
UniversNews (Santé) – Le foie possède un pouvoir unique : « Il commence à se régénérer dans les minutes qui suivent son agression », indique Gabriel Perlemuter, chef du service d’hépato-gastroentérologie à l’hôpital Antoine-Béclère, à Clamart (Hauts-de-Seine). Ce tour de force repose sur les hépatocytes, cellules majoritaires de l’organe, capables de se diviser pour remplacer celles qui ont été détruites. Grâce à elles, quand il faut enlever une partie du foie (par exemple à cause d’une tumeur), l’organe « peut redevenir pleinement fonctionnel en trois semaines, même s’il ne retrouve pas sa forme initiale, précise Lucy Meunier, hépatologue au CHU de Montpellier (Hérault). Dans certains cas, les médecins peuvent même provoquer une régénération forcée ». En asphyxiant temporairement une partie du foie, ils stimulent la repousse de l’autre.
Bien connue, cette aptitude continue d’intriguer les chercheurs. Une équipe espagnole vient de montrer (Nature, 2025) qu’un acide aminé, le glutamate, joue ici un rôle-clé. Libéré dès les premières minutes après une lésion, il active des cellules immunitaires qui relancent la prolifération hépatique.
Mais cette capacité n’est pas infaillible. Une autre étude, publiée la même année dans Nature Communications, révèle qu’en cas d’alcoolisme chronique, l’inflammation bloque la régénération. En effet, l’ennemi numéro un du foie reste l’alcool. À long terme, il provoque des maladies chroniques comme la cirrhose : l’organe devient fibreux, se durcit et perd sa capacité à se réparer, ce qui bloque quasiment tout renouvellement.
Graisses, sucres, infections virales, maladies auto-immunes et vieillissement peuvent également le fragiliser. Dans les excès de table et boisson, ce qui pose problème, c’est la répétition plus que la quantité.
Mais cette tolérance est mise à rude épreuve par nos modes de vie. Aujourd’hui, une maladie gagne du terrain : la stéatose hépatique non alcoolique, ou NASH. Provoquée par le surpoids et le diabète, elle se traduit par une accumulation de graisses dans le foie et une inflammation chronique, souvent silencieuse. Elle toucherait près d’un adulte sur quatre dans le monde. Dans de rares cas, cette inflammation peut évoluer vers une cirrhose ou un cancer.
- Un compagnon du cœur : Le foie régule le cholestérol et les graisses circulant dans le sang, prévenant leur excès, nocif pour les artères. Il synthétise aussi des protéines plasmatiques, comme l’albumine, essentielles au fonctionnement du système cardiovasculaire.
- Du carburant vital : Par l’artère hépatique, le foie reçoit du sang oxygéné, essentiel à ses réactions chimiques. Il peut ainsi sécréter la bile, transformer les nutriments, réguler le glucose sanguin, éliminer les toxines et fabriquer des protéines-clés pour la coagulation.
- Un acteur-clé de la digestion : Le foie produit en continu la bile, stockée entre les repas dans la vésicule biliaire. Lorsque nous mangeons, elle est libérée dans l’intestin, facilitant la digestion des graisses, l’absorption des vitamines A, D, E et K et l’élimination de déchets.
- L’allié détox des reins : Avant que les reins n’éliminent les déchets, le foie les rend solubles et moins toxiques. Il transforme notamment l’ammoniac issu des protéines en urée, une molécule que les reins pourront ensuite filtrer et évacuer dans les urines.
- Une barrière immunitaire : Au contact du sang venu de l’intestin, le foie agit comme un filtre immunitaire. Ses cellules spécialisées détruisent microbes et toxines avant leur propagation dans la circulation générale. Une protection contre les infections ou l’inflammation.
- Une centrale énergétique : Le foie trie et transforme les nutriments issus de la digestion. Il stocke le glucose sous forme de glycogène pour nourrir le corps entre les repas et ajuste la production ou la libération de graisses selon les besoins énergétiques.
Lorsque la réparation naturelle est empêchée, il existe tout de même des solutions médicales. Si une greffe s’avère nécessaire, le foie révèle un autre superpouvoir : il est l’un des organes les moins rejetés. Habitué à filtrer chaque jour des milliards de toxines, il est programmé pour tolérer des éléments étrangers. C’est ce qui explique qu’il accueille un greffon avec une grande facilité.



