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Trappes: quand la France enfante ses propres terroristes…!!??


Par
 Mustapha MACHAT

UniversNews (EDITO) – Ce n’était pas un coup de folie. Hier vendredi 23 octobre, un homme a sillonné Trappes et La Verrière au volant de sa voiture, une arme de guerre à la main. Il a tiré sur un arrêt de bus, un square, une station-service, les abords d’une pharmacie. Bilan : un mort et quatre blessés, dont une fillette de douze ans. Les victimes identifiées sont d’origine africaine et maghrébine.  Manuel  Macron a parlé d’un «attentat terroriste raciste», et le parquet antiterroriste s’est saisi de l’affaire.

La gravité de cet acte tient à sa préméditation. On ne se procure pas sur un coup de tête un pistolet-mitrailleur interdit aux particuliers. On ne piège pas son propre appartement avec des bonbonnes de gaz par simple impulsion. Tout indique un projet mûri, une volonté froide de tuer en nombre. Le suspect reste présumé innocent, et l’enquête devra établir ses motivations. Mais les faits, eux, sont déjà d’une clarté glaçante. C’est un periple meurtrier d’un terroriste fashiste.

Et puis il y a eu le nom. Le suspect s’appelle Kévin… ni Mohamed, ni Karim, ni Youssef. On imagine le désarroi dans certains états-majors et sur certains plateaux. Pour Marine, Jordan, Éric et les autres, le scénario était écrit d’avance : l’immigration, l’Islam, les banlieues, l’«ensauvagement». Il ne restait plus qu’à dérouler le programme. Pas de chance, cette fois le récit ne colle pas. Le terroriste est français, né en France même… et il a visé précisément ceux que l’on désigne, soir après soir, comme le problème. Quelle déception pour ceux qui avaient déjà préparé leurs éléments de langage…..!!!???

Ce drame ne tombe pas du ciel. Il survient à six mois d’une élection présidentielle où l’extrême droite fait la course en tête, et où Marine Le Pen est candidate déclarée. Depuis des années, le débat public français s’est habitué à des mots que l’on réservait autrefois aux marges. La « préférence nationale » est devenue un programme. Le « grand remplacement », théorie conspirationniste qui fait des Français d’origine immigrée des envahisseurs, a quitté les forums obscurs pour les plateaux de télévision  ( BFM et Cnews en tête) et les meetings. Chaque fait-divers impliquant un Mohamed se transforme en procès collectif. Lorsque la victime est arabe ou noire… on parle au contraire d’un acte isolé, d’un déséquilibré, d’un drame sans signification politique!!!

Vendredi, le contraste était saisissant. Pendant que l’Élysée nommait le racisme, Marine Le Pen dénonçait un «acte barbare» en prenant soin de préciser que les motivations «devront être établies». Bruno Retailleau évoquait une «violence terrifiante», sans un mot sur la couleur de peau des victimes. On a connu ces mêmes voix bien plus promptes à «nommer les choses» lorsque le suspect portait un autre prénom.

Personne ne prétend que le Rassemblement national a armé le bras du tireur. Mais la responsabilité politique ne se confond pas avec la responsabilité pénale. À force de répéter à des millions de personnes que leurs voisins sont une menace, on finit par trouver quelqu’un pour les traiter comme tels. La violence des mots précède toujours la violence des actes. Qu’on le veuille ou non, des années de discours de stigmatisation et de surenchère identitaire ont fini par enfanter leurs propres terroristes, des terroristes français, nés et radicalisés en France. Les services de renseignement le savent : plus d’une dizaine de projets d’attentats d’ultranationalistes ont été déjoués depuis 2017. La menace était connue. Elle a été trop longtemps minimisée par ceux qui avaient intérêt à ne pas la voir.

Pour la Tunisie, Trappes n’est pas un fait divers lointain. Des centaines de milliers de nos compatriotes vivent en France, y travaillent et y élèvent leurs enfants. Ils regardent cette campagne avec une inquiétude légitime. Lorsque l’origine devient un motif pour être pris pour cible, c’est la promesse républicaine elle-même qui vacille.

Après Charlie Hebdo, le Bataclan ou Nice, la France avait su se rassembler et nommer l’ennemi. Elle doit aujourd’hui avoir le même courage. Un terroriste qui tire sur des passants à cause de leur origine est un terroriste, quel que soit son prénom. Dans six mois, les Français choisiront aussi le climat dans lequel ils veulent vivre. Le silence n’est plus une option.

Mustapha MACHAT

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