UNIVERS NEWS · INTERNATIONAL : À la tribune de la 81e Assemblée générale, le chef du gouvernementespagnol a appelé à abolir le veto
des cinq membres permanents, à renforcer la CPI et à confier enfin l’ONU à une femme latino-américaine. C’est un réquisitoire rare venant d’un dirigeant occidental. Reste à savoir s’il sera suivi d’effets.
Mercredi 23 septembre, à New York, Pedro Sánchez n’a pas fait dans la litote. Dès ses premiers mots, il a annoncé qu’il montait à la tribune pour défendre ce que beaucoup tentent de détruire. Sans jamais nommer Donald Trump, son discours a été émaillé de critiques visant l’action du président américain et d’autres gouvernements qualifiés de « réactionnaires ».
Le veto, ce verrou de 1945
La proposition la plus forte concerne le Conseil de sécurité. Sánchez veut le réformer pour que chaque région du monde y soit justement représentée, et supprimer le droit de veto des membres permanents. Son argument tient en une phrase tirée de l’esprit de la Charte : aucun État ne peut être à la fois juge et partie, aussi puissant soit-il.
Le propos résonne particulièrement de ce côté de la Méditerranée. Depuis deux ans, les résolutions sur Gaza se sont heurtées à des vetos successifs. L’Afrique, elle, réclame depuis le consensus d’Ezulwini deux sièges permanents, sans jamais les obtenir.
Il faut toutefois rappeler une réalité juridique. Amender la Charte exige la ratification des cinq membres permanents. Autrement dit, ceux qui détiennent le veto disposent aussi d’un veto sur sa suppression. La proposition espagnole relève donc davantage du combat politique que d’une réforme à portée de main.
Gaza : le mot est prononcé
Sur le Proche-Orient, Sánchez a assumé une ligne que peu de capitales européennes osent tenir. Il a rappelé que l’Espagne a imposé un embargo sur les armes au gouvernement Netanyahu et condamné sans nuance le génocide que celui-ci continue de perpétrer à Gaza. Madrid avait déjà reconnu l’État de Palestine en 2024.
Dans le même souffle, il a plaidé pour renforcer la Cour pénale internationale afin qu’elle puisse enquêter, poursuivre et sanctionner ceux qui violent les règles. Pour lui, l’humanité a mis des siècles à remplacer la loi du plus fort par la force du droit, et notre génération ne peut pas faire le chemin inverse.
Une femme latino-américaine au secrétariat général
Autre moment marquant : alors que le mandat d’António Guterres s’achève fin 2026, Sánchez a rappelé que neuf hommes se sont succédé à la tête de l’Organisation en quatre-vingts ans. Il estime que le tour d’une femme d’Amérique latine est venu, ce continent n’ayant plus occupé le poste depuis trois décennies. Il présente ce choix comme une dette historique à solder.
Au-delà des slogans, un programme
Le discours ne s’est pas limité aux grandes causes. Sánchez a aussi appelé à reconstruire l’architecture du désarmement nucléaire et à imposer une régulation stricte aux « techno-oligarques » des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle. Il a mis en avant le bilan espagnol : refus de porter les dépenses militaires à 5 % du PIB, et doublement de l’aide au développement alors que près d’un tiers de l’aide mondiale a été sabrée en deux ans.
Courage politique ou posture ?
Il serait naïf d’ignorer le contexte intérieur. Plusieurs médias espagnols notent que ce pourrait être son dernier discours à New York si les sondages se confirment. Se poser en « némésis » de Trump sert aussi sa stature à Madrid. Ses adversaires lui reprochent d’ailleurs de soigner son image de champion du progressisme mondial.
Mais la question essentielle est ailleurs. Quand un dirigeant européen reprend à son compte des revendications portées depuis des décennies par l’Afrique, le monde arabe et l’Amérique latine, le débat change de nature. Il ne s’agit plus de la colère du Sud contre le Nord, mais d’une fissure au cœur même du camp occidental.
L’ONU ne se réformera pas en un discours. Mais celui de Sánchez aura au moins eu un mérite : rappeler que le multilatéralisme n’est pas condamné à rester l’otage des plus forts, à condition que d’autres voix, y compris la nôtre, aient le courage de le dire aussi.
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