
- TF Bank… un nouveau capitaine pour sauver ce qui peut encore l’être
- La seule banque tuniso-française installée à Paris n’a, aujourd’hui, plus aucun droit à l’erreur.
- Un profil rompu aux situations complexes et une nomination sous tension extrême
Tunis, UniversNews (SEF) – Nouveau développement à la tête de la Tunisian Foreign Bank (TF Bank) qui navigue à vue, depuis un certain temps et qui est devenue un gouffre pour l’argent du contribuable tunisien. Les pouvoirs publics cherchent, encore une fois, à sauver ce qui peut l’être encore, et viennent de nommer Haykel Khadhraoui à sa tête.
Né en 1971 à Bizerte, diplômé de l’IFID et de l’ESC Tunis, Haykel Khadhraoui apporte à la TF Bank 29 ans d’expérience bancaire, dont plus de deux décennies dans des fonctions stratégiques à la Banque Centrale de Tunisie, à la BH Bank et à la BFPME.
Spécialiste reconnu de la gestion des risques, du financement des entreprises et des projets de restructuration, il a dirigé ou piloté des dispositifs clés : renforcement du contrôle permanent, continuité d’activité, normes IFRS 9, restructuration bancaire, gouvernance, systèmes d’information (T24), politiques d’appétence aux risques.
Son parcours comprend également des responsabilités d’administrateur au sein de plusieurs institutions financières et publiques, ainsi qu’une expérience de direction générale par intérim à la BH Bank.
Un profil de technicien et de réformateur, appelé à intervenir là où les équilibres sont fragiles.
Une nomination dans l’urgence absolue
Selon nos informations, la nomination de Haykel Khadhraoui s’inscrit dans l’urgence absolue : la TF Bank survit sous perfusion financière de ses actionnaires tunisiens et demeure sous la menace directe du régulateur français.
L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) a en effet infligé, le 9 octobre 2024, un blâme et une amende de 1,7 million d’euros pour des manquements graves :
- Contrôle interne défaillant,
- Gestion des risques fragilisée,
- Dossiers de crédit mal suivis,
- Absence d’un cadre d’appétence au risque,
- Politique de rémunération jugée inappropriée.
Un rappel à l’ordre d’autant plus sévère que des manquements similaires avait déjà été constatés en 2011, puis sanctionnés en 2013.
L’ACPR a été claire : sans corrections rapides, l’agrément bancaire en France pourrait être retiré.
Une banque au bord du gouffre
Depuis plusieurs années, la TF Bank enchaîne les pertes structurelles, systématiquement comblées par les actionnaires : la STB, la BH Bank et l’État tunisien.
Le rapport annuel 2023 confirme une nouvelle injection de capital de 11,6 millions d’euros, destinée à éviter la rupture réglementaire.
Aucun dividende n’a été versé depuis trois ans : priorité totale au redressement.
La décision récente du CAREP d’engager une énième augmentation de capital, cette fois de 11 millions d’euros, illustre l’urgence de consolider des fonds propres en perpétuelle érosion.
La question reste entière : jusqu’à quand les pompiers publics pourront-ils absorber les pertes ?
STB, BH Bank : les sauveteurs malgré eux
Les actionnaires tunisiens sont désormais au pied du mur :
- STB et BH Bank devront couvrir l’essentiel de l’augmentation de capital.
- L’État tunisien, sous pression budgétaire, limite ses engagements.
- La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) ne participera pas à la recapitalisation.
Mais les millions ne suffiront pas. L’ACPR exige un plan de redressement complet :
- Refonte de la gouvernance,
- Renforcement du contrôle interne,
- Politique de risques robuste,
- Procédures de solvabilité fiables.
Khadhraoui face au dilemme : redresser ou se retirer
La nomination de Haykel Khadhraoui intervient dans un moment charnière. Trois scénarios se dessinent :
| Scénario | Conséquences | Risques |
| Redressement réussi | Mise en conformité, stabilité retrouvée, confiance de l’ACPR restaurée | Coût élevé, résistance interne |
| Solution partielle | Maintien sous surveillance, équilibres précaires | Fonds propres insuffisants |
| Retrait d’agrément | Fin des opérations en France, rupture pour la diaspora | Impact systémique et diplomatique |
Une dernière chance
La nomination de Haykel Khadhraoui sonne comme un pari stratégique : remettre sur pied une banque devenue fragile, sous surveillance renforcée, et menacée de perdre sa licence en France.
La TF Bank a été, durant des décennies, un pont financier essentiel entre la Tunisie et sa diaspora.
Aujourd’hui, elle se retrouve face à son moment de vérité.
Entre redressement ou disparition, tout se joue maintenant.



