
L’escalade militaire autour de l’Iran fait planer une nouvelle onde de choc sur l’économie mondiale. Après une année marquée par les tensions commerciales et les incertitudes géopolitiques, les marchés faisaient preuve d’une résilience inattendue. Mais un conflit régional élargi pourrait rebattre les cartes, notamment via le canal le plus sensible : le pétrole.
Au cœur des inquiétudes figure le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial. Une fermeture prolongée provoquerait un choc majeur sur l’offre énergétique. Dans ce scénario extrême, le baril de Brent pourrait dépasser les 100 dollars, contre environ 73 dollars récemment, avec déjà une hausse de près de 12 % en un mois. Les marchés du gaz naturel seraient également affectés, accentuant les pressions inflationnistes, en particulier en Europe.
Un scénario jugé plus probable serait une perturbation limitée, touchant surtout les exportations iraniennes sans blocage total du détroit. Dans ce cas, le baril pourrait grimper autour de 80 dollars. L’augmentation annoncée de la production par l’OPEP+ — environ 206 000 barils supplémentaires par jour — vise justement à contenir les tensions sur les prix, même si ce volume reste modeste.
L’impact macroéconomique dépendra de l’ampleur et de la durée de la hausse. Selon plusieurs économistes, chaque augmentation durable de 10 dollars du baril pourrait retrancher entre 0,1 et 0,2 point de croissance mondiale sur douze mois. Si les prix atteignaient 120 dollars et s’y maintenaient, le choc serait significatif pour les États-Unis comme pour l’économie globale.
Outre la croissance, l’inflation est en première ligne. Un pétrole à 100 dollars pourrait porter l’inflation américaine au-delà de 4 %, contre environ 2,4 % récemment. Une telle poussée compliquerait la tâche de la Réserve fédérale, en retardant d’éventuelles baisses de taux. À l’échelle mondiale, une hausse du Brent à 100 dollars ajouterait jusqu’à 0,7 point d’inflation supplémentaire.
L’Asie serait particulièrement exposée. En 2024, plus de 80 % du brut et du gaz naturel liquéfié transitant par Ormuz étaient destinés aux marchés asiatiques, faisant de la Chine, de l’Inde, du Japon et de la Corée du Sud des économies vulnérables à toute perturbation majeure.
Enfin, un conflit prolongé pourrait fragiliser davantage des marchés financiers déjà nerveux, peser sur l’investissement et soutenir le dollar. Malgré la résilience récente de l’économie mondiale, la guerre en Iran pourrait ainsi devenir le test décisif de sa solidité face à un nouveau choc énergétique.
KS



