Faut-il revoir la planification urbaine pour épargner à la Tunisie les inondations?

“Les villes tunisiennes sont soumises à des pressions environnementales de plus en plus fortes, à savoir la dégradation des zones urbaines, des zones agricoles et du paysage, la pollution de l’environnement, les problèmes d’assainissement des eaux usées et de traitement des déchets. D’où l’impératif de revoir en profondeur la planification urbaine en Tunisie pour faire face aux inondations récurrentes. L’accélération du changement climatique, combinée à une urbanisation rapide et parfois incontrôlée, s’est traduite par le fait que la majorité des villes tunisiennes souffrent d’un manque criant de réseaux d’évacuation des eaux pluviales adaptés.]Les experts, urbanistes et institutions s’accordent sur le fait que la gestion purement « curative » (comme le curage régulier des oueds et des canaux) ne suffit plus. Une refonte structurelle de l’aménagement du territoire s’impose à travers plusieurs leviers majeurs.
Intervenant à la radio, la docteure Emna Bchir, professeure à l’École nationale d’architecture et d’urbanisme de Tunis (ENAU) et co-directrice de la Commission des Objectifs de développement durable de l’Union internationale des architectes a affirmé que les inondations en Tunisie résultent de facteurs externes tels que le changement climatique et la proximité des zones côtières avec l’eau et de facteurs internes, notamment les déchets, les infrastructures, les débris de construction et l’absence d’espaces verts. Elle a appelé à revoir la planification en matière de construction en transformant les toits en espaces verts végétalisés. soulignant que cette technique contribue directement à l’absorption des eaux de pluie et réduit le volume des flux dirigés vers les réseaux d’évacuation. Elle a a également préconisé la construction de citernes et de bassins de rétention des eaux de pluie, ainsi que la mise en œuvre de campagnes de nettoyage périodiques.Dans le même ordre d’idées, Bchir a affirmé qu’il existe des solutions, notamment pour les nouveaux quartiers comme « les Jardins de Carthage ». Ces zones, autrefois vastes et verdoyantes, sont aujourd’hui encombrées de débris de construction et d’extensions de terrasses de cafés. Elle a appelé à lever ces obstacles pour permettre aux eaux de pluie de s’infiltrer dans le sol, plutôt que de s’accumuler et de se déverser vers les zones adjacentes situées en contrebas, comme le quartier de « Bahr El Azraq ».La responsable au sein du comité des ODD de l’Union internationale des architectes a souligné que les solutions fondées sur la nature sont les plus appropriées pour limiter les inondations, dans la mesure où les solutions techniques restent souvent liées à une consommation d’énergie,appelant à mener des campagnes de sensibilisation à cet égard, car les citoyens ne sont pas conscients que l’agriculture consomme
Actualiser les plans d’aménagement et cartes des risques
L’adoption des plans d’aménagement urbain, qui se fait dans le cadre d’une approche participative, constitue un outil efficace pour la réalisation du développement intégré et durable, la gestion rationnelle du paysage urbain et l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Il est vrai que de nombreux Plans d’Aménagement Urbain (PAU) en Tunisie n’intègrent pas de manière stricte les nouvelles réalités climatiques ou s’appuient sur des cartographies obsolètes.La meilleur solution est de finaliser et appliquer l’Étude stratégique nationale de gestion des risques d’inondation à l’horizon 2050 actuellement menée par le ministère de l’Équipement. Celle-ci doit interdire formellement toute construction dans les lits d’oueds et les zones topographiquement vulnérables. Il faudrait aussi mderniser des infrastructures sous-dimensionnées. Dans la plupart des grandes agglomérations, les infrastructures de drainage ont été calibrées il y a des décennies pour des densités de population et des régimes de précipitations bien moindres tout en multipliant les bassins de rétention et d’écrêtement en amont des villes pour stocker temporairement les eaux lors des pics de crue. C’est l’un des axes renforcés par l’État, notamment à travers le programme de résilience ResCat soutenu par la Banque mondiale, ciblant des zones sensibles comme Tunis-Ouest, Gabès et Djerba. Dans un pays touché de plein fouet par le stress hydrique, évacuer au plus vite l’eau de pluie vers la mer est un contresens écologique. La solution est de redéfinir l’urbanisme tunisien en y associant la collecte des eaux pluviales. Des infrastructures urbaines modernes permettraient de capter ces eaux, de recharger les nappes phréatiques ou de les stocker pour l’arrosage public et l’agriculture périurbaine.
Mohamed Sélim



