NewsTRIBUNE

« Tunisie : ces scénarios qui se trament en coulisses…

Tunis – Univers News. Il y a des étés qui font transpirer. Et puis il y a celui-ci : l’été 2026 fait transpirer la Tunisie jusque dans ses institutions. En pleine canicule, le pays donne parfois l’impression d’avoir été mis sur « pause » : l’eau courante disparaît dans des quartiers entiers, l’électricité joue à cache-cache, certains médicaments essentiels se font plus rares, l’eau en bouteille devient une denrée stratégique et les prix continuent de grignoter le pouvoir d’achat.

Une pénurie ici, une coupure là, un médicament introuvable ailleurs : pris séparément, chaque problème peut encore être présenté comme un incident. Mais lorsqu’ils arrivent ensemble, ils cessent d’être des incidents. Ils deviennent un système. Et c’est là que le problème devient politique.

Souveraineté comme slogan

La souveraineté sans production, c’est un peu comme vouloir remplir une piscine avec un seau percé : beaucoup de patriotisme hydraulique, peu d’eau au fond. La Tunisie ne manque pas de slogans économiques. Elle manque de capacité à transformer les slogans en capital, le capital en investissement, l’investissement en productivité et la productivité en emplois. C’est moins lyrique. Mais beaucoup plus utile.

Il faut aussi regarder du côté de la politique monétaire, sans transformer la Banque centrale en bouc émissaire commode. Une banque centrale ne fabrique ni eau, ni électricité, ni médicaments. Elle ne répare pas les canalisations et ne recrute pas les ingénieurs qui auraient dû les entretenir.

Mais elle se trouve au cœur d’un problème majeur : le financement de l’économie. Lorsque l’État sollicite massivement le système bancaire pour couvrir ses besoins, les banques ont moins de marge pour financer les entreprises, l’investissement et l’innovation. Le risque est simple : l’État emprunte pour survivre aujourd’hui, tandis que l’économie privée manque de crédit pour produire demain.

C’est le paradoxe du financement tunisien : on peut finir par financer tellement le présent que l’on ne finance plus suffisamment l’avenir. La dette publique n’est donc pas seulement une question comptable. C’est aussi une question de tuyauterie financière.

Le survivalisme n’est plus une passion de marginaux américains. Il devient une compétence civique. On apprend à vivre avec les coupures, à anticiper les pénuries, à acheter avant les autres et à ne surtout pas attendre que le problème soit officiellement reconnu pour commencer à le résoudre.

Pendant que les robinets se taisent, les calculs politiques, eux, fonctionnent à plein régime. Le pouvoir compte ses soutiens. L’opposition compte les mécontents. L’UGTT compte ses forces. Les diplomaties étrangères comptent leurs intérêts. Et le citoyen compte ses bouteilles. C’est le véritable jeu à somme nulle.

Chacun semble persuadé que ce que perd l’autre devient automatiquement son gain. Mais cette logique oublie un petit détail : le gâteau tunisien n’est pas éternellement extensible. Pire : il rétrécit. Et pendant que les acteurs politiques se disputent les parts, la croissance potentielle s’évapore, les infrastructures se dégradent, les entreprises investissent moins, les jeunes partent et l’économie informelle prospère. Le pays ne joue donc pas seulement à somme nulle.

Il joue parfois à gâteau négatif. On se partage de mieux en mieux un gâteau de moins en moins grand. C’est la recette parfaite pour que tout le monde perde avec le sourire institutionnel.

Paris-Rome-Alger…aux aguets

À Paris, Rome et Alger, on observe nécessairement la situation tunisienne avec attention, mais ces trois capitales n’ont ni les mêmes intérêts ni les mêmes priorités. Rome pense à la Méditerranée, à la migration et à la stabilité. Alger pense à sa frontière, à la sécurité régionale et à la stabilité de son voisin.

Paris combine considérations économiques, énergétiques, diplomatiques et migratoires. Il serait toutefois hasardeux de transformer ces intérêts en scénario de « fin de règne » décidé dans les chancelleries étrangères. La Tunisie reste un État souverain et son avenir politique appartient d’abord aux Tunisiens et à ses institutions. Mais la géopolitique a une règle simple : lorsqu’un voisin s’affaiblit, les voisins commencent à calculer.

C’est la géopolitique : on ne choisit pas toujours ses voisins, mais on surveille toujours leur toiture lorsqu’elle commence à tomber. Et lorsque l’immeuble fuit de partout, chacun veut éviter que l’eau n’arrive dans son propre appartement.

L’UGTT chauffe les estrades

L’UGTT reste un acteur central, mais la centrale syndicale n’est plus tout à fait celle d’hier. Elle connaît ses divisions, ses tensions et ses propres contraintes. Elle peut mobiliser, mais elle ne maîtrise pas nécessairement ce que la colère sociale pourrait devenir. Une grève générale est organisée. Une explosion sociale, beaucoup moins. C’est toute la différence.

L’opposition, elle, voit dans l’épuisement économique une opportunité politique. C’est compréhensible. Mais elle devrait se méfier d’une illusion dangereuse : la colère contre le pouvoir ne constitue pas automatiquement un programme de gouvernement. Le peuple peut vouloir changer de dirigeants. Il veut surtout changer de vie. Ce n’est pas tout à fait la même élection.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page