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Le grand naufrage éducatif: Quand la France tire la sonnette d’alarme sur son déclin, la Tunisie choisit toujours l’amnésie institutionnelle 

Tunis – Univers News. Le  verdict de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est sans appel. La publication du dernier rapport PISA le 8 septembre 2026, livre une radiographie sans complaisance des systèmes éducatifs mondiaux. Pour quiconque qui refuse de céder au cynisme ou à l’indifférence, la lecture de ce document s’impose comme un exercice de lucidité, douloureux.

Les résultats de cette enquête internationale confirment un recul du niveau des élèves dans de nombreux pays notamment en lecture, mathématiques, sciences…Ce rapport constate l‘effondrement général des scores : En dix ans (entre 2015 et 2025), la moyenne des pays de l’OCDE a chuté massivement de 22 points en mathématiques et de 28 points en compréhension de l’écrit (sachant que 20 points équivalent à une année complète de scolarité perdue).

Mais au-delà des alignements de chiffres, ce classement met en lumière deux trajectoires politiques radicalement opposées face à la crise universelle de la transmission du savoir : d’un côté, une France saisie d’un sursaut d’angoisse immédiat et collectif devant son propre déclassement ; de l’autre, une Tunisie enfermée depuis plus de dix ans dans un mutisme d’État, ayant fait le choix de briser le thermomètre plutôt que de soigner le malade.

L’onde de choc française : la fin de l’illusion républicaine

En France, la publication du rapport a agi comme un véritable électrochoc politique. Les données affirment sans équivoque que le pays enregistre ses résultats historiques les plus bas depuis la création du programme en 2000. Avec un score de 458 points en mathématiques et 456 en compréhension de l’écrit, l’effondrement n’est plus une perspective et encore moins lointaine. Certes, le gouvernement tente de se disculper en soulignant que la France se maintient dans la moyenne des pays de l’OCDE (aux alentours du 26e ou 27e rang mondial). Une posture de façade qui s’est immédiatement heurtée à l’indignation de l’opinion publique, laquelle estime, à juste titre, que la France ne reste dans la moyenne que parce que celle-ci s’est elle-même effondrée. C’est un nivellement par le bas.

Face à l’élève moyen de l’OCDE, l’écart de la France est de -5 points en mathématiques et en lecture — soit environ trois mois de retard scolaire —, tandis que le niveau reste équivalent en sciences (483 points contre 482 pour l’OCDE). Cependant, l’écart qui sépare les élèves français du Top 10 mondial, mené par la Chine, Singapour et le Japon, s’est désormais transformé en un gouffre profond. En sciences, les élèves français affichent deux ans et demi de retard. En lecture, le décalage s’établit à deux ans et trois trimestres. En mathématiques, le fossé culmine par un retard massif de quatre ans et demi de scolarité, soit un déficit de 90,5 points face au Top 10. Un adolescent français de 15 ans dispose ainsi, en moyenne, des compétences logiques d’un enfant asiatique de 10 ans et demi.

La réaction de l’opinion publique et de la classe politique française a été instantanée et d’une rare violence. Médias, syndicats d’enseignants et éditorialistes partagent le même constat d’urgence nationale. Les débats s’enflamment sur les plateaux et à l’Assemblée nationale : on fustige le poids écrasant des inégalités sociales, on remet en cause l’efficacité des réformes successives et l’on exige un « plan de sauvetage massif » de l’institution scolaire.

L’opinion exige des comptes et l’appareil d’État, acculé, se voit contraint de promettre des réformes structurelles immédiates. Le débat est polarisé, mais la prise de conscience a eu lieu. Certains responsables politiques, à l’instar de Bruno Le Maire, vont jusqu’à proposer des mesures disruptives, comme l’accueil des nourrissons en structure préscolaire dès leur première année.

Le cas tunisien : la politique de l’autruche érigée en doctrine

À l’autre extrémité de cette prise de conscience, nos décideurs tunisiens ont opté pour le silence. Une posture tellement irresponsable qu’elle en devient assourdissante. Le pays a choisi de disparaître des radars de l’OCDE depuis l’édition 2015, il y a de cela plus de dix ans. Cette absence prolongée ne relève d’aucune contrainte technique, mais d’un choix politique délibéré et dramatique : sortir du programme pour ne plus avoir à affronter le miroir de ses propres insuffisances et de sa trajectoire catastrophique.

