
UniversNews (SEF) – Depuis l’été, le coût de la vie ne cesse d’augmenter. Nourriture, éducation, logement : tout semble plus cher, et l’inflation dépasse les simples chiffres économiques. Elle réduit le pouvoir d’achat, brouille les signaux du marché, transformant une hausse des prix en véritable enjeu social .Les données récentes confirment que l’inflation renoue avec une tendance à la hausse à l’échelle mondiale et régionale en ce début d’automne. Cette accélération met fin à plusieurs mois d’ accalmie progressive et s’explique principalement par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui ont provoqué une nouvelle flambée des prix de l’énergie et des carburants.La situation se décline de manière marquée selon les zones géographiques .En Tunisie ,l’inflation poursuit son accélération pour le troisième mois consécutif, s’établissant à 5,6 % en septembre (après 5,4 % en août et 5,1 % en juillet).Dans un post publié sur Facebook, l’économiste Ridha Chkoundali explique que« . Ce chiffre marque un retour à une trajectoire inflationniste ascendante, rompant ainsi avec la tendance baissière progressive observée dans l’économie tunisienne entre 2023 et 2025 (période caractérisée par un recul de l’inflation depuis fin 2022). Cette nouvelle hausse survient alors que la Banque centrale de Tunisie maintient son taux directeur inchangé, reflétant l’impasse dans laquelle se trouve la politique monétaire de l’institution ; celle-ci attribue l’inflation principalement à une consommation excessive tout en ignorant la crise structurelle de l’offre qui affecte l’économie tunisienne depuis des années. Par conséquent, le gel ou le relèvement des taux d’intérêt s’avère incapable de contenir la hausse des prix, notamment pour les produits de première nécessité.
Le professeur universitaire dévoile dans son analyse la nature de l’inflation en septembre : « une inflation tirée par les secteurs de l’alimentation et de l’éducation. Les produits alimentaires ont continué d’alimenter les pressions inflationnistes, affichant un taux de glissement annuel de 8,4 %, avec des hausses spectaculaires pour les produits à prix libres tels que la volaille (16,5 %), les fruits frais (15,4 %), les viandes rouges (ovin : 14,6 % ; bovin : 13 %) et les légumes frais (entre 9,7 % et 12,9 %). Dans le secteur de l’éducation, les coûts ont enregistré de fortes hausses (6,4 % pour le préscolaire et le cycle de base, 6,0 % pour le secondaire), parallèlement à une flambée spectaculaire de 14,7 % des tarifs des services d’hébergement. Cette cherté ne traduit pas une amélioration du niveau de vie, mais reflète plutôt le basculement forcé des familles fuyant la dégradation de la qualité de l’enseignement public vers un secteur privé onéreux ».
Inflation cumulée, érosion monétaire et crise du pouvoir d’achat
Ridha Chkoundali revient sur les causes de cette inflation qui selon lui « Elle est avant tout une crise aiguë de l’offre, engendrée par un climat des affaires qui décourage l’investissement et entrave l’activité par une bureaucratie excessive. Les coupures d’électricité fréquentes et les perturbations énergétiques ont aggravé la situation en paralysant les cycles de production, en provoquant la détérioration des produits agricoles frais et en compromettant les chaînes du froid et de stockage .Ces facteurs ont fait grimper le coût unitaire de production, répercutant automatiquement la charge sur le consommateur.En revanche, le seul facteur lié à la demande qui alimente l’inflation ne provient pas de l’aisance des particuliers, mais résulte exclusivement du recours excessif de l’État à l’emprunt direct auprès de la Banque centrale pour financer le déficit budgétaire. Ces fonds n’ont pas été orientés vers le développement ou l’investissement productif, mais ont été absorbés par les dépenses de consommation et le fonctionnement de l’appareil administratif, créant ainsi une masse monétaire sans contrepartie réelle en biens.L’analyse des données relatives à l’inflation cumulée révèle clairement l’ampleur de la détresse économique des ménages.
Le taux d’inflation cumulée a atteint 98 % sur la période 2015-2026 ; sur le plan économique, cela signifie que le dinar tunisien a perdu la moitié de sa valeur d’achat en onze ans, expliquant ainsi l’érosion manifeste du pouvoir d’achat du citoyen tunisien durant cette période. L’érosion du pouvoir d’achat des citoyens s’est accentuée de manière plus sévère entre 2021 et 2026, période durant laquelle le taux annuel moyen d’inflation cumulée s’est établi à environ 8,1 %, contre 6,8 % pour la période 2015-2021.
Cette seconde phase (2021-2026) a été particulièrement éprouvante pour les Tunisiens, car cette inflation s’est accompagnée d’une quasi-absence de solutions alternatives permettant de maintenir le niveau de consommation. D’une part, la Banque centrale a durci sa politique, attribuant l’inflation à une « surconsommation », ce qui a dissuadé les banques commerciales d’octroyer des crédits à la consommation. D’autre part, la nouvelle législation sur les chèques a fermé l’une des dernières voies de financement commercial et social traditionnel dont disposent les ménages pour faire face aux crises. Les « prêts d’honneur » pourraient constituer un recours conjoncturel pour les Tunisiens cherchant à compenser la baisse de leur niveau de vie, bien que les prélèvements mensuels qui en découlent risquent de peser lourdement sur leurs revenus dans les années à venir.
Mohamed Sélim



