
- La question centrale qui se pose : Faut-il continuer à croître coûte que coûte, ou stabiliser la rentabilité avant d’investir davantage
- Un choix très difficile loin de toute euphorie… entre la poursuite d’une expansion coûteuse ou un recentrage sur la profitabilité et la discipline financière
- Chute de 21% des exportations, passant de 39,9 à 31,6 MDT… un signal préoccupant pour une entreprise historiquement tournée vers les marchés extérieurs
- Les filiales africaines (Algérie, Maroc, Côte d’Ivoire, Sénégal, Mauritanie, Libye) soutiennent la croissance consolidée du groupe
- Lilas reste un symbole du génie industriel tunisien, mais son modèle est à la croisée des chemins
Tunis, UniversNews (SEF) – La Société d’Articles Hygiéniques (SAH), plus connue sous sa marque emblématique « Lilas », vient de publier ses résultats semestriels 2025 sur le site du CMF.
Derrière une croissance apparente du chiffre d’affaires (+3,9 %), les signaux d’alerte se multiplient : marges en recul, trésorerie sous pression et endettement record.
Si le groupe continue d’étendre sa présence en Afrique et de diversifier ses activités, sa rentabilité s’érode et sa croissance repose désormais largement sur le crédit.
Symbole du savoir-faire industriel tunisien, Lilas se trouve aujourd’hui à un tournant stratégique: choisir entre la poursuite d’une expansion coûteuse ou un recentrage sur la profitabilité et la discipline financière.

Des revenus en hausse… mais des marges sous pression
La société mère SAH SA affiche un chiffre d’affaires presque stable (220,5 MDT contre 222,9 MDT un an plus tôt).
Mais les exportations chutent de 21 %, passant de 39,9 à 31,6 MDT, un signal préoccupant pour une entreprise historiquement tournée vers les marchés extérieurs.
Pendant ce temps, les filiales africaines (Algérie, Maroc, Côte d’Ivoire, Sénégal, Mauritanie, Libye) soutiennent la croissance consolidée du groupe.
Cependant, cette expansion coûte cher :

Malgré la baisse du coût des intrants, les coûts internes explosent, ce qui érode la rentabilité.
Un modèle d’expansion qui pèse sur la trésorerie
Le groupe poursuit une intégration verticale ambitieuse via Azur Papier, Azur Détergent et Azur Cosmétique.
L’objectif : contrôler la chaîne de valeur, limiter les importations et diversifier les revenus.
Mais cette stratégie d’investissement lourd se traduit par une trésorerie en recul à 21,6 MDT, et un endettement global de 473 MDT, soit plus du double de ses fonds propres courants.
Évolution de la trésorerie et de la dette (en MDT)
- 2023 : Trésorerie 48 MDT / Dette 430 MDT
- 2024 : Trésorerie 35,4 MDT / Dette 451 MDT
- 2025 : Trésorerie 21,6 MDT / Dette 473 MDT
La dette croît plus vite que les flux de trésorerie, signe d’un modèle de croissance sous tension.
Un avertissement pour les investisseurs
Les capitaux propres reculent légèrement à 348,4 MDT, principalement à cause d’une distribution de dividendes de 33,6 MDT.
Une décision jugée audacieuse, alors même que la liquidité du groupe s’érode.
Autre élément à surveiller : la publication tardive des comptes consolidés, intervenue près de deux mois après les états individuels — une pratique inhabituelle pour un émetteur coté.
Dans un contexte de marché où la transparence financière est devenue un critère de confiance, ce retard a pu alimenter certaines inquiétudes.
Lilas face à son tournant stratégique
Après une année 2024 exceptionnelle (bénéfice net +72 % à 61,6 MDT), SAH Lilas semble atteindre un palier structurel.
Les priorités à court terme :
- Maîtriser les charges salariales et logistiques
- Optimiser la productivité industrielle
- Consolider les flux de trésorerie
- Miser sur les segments à forte valeur ajoutée (cosmétiques, premium, hygiène intime)
Une success story tunisienne à préserver
Malgré ces signaux d’alerte, SAH Lilas reste un pilier industriel national, exportant dans plus de six pays et employant plus de 3 000 salariés.
Son image de marque, sa qualité de production et son savoir-faire logistique demeurent des atouts majeurs.
Mais dans une économie tunisienne sous tension, où chaque dinar de marge est stratégique, le groupe doit retrouver une discipline financière rigoureuse.
Car une croissance alimentée par la dette n’est durable que si elle crée de la valeur.

Grandir autrement
Lilas reste un symbole du génie industriel tunisien, mais son modèle est à la croisée des chemins.
À l’heure où la consommation locale ralentit et où les marchés extérieurs deviennent plus sélectifs, la clé n’est plus de vendre plus, mais de produire mieux et gérer plus finement.
La croissance à crédit peut être un moteur puissant, mais aussi une bombe à retardement. Pour SAH Lilas, 2025 doit être l’année du réalisme financier.