Il suffit de rappeler les dernières performances de la Tunisie en 2015 pour comprendre les raisons de cette désertion. Classé 65e mondial sur 70 pays à l’époque, le pays ne pouvait plus soutenir la confrontation avec la réalité internationale. En 2015, les élèves tunisiens affichaient un score catastrophique de 367 points en mathématiques, 361 en lecture et 386 en sciences. Rapporté aux moyennes de l’OCDE, ce retard équivalait déjà à cinq années complètes de scolarité perdues, toutes disciplines confondues.

Mais face à l’élite mondiale du Top 10, le déficit bascule dans le surréalisme pédagogique : les élèves tunisiens accusaient un retard équivalent à sept ans et demi de scolarité en sciences et en lecture, et jusqu’à neuf années entières de retard en mathématiques (-181,5 points). Le constat est d’une violence inouïe et d’une gravité inqualifiable : au terme du cycle obligatoire, un élève tunisien moyen de 15 ans présentait un niveau de compétences logiques comparable à celui d’un enfant de 6 ans (niveau CP/CE1) scolarisé au sein des nations leaders. C’est l’avenir économique, technologique et intellectuel de toute une génération qui s’est évaporé dans les failles d’un système à la dérive. Et le plus alarmant reste à concevoir : ces données datent de 2015, alors que le niveau mondial global a, depuis, nettement régressé. Quelle est la réalité de notre effondrement aujourd’hui ?

Face à cette situation dramatique, la réponse des autorités tunisiennes s’est limitée à un déni d’une rare intensité imposée à toute une société. Au lieu de s’appuyer sur ces données pour initier de profondes réformes structurelles, moderniser les programmes et revaloriser le statut des enseignants, les décideurs politiques ont choisi la voie de la lâcheté institutionnelle. En retirant la Tunisie du programme PISA, l’État a décrété l’extinction des feux de la critique. On refuse l’évaluation pour ne pas avoir à assumer la faillite.

Deux mondes, deux dénis, mais un seul impératif

Ce contraste saisissant dessine une fracture majeure dans la gouvernance de l’éducation. La France, à l’instar de la majorité des pays occidentaux, malgré ses divisions, conserve un espace public démocratique où le déclin de l’école est vécu comme un drame national et s’impose au cœur de l’actualité et des campagnes électorales. Le scandale PISA y est utile car il force la confrontation avec le réel.

En Tunisie, le choix du repli et de l’isolement scelle le renoncement à toute ambition d’excellence. L’école publique tunisienne, autrefois fierté de l’ère post-indépendance et pilier de l’ascenseur social bourguibien, est aujourd’hui sacrifiée sur l’autel du confort bureaucratique, de l’expédient quotidien et de l’incompétence politique. En refusant de se mesurer aux standards mondiaux, les autorités condamnent la jeunesse tunisienne à l’exclusion de l’économie de la connaissance du XXIe siècle.

Et de grâce, que l’on nous épargne l’argument fallacieux du « tout le monde rencontre des difficultés » ou de « la France n’est pas le bon exemple à suivre ». Il n’y a absolument rien de comparable entre un pays qui se maintient au sommet des nations développées et un autre qui s’enfonce au fond du classement. Quoi qu’on en dise, la France demeure la septième puissance économique mondiale.

Il est temps de comprendre que la souveraineté d’une nation  se  mesure par l’aptitude de ses responsables à affronter les faiblesses du système pour y apporter des réponses urgentes et vigoureuses. Tant que la Tunisie choisira de cacher son thermomètre éducatif sous le tapis du mutisme officiel, notre pays ratera inévitablement le train de l’avenir. L’éducation n’est pas une variable d’ajustement comptable, c’est le fondement même de la liberté des peuples. Le naufrage actuel n’est pas une fatalité, il est le résultat de choix politiques. Il est encore temps d’inverser la courbe, à condition d’avoir le courage de la regarder en face.

 Ridha Zahrouni, Président de l’Association tunisienne des parents des élèves

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