
UniversNews (MONDE) – Parti d’un lycée de banlieue privé de professeurs, le mouvement lycéen a gagné toute la France en dix jours. Jeudi 1er octobre, il a basculé dans la violence : 1 949 interpellations, plus de 1 000 établissements touchés, plus de 400 lycées fermés hier vendredi. À sept mois de la présidentielle, la colère d’une génération est devenue une affaire d’État.
De Créteil à toute la France : l’étincelle
Tout commence au lycée Antoine-de-Saint-Exupéry de Créteil, dans le Val-de-Marne. Plusieurs postes d’enseignants n’y sont pas pourvus à la rentrée. Les élèves bloquent leur établissement le 21 septembre.
Le terrain était pourtant préparé. Dès le 15 septembre, des lycéens de Villeneuve-d’Ascq et de Caen avaient protesté contre des emplois du temps surchargés. Mais c’est Créteil qui sert de détonateur, avec l’aide des réseaux sociaux et de vidéos devenues virales.
La contagion est rapide. L’Île-de-France suit, puis Marseille, Lille, Rennes et Strasbourg. Le 28 septembre, le ministère de l’Intérieur recense 180 établissements perturbés. Le lendemain, jour de mobilisation de la fonction publique, ils sont 416, selon l’Éducation nationale. Les étudiants rejoignent alors le mouvement : une trentaine de campus sont bloqués.
« On veut le Bac, pas la BAC » : des revendications à hauteur d’élève
À Lille, une pancarte résume l’humour et la colère de cette jeunesse : « On veut le Bac, pas la Bac ». Derrière le jeu de mots, les demandes sont concrètes et souvent anciennes.
Les lycéens réclament des professeurs remplacés, des classes moins chargées et des bâtiments rénovés. Ils dénoncent des locaux mal isolés, étouffants en été, glacés en hiver. Ils demandent aussi plus de moyens pour les élèves en situation de handicap, et contestent la pression de Parcoursup.
Ces griefs s’inscrivent dans un contexte budgétaire tendu. Le second degré a perdu 1 803 emplois de professeurs à la rentrée 2026, selon le SNES-FSU. Plusieurs syndicats enseignants soutiennent donc le fond du mouvement, sinon ses méthodes.
Depuius jeudi, le mouvement change de visage. Feux de poubelles, tirs de mortiers d’artifice, grenades lacrymogènes : les images rappellent davantage les émeutes urbaines que les blocus lycéens d’antan.

L’État entre le bâton et la main tendue
Le ton du gouvernement s’est durci en quelques heures. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, ne voit plus des revendications lycéennes, mais une situation de « violences urbaines ». Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, estime le mouvement « pris en otage par des groupuscules ultra-violents ».
Les mesures suivent. Plus de 400 lycées sont fermés ce vendredi, et les préfets ont interdit les manifestations à leurs abords. Le ministre a même lancé un appel direct aux parents : ne pas laisser leurs enfants aller manifester.
L’exécutif tente pourtant de garder une porte ouverte. Une plateforme de concertation permet à chaque lycéen de déposer ses revendications. Édouard Geffray reçoit ce vendredi syndicats, parents d’élèves, organisations lycéennes et élus lycéens.
La rue lycéenne, nouveau champ de bataille de 2027
À sept mois de l’élection présidentielle, le mouvement est devenu un enjeu politique majeur. Dès le 21 septembre, deux députés de La France insoumise, Louis Boyard et Clémence Guetté, se sont rendus à Créteil.
Matignon accuse désormais LFI et « ses proxys de l’ultra-gauche » d’orchestrer la contestation. Manuel Bompard, coordinateur du parti, réplique que le gouvernement « sombre dans le complotisme ». À l’extrême droite, Marine Le Pen désigne elle aussi LFI comme l’instigatrice.
La gauche syndicale, elle, choisit le camp des élèves. SUD Éducation, Solidaires et la CGT Éduc’action appellent à la grève le mardi 6 octobre, en soutien aux lycéens et contre la répression.
Au-delà des flammes, une école à bout de souffle
Il serait commode de ne retenir de ces journées que les mortiers et les gardes à vue. Ce serait passer à côté de l’essentiel. Le mouvement est né d’une réalité simple : des classes sans professeur, des salles vétustes, une jeunesse qui se sent oubliée.
La France a souvent vu sa jeunesse descendre dans la rue, de 1986 à 2010. Rarement une contestation scolaire n’aura pris une telle ampleur aussi vite. La journée du 6 octobre dira si le mouvement s’essouffle, se radicalise ou trouve enfin un interlocuteur.
Mourad Ben Slimane



