
Tunis, UNIVERSNEWS (SEF) – L’article 12 du Projet de loi de finances pour 2026 fait déjà couler beaucoup d’encre.
Ce texte autorise la Banque centrale de Tunisie (BCT) à accorder au Trésor public une facilité financière exceptionnelle de 11 milliards de dinars, sans intérêts, remboursable sur 15 ans, dont trois années de grâce.
Une mesure inédite depuis la loi de 2016, qui interdit à la BCT de financer directement le déficit budgétaire.
Le gouvernement la présente comme un acte de souveraineté économique, rendu nécessaire par la rareté des financements extérieurs et les tensions de trésorerie.
Mais pour les observateurs, elle soulève de sérieuses questions sur l’indépendance de la Banque centrale et les risques inflationnistes d’un tel dispositif.
Une bouffée d’oxygène budgétaire… à haut risque
Face à un déficit estimé à 11 milliards de dinars, le gouvernement cherche des solutions internes.
Les emprunts extérieurs se raréfient en l’absence d’accord avec le FMI, tandis que le marché intérieur est saturé par une dette publique déjà supérieure à 80 % du PIB.
Dans ce contexte, le recours à la BCT apparaît comme une planche de salut.
L’avance exceptionnelle prévue par l’article 12 doit permettre à l’État de financer ses priorités sociales et salariales, d’éviter les retards de paiement et de préserver la stabilité sociale.
Mais ce financement monétaire contourne le cadre légal existant et revient, dans les faits, à créer de la monnaie pour couvrir le déficit.
Une démarche que les économistes qualifient de “monétisation du déficit”, synonyme de pression inflationniste à moyen terme.
Entre souveraineté et dérive monétaire
Les autorités défendent ce mécanisme comme une mesure ponctuelle et encadrée, strictement limitée à l’exercice 2026.
Elles affirment qu’il ne s’agit pas d’un retour à la planche à billets, mais d’un “pont financier national” destiné à compenser temporairement l’absence de ressources extérieures.
Cependant, pour plusieurs experts, la mesure met en péril l’indépendance de la Banque centrale et risque d’éroder la confiance des bailleurs de fonds.
En clair : ce que la Tunisie gagne en autonomie, elle pourrait le perdre en crédibilité.
Article 12 en chiffres :
- Montant maximum : 11 milliards DT
- Durée : 15 ans
- Grâce : 3 ans
- Taux : 0 %
- Objet : financement du déficit 2026
Un précédent qui ouvre un débat de fond
L’article 12 crée un précédent majeur dans la politique financière tunisienne.
Depuis 2016, la BCT n’était plus autorisée à financer directement l’État afin d’éviter les dérives budgétaires et inflationnistes.
Ce retour, même temporaire, à un financement monétaire marque un changement de paradigme : l’État s’appuie désormais sur sa propre banque pour assurer sa survie budgétaire.
Reste à savoir si cette mesure sera réellement transitoire ou si elle inaugurera une nouvelle ère de financement public par la Banque centrale.
Une voie risquée, où l’urgence sociale pourrait à nouveau l’emporter sur la rigueur monétaire.
L’article 12 du PLF 2026 incarne le dilemme tunisien : comment financer la relance sans compromettre la stabilité ?
En choisissant la BCT comme partenaire budgétaire, le gouvernement fait un pari audacieux, à la fois politique et économique.
Mais ce pari devra être strictement encadré, faute de quoi la solution d’urgence pourrait devenir le problème de demain.



