
- Le processus sera entamé avec les sociétés de promotion immobilière publiques, mais rien n’empêche que les sociétés privées y adhérent aussi si elles trouveront leurs équilibres financiers
- Des inquiétudes par rapport au prix final du logement qui à priori demeure encore très élevé si aucune mesure ne sera prise
- Le taux d’intérêt excessif pour les crédits à l’habitat et varie entre 9 et 11% pour les crédits bancaires et entre 1 et 16% pour les crédits de Leasing, alors que dans la majorité des pays du monde, il ne dépasse pas 3%
Tunis, UNIVERSNEWS (SEF) – Dans son interview accordée à Universnews, Faouzi Ayadi, Directeur général d’Invest Consulting et organisateur du Salon de l’écoconstruction a applaudi cette orientation vers la mise en place du modèle de la location-vente. Selon lui, ce modèle existe déjà dans plusieurs pays du monde, notamment en Tunisie où il a fait son apparition durant les années 90, avant d’être suspendu en 2016. Et d’expliquer que durant cette période des entreprises immobilières publiques et semi-publiques avaient recouru à ce processus afin de faciliter au citoyen tunisien la procédure d’achat d’un bien immobilier.
Faouzi Ayadi a tenu en outre à préciser que l’idée est bonne et vise en premier lieu à renforcer le système de logement social en Tunisie, en facilitant l’accès à un habitat décent pour les ménages à revenus modestes, tout en contribuant à la régulation du marché immobilier. Le processus consiste, selon lui, à proposer au citoyen l’achat d’un logement via un mécanisme basé sur deux processus. Il s’agit en premier lieu de lui proposer un contrat de location moyennant le paiement des frais de loyer et en deuxième lieu, le processus portera sur un contrat de vente qui lui permettra en tant que locataire de devenir le propriétaire du bien. Il s’agit selon lui, d’un processus qui ressemble beaucoup au mécanisme du leasing et un peu au contrat financement « IJARA » proposé par les banques islamiques aux investissements mobiliers et immobiliers.
L’achat d’un logement pratiquement inaccessible
« Dans sa globalité, l’idée est très bonne et noble et répond à un besoin pressant étant donné que le logement devient pratiquement inaccessible pour une grande partie des Tunisiens pour plusieurs raisons, dont principalement la dégradation du pouvoir d’achat des ménages tunisiens, la hausse vertigineuse des prix des logements, le coût élevé de la construction et le coût exorbitant du crédit immobilier, tous ces facteurs ont fait que la majorité des Tunisiens ne sont pas en mesure aujourd’hui d’acheter un logement », a souligné Ayadi, appelant à réunir, avant tout, les conditions de réussite du mécanisme de la location-vente, avant son entrée en application.
Selon lui, il faut que les différentes parties trouvent leurs équilibres financiers, que ce soit le promoteur immobilier, public et privé ou encore le consommateur : «C’est vrai que l’orientation actuelle est d’entamer le processus avec les sociétés de promotion immobilière publiques, mais rien n’empêche que les sociétés privées y adhérent aussi si elles trouveront leurs équilibres financiers», a souligné Ayadi, faisant remarquer que bien que cela requiert un ensemble de conditions techniques, juridiques et institutionnelles d’autres conditions liées aux aspects économiques doivent être réunies, celles permettant à toutes les parties prenantes de trouver leurs équilibres financiers.
Selon lui, les sociétés immobilières qui adhérent à ce mécanisme doivent réaliser des gains et éviter de travailler à perte, sinon elles risquent de cesser leurs activités après quelques années.
Il a toutefois exprimé des inquiétudes par rapport au prix final du logement qui à priori demeure encore très élevé si aucune mesure ne sera prise, notamment devant la hausse vertigineuse des prix des terrains prêts à la construction, la flambée des prix des matériaux de construction et le coût de la main d’œuvre et le coût du crédit : « L’opération ne sera pas facile et le prix reste certainement très élevé », a mis en garde le DG de Invest Consulting, avant d’appeler à réduire le coût tout en agissant sur les prix de vente et le coût financier de la construction.
Des terrains au dinar symbolique
Faouzi Ayadi s’est félicité par ailleurs de cette orientation actuelle permettant aux sociétés immobilières nationales d’acquérir des terrains au prix du dinar symbolique dans la mesure où la superficie des terrains représente généralement entre 15 et 20 % du coût total de construction d’un logement : « C’est un pas en avant mais ce n’est qu’une étape. Il reste encore du chemin à faire au niveau du coût de la construction qui demeure très élevé et aussi au niveau du coût de la main d’œuvre qui a fortement augmenté jusqu’à atteindre le double entre les années 2024 et 2025.
Mais il n’y a pas que ça, selon ses dires. Il y a aussi le coût financier puisque les loyers seront définis en fonction du coût de la construction et des coûts associés et tout paiement sur tranches induira certainement un intérêt à appliquer sur ce contrat, et ce dernier doit être certainement très élevé afin que les sociétés immobilières puissent couvrir leurs charges financières, et de veiller à ce que ce mécanisme ne soit pas suspendu au bout de quelques années.
Un taux d’intérêt excessif
Faouzi Ayadi a dénoncé le taux d’intérêt excessif pour les crédits à l’habitat en Tunisie qui varie entre 9 et 11% pour les crédits bancaires et entre 1 et 16% pour les crédits de Leasing, alors que dans la majorité des pays du monde, ce taux ne dépasse pas 3%, appelant ainsi à trouver les bonnes solutions dès le début, pour que cette idée réussisse et ne soit pas interrompu avec le temps », a-t-il dit.
Ce mécanisme de la location-vente s’inscrit dans le cadre de la politique sociale de l’Etat visant à remédier à la crise du logement et limiter la hausse excessive des prix des loyers.
Le loyer-acquisition est un mécanisme qui consiste à construire un logement destiné à la location, puis à le proposer au citoyen sous un contrat de loyer-acquisition. À l’issue de la période de location et après le paiement du montant convenu, un contrat de vente est signé, permettant ainsi au locataire de devenir propriétaire du logement.
La fixation des loyers sera liée au coût de construction et aux coûts globaux, avec un étalement du paiement sur une période de 25 ans.