
UniversNews (Economie) – Le gaz vient d’Algérie, le brut d’Azerbaïdjan, et les carburants d’une dizaine de pays dont la Russie reste le premier. La carte des approvisionnements tunisiens change en 2026, alors que la production nationale recule et que la facture énergétique s’alourdit.
Un pays qui dépend aux deux tiers de l’étranger
La Tunisie produit de moins en moins l’énergie qu’elle consomme. À fin juillet 2026, la dépendance énergétique atteint 66 %, contre 63 % un an plus tôt. Le taux d’indépendance énergétique, c’est-à-dire le rapport entre les ressources nationales et la consommation, est tombé à 34 %, contre 37 % un an plus tôt. Hors redevance sur le gaz algérien en transit, il ne serait que de 27 %.
Le déficit se creuse des deux côtés. La demande d’énergie primaire a progressé de 3 % en un an, alors que les ressources nationales ont reculé de 8 %, à environ 1,6 Mtep à fin juin. La facture suit : à fin juillet, le déficit de la balance commerciale énergétique atteint 8,27 milliards de dinars, contre près de 6,4 milliards un an plus tôt, soit 29 % de plus. À fin juin, les exportations énergétiques ne couvraient que 18 % des importations.
Le gaz : l’Algérie, fournisseur incontournable
Le gaz naturel est la principale source d’énergie importée, et il vient presque entièrement d’Algérie. À fin juillet 2026, les achats directs de gaz algérien ont augmenté de 5 %, à 1,691 million de tep. Ils couvrent 59 % de l’approvisionnement total du pays en gaz naturel.
Cette part grandit parce que la production nationale s’épuise. La production de gaz commercial sec est restée à 0,66 million de tep, en légère baisse de 1 %. Les champs de Miskar et de Nawara en assurent respectivement 27 % et 19 %. Rien ne compense ce déclin pour l’instant : aucune découverte d’hydrocarbures n’a été enregistrée à fin juillet 2026, malgré deux puits d’exploration forés, et le nombre de permis en vigueur est passé de 15 à 12 en un an.
Le gaz algérien a aussi un rôle de recettes. Le gazoduc Transmed traverse la Tunisie pour alimenter l’Italie, et la Tunisie perçoit à ce titre une redevance de transit. Or cette redevance a baissé de 21 % à fin juillet 2026 par rapport à l’année précédente.
Ce lien repose sur un contrat dont l’échéance approche. En 2020, la STEG et Sonatrach ont renouvelé jusqu’en 2027 leur contrat d’achat de gaz de mars 1997, avec une option de prolongation de deux ans, et ont convenu d’augmenter les volumes contractuels de 20 % à partir de 2025. Le prix de ce gaz dépend en outre du pétrole : les importations de gaz sont indexées sur les cours internationaux du brut.
Le pétrole brut : l’Azerbaïdjan au cœur de la raffinerie de Bizerte
La Tunisie produit du pétrole, mais elle en extrait de moins en moins. La production nationale de brut a reculé de 13 % sur un an, à 28 500 barils par jour. L’unique raffinerie du pays, celle de la STIR à Bizerte, fonctionne surtout avec du brut importé. Sa capacité nominale est de 34 000 barils par jour et elle couvre près de 30 % des besoins nationaux en produits pétroliers. En 2024, le brut d’Azerbaïdjan représentait 74 % des volumes raffinés, contre 55 % en 2023, et le brut tunisien seulement 26 %.
Le pays exporte pourtant une partie de son propre pétrole. Une part du brut extrait localement ne correspond pas aux caractéristiques techniques de la raffinerie. Il est donc vendu à l’étranger, et un brut mieux adapté est importé à la place. Le brut azéri a deux avantages pour Bizerte : ce pétrole léger est compatible avec les installations de la raffinerie, et son trajet évite les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb.
Ces achats de brut augmentent nettement. Sur les huit premiers mois de 2026, ils ont augmenté de 55 %, passant de 11 000 à 17 000 barils par jour en moyenne, tandis que les importations de produits finis reculaient de 14 %. Tunis semble donc acheter plus de brut, moins cher, pour réduire sa facture de carburants déjà raffinés, dans la limite de ce que la raffinerie peut traiter.
Les carburants : la fin de la domination russe
Pour le gazole et l’essence, la dépendance est la plus forte. La Tunisie a importé 67 000 barils par jour de produits raffinés entre janvier et septembre 2026, contre 78 000 un an plus tôt (−14 %).
La Russie reste le premier fournisseur, avec 24 000 b/j. Mais ce volume a été divisé par deux par rapport à 2025 (48 000 b/j), et sa part est passée de plus de 60 % à un gros tiers. Les décisions de Moscou y contribuent. La Russie a d’abord interdit les exportations de gazole du 8 au 31 juillet, après que des frappes de drones ukrainiens sur ses raffineries eurent provoqué pénuries et hausses de prix. Elle a ensuite prolongé l’interdiction des exportations de gazole et d’essence jusqu’au 31 janvier 2027. Depuis le 1er septembre, les producteurs peuvent de nouveau exporter du gazole, du fioul marin et du gasoil.
D’autres fournisseurs ont pris le relais :
- L’Italie : 8 000 b/j.
- Les Pays-Bas : 6 000 b/j, de retour depuis mars.
- L’Égypte : 5 000 b/j, contre deux cargaisons seulement en 2025.
- L’Espagne : 5 000 b/j.
- La Grèce, Chypre, la Turquie et l’Inde complètent la liste.
Un enjeu budgétaire autant qu’énergétique
Le pétrole cher pèse donc deux fois sur la facture : directement sur le brut et les carburants, et indirectement sur le gaz algérien, indexé sur le pétrole. Les échanges énergétiques dépendent de trois facteurs : les volumes échangés, le taux de change dollar/dinar et le cours du Brent. En avril 2026, le Brent dépassait de 52,8 dollars par baril son niveau d’avril 2025, en raison de l’escalade au Moyen-Orient et des risques sur le détroit d’Ormuz.
Pour réduire cette exposition, l’État mise sur le raffinage : une nouvelle raffinerie à Skhira est envisagée, en plus du renforcement de celle de Bizerte. D’ici là, la Tunisie aborde 2027 avec deux échéances extérieures : la fin de l’embargo russe sur les carburants, fixée au 31 janvier, et l’échéance du contrat gazier avec Sonatrach.
Mourad Ben SLIMANE