure en général entre deux et quatre ans. Les signes apparaissent, en grande majorité, dès la période de transition de la péri-ménopause. Ils sont très variables d’une personne à une autre, tant dans leur type qu’en intensité ou en durée.  Ces symptômes prémenstruels comme l’humeur irritable, des symptômes génitaux comme la sécheresse vaginale et des s symptômes vasomoteurs comme les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes, ressenties dans 70 % des cas sans oublier la prise de poids surtout dans la région abdominale. L’activité physique régulière et une alimentation équilibrée sur le long terme aident à perdre du ventre et à rester tonique

  • Pourquoi on n’en parle pas ?

Notre rôle est de lever le tabou et dédramatiser cette période de la vie, que certains considèrent comme un marqueur d’entrée dans la vieillesse. La ménopause n’est pas une maladie mais un passage vers un nouvel état physiologique. Communiquer sur les inconforts, les vulnérabilités, c’est très compliqué, on ne nous apprend pas à le faire. La peur d’être stigmatisée, d’avoir moins de responsabilités, d’être traitées différemment les empêche d’ouvrir le dialogue .Les générations plus jeunes semblent s’ouvrir davantage à ces sujets, et ne plus vouloir porter de tabou sur les questions de santé des femmes.

  • La ménopause est–ce une porte ouverte à de nombreuses pathologies ?

En première place arrivent les maladies cardiovasculaires, suivies par l’ostéoporose. Ainsi à partir de 50 ans, une femme ménopausée sur trois aura dans sa vie une fracture ostéoporotique. S’ajoutent les troubles cognitifs comme la dépression, la démence et le diabète de type 2. Avec la carence en œstrogènes la femme prend du poids tout en perdant de la masse et de la fonction musculaire, elle souffre de sécheresse vaginale, sa peau craquelle et la chute des cheveux est plus importante, elle perd de sa féminité. À ce stade on ne peut que soigner pathologie par pathologie, organe par organe. Alors qu’en commençant un traitement hormonal avant la ménopause, on peut éviter un grand nombre de pathologies qu’on voit apparaître tardivement.

  • Vos conseils pour bien gérer cette période intense ?

Après la ménopause, il est essentiel de vous faire suivre régulièrement (une fois par an) par votre médecin traitant ou votre gynécologue. Il pratique un examen clinique et gynécologique. La mesure de la tension artérielle, du poids et de la taille sont indispensables. Une perte de la taille fait suspecter un tassement vertébral. En présence de facteurs de risque, un bilan osseux peut être nécessaire. Un bilan biologique sanguin permet de dépister des anomalies des lipides (graisses) ou un diabète sans oublier la mesure de l’épaisseur de l’endomètre (enveloppe interne de l’utérus). Il est également indispensable de participer, tous les deux ans, entre 50 et 74 ans, au programme national de dépistage du cancer du sein par mammographie. La ménopause n’est pas une maladie. C’est une étape dans la vie de chaque femme. Afin de mettre toutes les chances de votre côté pour bien vivre l’étape de la ménopause, nous vous conseillons d’opter pour une bonne ou une meilleure hygiène de vie dès 40 ans. Il est recommandé de consommer des aliments riches en calcium, de prendre des suppléments si nécessaire, et de maintenir une activité physique régulière pour préserver la santé osseuse. La ménopause est une étape dans la vie d’une femme. Ce n’est pas la fin, mais bien le début d’une nouvelle aventure. (M.S)

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