Saison des pluies : la sécurité commence par la prévention des inondations

Les experts en climatologie rappellent que les épisodes pluvieux en Tunisie tendent à devenir plus violents et plus concentrés. Autrement dit, la même quantité de pluie peut tomber en quelques heures seulement, saturant immédiatement des réseaux d’évacuation insuffisants.En raison de l’imperméabilisation des sols, les fortes pluies (lors des orages par exemple) sont de plus en plus souvent à l’origine de nuisances et de dégâts. Mais que faire pour prévenir les inondations et protéger les populations ? Face à cette réalité, l’adaptation devient une nécessité. Les autorités locales ne peuvent plus se contenter d’interventions ponctuelles après chaque catastrophe. La mise en place d’infrastructures résilientes, capables d’anticiper et d’absorber ces chocs climatiques, est une urgence nationale.
La plupart des inondations sont provoquées par des crues soudaines faisant suite à des averses. L’imperméabilisation accrue des sols bruxellois ne permet plus aux eaux de pluies de s’infiltrer correctement lors de fortes précipitations. Celles-ci s’écoulent alors vers les villes où le bâti et les infrastructures se sont multipliés au fil des ans. Outre les pluies excessives, des fuites peuvent également être à l’origine des inondations. Des averses brèves et abondantes peuvent entraîner une crue soudaine.L’eau de pluie ne peut pas s’infiltrer suffisamment dans le sol et le ruissellement intense sature le réseau d’égouts. Les eaux usées peuvent refouler dans les caves ou déborder sur la voirie vers les zones plus basses du territoire. Les épisodes de pluie prolongés peuvent saturer les sols des bassins versants et entraîner le débordement des cours d’eau. Le réseau d’égouttage saturé se déleste alors également vers les cours d’eau, accentuant encore leur crue. il arrive que les caves soient inondées même lorsqu’il ne pleut plus. L’eau suinte des murs ou remonte du sol. Ce phénomène est lié au fait que les sols sont saturés à certaines profondeurs et que le niveau de la nappe phréatique est élevé. Le niveau de la nappe phréatique varie selon les conditions météorologiques et les saisons. À la fin de l’hiver, par exemple, il pourrait atteindre le niveau des caves dans les zones les plus basses de la région.
Les bons gestes avant, pendant et après les inondations
Il est important de savoir qu’aucune zone n’est tout à fait à l’abri d’une inondation. Mais il y a bien sûr des zones qui sont beaucoup plus exposées. L’eau a naturellement tendance à s’y accumuler, qu’elle provienne de fortes pluies et du ruissellement, d’un cours d’eau en crue, d’un refoulement d’égouts saturés ou de la remontée d’une nappe phréatique. Mais une inondation peut toujours être provoquée par un événement imprévisible, où que ce soit. Il suffit que des égouts ou des avaloirs soient bouchés, ou d’une rupture de canalisation d’eau. Il est donc important que chacun sache que faire en cas d’inondation.
La réussite de la prévention des inondations ne dépend pas seulement de la technique ou des budgets, mais aussi d’une meilleure gouvernance. Cela suppose une coordination entre les municipalités pour gérer les inondations et définir des stratégies d’action communes à moyen et long terme, l’application stricte des lois contre toute personne déversant délibérément des déchets sur les terrains vagues, dans les oueds et les retenues d’eau , l’ intensification des programmes de sensibilisation de la population aux risques d’inondation, la réhabilitation et l’entretien régulier des barrages, la mise en œuvre d’une stratégie de développement durable pour les grandes étendues de terres, notamment par la réduction du travail du sol, en particulier sur les pentes abruptes, et la restauration de la végétation le long des retenues d’eau afin de limiter l’érosion des sols, sans oublier l’adoption des solutions inspirées de la nature, comme la création de barrières de cactus près des barrages et des vallées, afin de réduire les risques d’inondation, le drainage des eaux pluviales en créant de larges canaux pour collecter l’eau entre les différentes vallées et la rejeter ensuite dans la mer. Les populations doivent être informées sur les risques d’inondation, les mesures de prévention et les comportements à adopter en cas d’urgence est crucial pour réduire les pertes humaines et matérielles.
Une gestion de crise réactive plutôt que préventive
La Tunisie souffre également d’un déficit d’anticipation. Les systèmes d’alerte précoce sont quasi inexistants, les capteurs intelligents absents, et les plans d’intervention souvent improvisés.Les populations réagissent après la catastrophe, rarement avant.Chaque pluie diluvienne devient ainsi une épreuve : les secours interviennent dans l’urgence, les citoyens improvisent des solutions, et les dégâts matériels et humains s’accumulent.Par conséquent, la préparation ne se résume pas à avoir un plan complet. Elle doit se mesurer à la capacité d’agir lorsque le pire des scénarios se produit.La saison des pluies et des tempêtes de 2026 approche. Les catastrophes naturelles constituent un défi reconnu, mais leur gravité est de plus en plus difficile à prévoir. Cela exige une préparation exhaustive, englobant les ressources humaines, les infrastructures, le personnel, les équipements, les données et les technologies. Il est crucial de poursuivre l’examen minutieux de chaque détail, de chaque zone vulnérable et de chaque point d’évacuation, et de simuler les scénarios les plus complexes. Ce n’est que lorsque ce plan sera concrètement mis en œuvre par chaque commune, quartier, agence et communauté que nos villes pourront véritablement anticiper les problèmes, réagir sereinement et minimiser les dégâts avant la saison des pluies
Héla Nabli



