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Le professeur d’économie tunisien Aram Belhadj : le plan de développement 2026-2030 doit faire l’objet de révisions fondamentales

Malgré les efforts manifestes déployés, tant sur le fond que sur la forme, dans le Plan de développement 2026-2030, celui-ci doit faire l’objet de révisions fondamentales, Dans un post publié sur son compte officiel du réseau social Facebook, le professeur d’économie tunisien, le docteur en sciences économiques, enseignant-chercheur à l\’Université de Carthage et expert consultant, Aram Belhadj, souligne dans un statut  que malgré la transparence du diagnostic, la présentation des chiffres, l’analyse systématique des données et l’existence d’un mécanisme de suivi et d’évaluation établi, ce plan, présente de graves lacunes, principalement liées à :

-L’exagération d’une trajectoire de croissance non étayée. Cette trajectoire est présentée de manière narrative, sans ventilation des contributions des facteurs clés (capital, travail et productivité totale des facteurs).

-L’absence d’analyse de sensibilité. Le diagnostic reconnaît explicitement un environnement mondial  caractérisé par l’incertitude et l’escalade des risques géopolitiques, financiers et climatiques , tandis que le cadre macroéconomique ne présente qu’une seule trajectoire prédéterminée, sans marge minimale ni maximale permettant de tenir compte de l’impact des chocs (guerres, prix de l’énergie, sécheresse, taux d’intérêt américains, demande européenne, etc.).

-L’absence d’un calendrier de financement pluriannuel unifié permettant de vérifier la cohérence interne entre les ambitions d’investissement et le cadre financier annoncé.

-L’absence d’une hypothèse de taux de change est un point très sensible pour un pays où la valeur des revenus en dollars est largement déterminée par le taux de change du dinar par rapport à l’euro/dollar.

-L’absence de ventilation de la dette en dette intérieure/extérieure et dette publique/garantie par l’État. Le plafond de 80 % du PIB est annoncé de manière globale, sans précision. Cette ventilation est essentielle pour évaluer les risques de change et de refinancement.

-‘absence de lien direct avec les cadres internationaux tels que les Objectifs de développement durable ou l’Agenda 2063 de l’Union africaine nuit à la crédibilité du document.

-Les risques de fragmentation budgétaire. Aucune analyse explicite de la capacité d’absorption des projets n’est fournie, ni aucun calendrier clair des priorités sur cinq ans, alors que le nombre de projets est très élevé. Cela représente un risque classique de fragmentation pour les plans adoptant une approche ascendante.

-Un décalage important existe entre le discours et les chiffres concernant la souveraineté. Les objectifs relatifs au déficit courant, voire à la dette, contredisent l’ambition affichée d’ autonomie  et de renforcement de la souveraineté économique. Même les objectifs censés renforcer la souveraineté ne sont pas explicitement liés à une trajectoire quantitative claire. La présence de connotations politiques dans le préambule, avec des expressions telles que « un moment de correction historique », « libération nationale » et « manœuvres politiques », brouille la frontière entre discours politique et efficacité technique et compromet la neutralité perçue du document. Ce type de contenu, inhabituel dans un document-cadre macroéconomique à vocation institutionnelle (destiné aux bailleurs de fonds, aux agences de notation et aux partenaires multilatéraux), est problématique.

Par conséquent, plusieurs suggestions pratiques peuvent être formulées pour amender le projet de plan et le transformer en un document de référence plus applicable. Il s’agit ,selon, Aram Belhadj, notamment d’inclure une ventilation de la croissance basée sur la contribution des facteurs de production et éviter les chiffres gonflés sans fondement scientifique concret, de publier un calendrier de financement unifié reliant simultanément les projets prévus à la trajectoire du déficit et au plafond de la dette, d’ajouter de scénarios alternatifs afin d’évaluer la capacité du planificateur à réagir aux chocs externes identifiés dans le diagnostic, de clarifier de l’hypothèse de taux de change sous-jacente à l’objectif de revenu par habitant, de ventiler la dette (intérieure/extérieure, publique/garantie) dans la section Finances publiques sans oublier une révision  du préambule afin de rétablir la neutralité technique attendue dans le document-cadre destiné aux institutions internationales, aux partenaires et aux marchés.

                                    Mohamed Salim

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