Hajj 2027 : 272 millions de dinars, et des devises qui s’envolent…

La facture salée d’un rite réservé à « ceux qui en ont les moyens »… !?
UniversNews (NAT) – Accomplir le Hajj, l’un des cinq piliers de l’islam, est un droit légitime pour tout croyant. Le texte coranique en pose toutefois la condition : le pèlerinage est dû par « celui qui en a les moyens » (man istaṭāʿa ilayhi sabīlā, sourate Al Imran, verset 97). Or, dans la Tunisie d’aujourd’hui, on peut se demander combien des dix mille candidats retenus disposent réellement de cette somme sans se priver, ni priver leurs proches, de quoi vivre dignement. Le prix des produits de base s’envole pendant ce temps, et l’écart se creuse entre ce que l’agriculteur reçoit et ce que le consommateur paie.
Une condition souvent oubliée
Les savants l’ont précisé au fil des siècles : la capacité exigée suppose de ne pas s’endetter pour partir et de ne pas laisser sa famille dans le besoin. Le pèlerinage ne doit pas non plus se faire au détriment d’obligations plus pressantes. Ces conditions, issues de la jurisprudence islamique, semblent peser bien peu face à l’engouement. Pour la saison 2026, quelque 240 000 Tunisiens s’étaient inscrits sur la plateforme du Hajj, pour un peu plus de 10 000 places.
Les règles du jeu
Le ministère des Affaires religieuses a fixé le tarif officiel du Hajj pour la saison 1448 H / 2027 à 21 330 dinars, contre 20 930 dinars l’an dernier. Ce montant se décompose ainsi :
- 17 200 dinars pour l’hébergement et les services de la Société des services nationaux et des résidences (SNR) ;
- 4 130 dinars pour le billet d’avion.
Les candidats retenus seront avisés par SMS de leur inscription sur la liste finale. Ils devront payer le montant total dans le bureau de poste le plus proche, puis récupérer le reçu de paiement et une carte prépayée « e-Dinar Smart ». Ils présenteront ensuite ces documents au guichet unique désigné par leur gouvernorat, selon le calendrier publié sur la page Facebook du ministère.
Les pièces à fournir sont les suivantes :
- l’original d’un passeport valable au-delà du 30 novembre 2027 et comportant au moins deux pages vierges ;
- une copie du passeport ;
- deux photos d’identité sur fond blanc ;
- l’attestation d’enregistrement des données biométriques (empreintes digitales) via l’application saoudienne « Visa Bio ».
Pour tout renseignement, le ministère met à disposition un numéro vert : 80 101 863.
Un coût qui interroge
Certains candidats non retenus vont jusqu’à supplier pour figurer sur la liste. Les chiffres, eux, sont sans appel. Chaque pèlerin paie 21 330 dinars de tarif officiel et a droit en plus à une allocation touristique de 6 000 dinars, soit environ 27 330 dinars par personne. Avec un quota de 9 982 pèlerins résidents, la facture dépasse 272 millions de dinars. Plus de 230 millions sortent du pays en devises : environ 172 millions pour l’hébergement et les services sur place, et près de 60 millions au titre de l’allocation. Le pays manque cruellement de réserves de change et près d’un Tunisien sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, selon l’INS. La question mérite au moins d’être posée.
À bon entendeur, salut !
Fawzi Snoussi



