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Le dossier de la semaine :La plage d’Hammamet, vers une catastrophe annoncée !

Tunis – Univers News. Plusieurs citoyens d’Hammamet ont tiré la sonnette d’alarme quant à la situation catastrophique de la plage du centre-ville d’Hammamet communément appelée par les locaux « Plage Yasmina ». Aujourd’hui, il n’est pas exagéré de dire qu’  ils  assistent indifférents à la mort de cette plage qui est le symbole, l’emblème et la carte postale de Hammamet surtout après les pluies torrentielles qui se sont abattues sur la ville. La côte d’Hammamet revendique son nom : d’Azur. Sous l’eau pourtant, le spectacle est moins rutilant. Les égouts déversent sans aucun traitement préalable leurs eaux usées à quelques encablures du bord de mer. Outre le désagrément que cela représente pour les riverains, cette situation peut constituer un danger d’ordre sanitaire notamment pour les baigneurs, cette plage étant l’une des plus prisées des hammametois durant la saison estivale. Le problème n’est pas nouveau, mais à Hammamet, comme ailleurs, les habitants ne tolèrent plus ces déversements nauséabonds. La carte postale est superbe. L’association d’éducation relative à l’environnement (AERE), milite depuis les années 1990 pour sauvegarder ce littoral, un vrai trésor, mais un trésor menacé par la pollution que seule une intervention rapide de l’ONAS permettra de venir à bout de ce fléau des égouts.

Quand les canalisations des eaux usées courent le long du littoral !

Le rythme et l’ampleur de l’érosion n’ont jamais été aussi importants.   La plage a reculé de plus de 10 métres en deux ans et les experts ne sont guère optimistes quant à l’évolution ultérieure de cette plage. Près de deux hectares de sable ont été submergés par la mer entre 2012 et 2019. Le Club nautique fut englouti en 2020. Les canalisations des eaux usées qui courent le long du littoral (quelle idée de les aménager à proximité de la mer !) sont à découvert depuis plusieurs mois du fait de l’avancée de la mer. Quelques-unes sont endommagées et se déversent directement dans l’eau tandis que d’autres menacent de se rompre entraînant une pollution marine avec des conséquences environnementales et surtout sanitaires. La santé de la population est désormais en danger et l’on risque la réapparition d’un cortège de maladies oro-fécales que l’on croyait disparues : Poliomyélite, fièvre typhoïde, infections intestinales diverses, hépatite A etc.La mer menace à présent le mur d’enceinte et les maisons donnant sur la plage qu’elle finira par démolir si rien n’est fait. D’ailleurs, certaines demeures, comme « Dar Laveau » ne tiennent que grâce aux racines solides des eucalyptus géants. Mais pour combien de temps ? Ce n’est qu’un sursis.

L’assainissement, une problématique de longue date

Les eaux usées constituent une menace croissante pour la santé et l’environnement à Hammamet. Les matières organiques se mêlent au bleu de la mer et au sable, là où les enfants jouent, là où l’on se baigne. Depuis une semaine sur la plage de Yasmina, une eau trouble et nauséabonde serpente dans le sable et se mélange à l’eau autrefois cristalline. Ce sont des eaux usées qui proviennent du réseau d’assainissement. L’odeur est insoutenable sur place. Devant ce spectacle inquiétant, les résidents ont alerté les autorités. C’est la nouvelle image de la plage de Yasmina. Une vidéo circule depuis peu sur les réseaux sociaux montrant l’écoulement d’eaux usées en pleine mer. Pourtant, depuis plus d’un an, le projet de restructuration du réseau d’assainissement de la plage Yasmina est fin prêt, les études techniques sont achevées et les financements disponibles (2.5 millions de dinars). Malheureusement, le projet fait du sur place et aucune avancée concrète n’a été constatée sur le terrain.

L’édification d’une station de refoulement (pompage) à proximité de la plage de Hammamet est indispensable pour pouvoir transférer le réseau d’assainissement vers l’avenue Habib Bourguiba et stopper le déversement des eaux usées et des égouts directement dans la mer. Mais il y a toujours ce désaccord quant au choix du terrain pour son implantation. Le problème n’est pas encore résolu et il faudrait convaincre le grand public de cette urgence environnementale et sanitaire.  Nul doute que l’investissement dans un nouveau système d’évacuation des eaux usées traitées ne présentant aucun risque environnemental préservera le magnifique littoral d’Hammamet et profitera aux populations qui y résident, y travaillent et s’y divertissent. La Municipalité d’Hammamet essaie d’intervenir pour régler cette crise environnementale causée par ces égouts déversant des eaux usées non traitées dans la mer. Pour ce faire, les autorités concernées, à savoir l’Office national de l’assainissement (Onas), l’Agence de protection et d’aménagement du littoral (Apal) et la municipalité de Hammamet doivent accorder leurs violons et assumer leurs responsabilités. Pour l’instant, nous assistons à un dialogue de sourds entre des institutions censées collaborer pour résoudre le problème, d’autant plus qu’il y a péril en la demeure. Et l’on continue d’ignorer les appels de la société civile locale qui, depuis des années et à maintes reprises, a tiré la sonnette d’alarme sur ce sujet, organisé nombre de tables rondes et séminaires et alerté les autorités en charge de la gestion du littoral. Mais rien n’y a fait. Côté décideurs, c’est circulez, y a rien à voir !

Que faire maintenant ?

Dans l’urgence, précise Dr. Salem Sahli, Président de l’Association d’éducation relative à l’environnement « il faut colmater les fuites d’eaux usées et veiller à ce qu’aucune goutte d’eau polluée ne se déverse dans la mer. Il y va de la santé de la population. À moyen terme, il faut d’abord remplacer le réseau d’assainissement et le déplacer loin de la mer. Cette solution est certes coûteuse, mais elle est beaucoup moins coûteuse que les conséquences économiques, sociales, sanitaires et écologiques si rien n’est entrepris, à fortiori dans une ville où le tourisme représente la colonne vertébrale de l’économie locale. Il faut aussi trouver des solutions à la question de l’érosion marine et pour cela, l’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral (Apal), dont la raison d’être est la protection du littoral, doit exiger l’enlèvement des conduites et regards sur la plage. Il s’agit d’un prérequis absolu avant le lancement du projet de protection du littoral (PPLT4).

Vu l’ampleur des problèmes et l’urgence de la situation, l’intervention de l’état avec ses agences et structures régionales est fortement recommandée pour débloquer la situation. Et ce ne sera que justice rendue à Hammamet, une ville qui a tant servi l’économie nationale et continue de le faire. Nous demandons par ailleurs aux habitants, associations, organismes professionnels, syndicats, partis politiques et surtout aux jeunes de se mobiliser. Le transfert des canalisations de drainage des eaux usées n’est plus une option, mais une nécessité impérieuse pour résoudre définitivement ce fléau. Nous ne resterons pas spectateurs de la dégradation de notre littoral. »

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