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Arrestations d’hommes d’affaires: un coût économique devenu insoutenable pour la Tunisie!!!

  • Préserver une richesse économique construite avec patience… sans renoncer à la justice!!!
  • La vraie question est : peut-on sanctionner les fautes sans détruire ce qui fait vivre le pays ?

Tunis, UniversNews (SEF) – La Tunisie traverse depuis plusieurs années une crise économique profonde, contraction de l’investissement, fuite des capitaux, fragilisation des PME, alors même que le pays a longtemps reposé sur l’initiative privée pour créer emplois et richesse. Point d’orgue de la situation actuelle, la multiplication des affaires judiciaires impliquant des hommes d’affaires qui a un coût économique et social dépassant la simple sanction pénale : elle fragilise la confiance, perturbe les filières d’exportation et menace le capital productif construit sur des décennies !

Les arrestations : un signal économique désastreux

Les arrestations de dirigeants d’entreprises, qu’elles résultent d’enquêtes légitimes contre la corruption ou non, envoient un signal fort aux investisseurs locaux et étrangers : risque politique et judiciaire élevé, imprévisibilité des règles du jeu, protection insuffisante des acteurs économiques. Ce signal se traduit rapidement par le gel de crédits bancaires, la paralysie des commandes, les départs de cadres, et la renégociation contrainte de contrats.

À terme, des secteurs entiers perdent compétitivité et parts de marché. Ces effets micro-économiques s’agrègent et pèsent sur la croissance et l’emploi.

Les arrestations d’hommes d’affaires, à tort ou à raison, constitue un signal d’alarme qui participe au blocage des activités économiques, d’autant plus que la justice a frappé haut et fort, surtout qu’on s’empresse de mettre les « suspects » en prison, avant même que les affaires ne soient tranchées et que l’implication de ces décideurs des infractions économiques et financières ne soient vraiment prouvée définitivement… Et à titre d’exemple, l’une des conséquences de ces agissements concerne les réticences des hommes d’affaires locaux et étrangers à investir en Tunisie.

L’exemple de trois dossiers très épineux

Les cas les plus emblématiques récents concernent des secteurs stratégiques et créateurs de richesses et d’emplois :

  • Le secteur de l’huile d’olive, pilier historique de l’agro-alimentaire tunisien et source majeure d’exportations. L’arrestation du patron d’un grand groupe exportateur, Abdelaziz Makhloufi, une figure rayonnante de la région de Sfax, et la mise en examen de cadres et partenaires ont déclenché une onde de choc : incertitude vis-à-vis des acheteurs internationaux, enquêtes sur les pratiques commerciales, et pression sur le financement bancaire exposé au groupe.

Le risque, déjà observé, est double : d’une part, une perte durable de réputation de la filière à l’export ; d’autre part, l’alourdissement du coût du crédit pour les opérateurs restants, qui voient leurs marges compressées alors que la concurrence internationale s’intensifie.

Sur les faits : la détention du dirigeant a été largement couverte par la presse nationale et internationale, suscitant des inquiétudes chez les acheteurs et les banques en raison d’expositions de crédit révélées par des audits.

Des libérations sous caution importantes et des enquêtes à grande échelle ont suivi, alimentant l’impression d’un secteur « pris en otage » par des procédures longues et coûteuses.

La filière, pourtant compétitive, a payé le prix d’une procédure qui ressemble plus à une chasse aux sorcières.

  • Le secteur de l’industrie pharmaceutique qui, déjà, est en train de battre de l’aile et dont l’un des piliers et entrepreneur avant-gardiste, Ridha Charfeddine, homme d’affaires dont la condamnation à trois ans de prison vient d’être confirmée en appel.

La décision s’accompagne d’une amende financière estimée à près de 72 millions de dinars, pour des accusations liées à la constitution de biens à l’étranger sans l’autorisation préalable de la Banque centrale de Tunisie.

  • Le troisième dossier que nous prenons en tant qu’exemple est aussi financier, et qui est le dernier en date. Il concerne un homme d’affaire avant-gardiste, Ahmed Abdelkafi, connu pour être un pionnier dans le lancement de nouveaux produits financiers sur la place tunisienne. Il lance ainsi la première société de leasing en fondant en 1984 Tunisie Leasing, société importante sur le marché tunisien. Il avait été arrêté dans le cadre de suspicions relatives à des crimes financiers, en particulier des soupçons de corruption financière et administrative relative à la Caisse des Dépôts et Consignations relevant du ministère des Finances.

Une richesse construite avec patience

La Tunisie s’est construite grâce à des générations d’entrepreneurs visionnaires, capables de transformer des filières stratégiques en leviers de croissance, d’exportation et de réputation internationale. Ces acteurs économiques ont façonné le tissu productif du pays, créant des emplois et générant de la valeur pour l’ensemble de la société. Pourtant, aujourd’hui, une tendance inquiétante se dessine : des arrestations médiatisées, suivies de libérations sous caution, paralysent des entreprises et fragilisent des secteurs clés, transformant la justice en un facteur de risque économique. La question n’est plus seulement juridique : elle devient stratégique pour la survie et la crédibilité de l’économie tunisienne.

Cette logique instable crée un climat d’incertitude : bailleurs de fonds, investisseurs étrangers et banques hésitent, et les PME deviennent vulnérables. Chaque arrestation envoie le même message: le risque prime sur la continuité économique.

À l’international, la pratique est différente : en Corée du Sud, Italie ou Espagne, les dirigeants peuvent être poursuivis sans que l’entreprise, ses employés et ses marchés soient paralysés. La Tunisie, en revanche, sacrifie la filière entière !!! 

Construire un rempart économique

Pour protéger le capital national et sécuriser l’économie, plusieurs mesures sont urgentes :

  1. Séparer sanction individuelle et continuité économique : administrateurs intérimaires et maintien des exportations.
  2. Encadrer la communication judiciaire : éviter de stigmatiser des filières avant la conclusion des enquêtes.
  3. Mettre en place un protocole national de sauvegarde économique : coordination entre justice, banques, ministères et fédérations professionnelles.

Préserver l’économie sans renoncer à la justice

La Tunisie doit choisir entre les spectacles qui fragilisent ses piliers économiques et une approche équilibrée qui concilie lutte contre la fraude, protection du capital national, stabilité des PME et confiance des investisseurs.

Sacrifier des filières clés ou décourager durablement le secteur privé revient à user d’un remède pire que le mal. La Tunisie ne peut se permettre de perdre le capital productif, financier, humain et réputationnel, construit par des générations d’entrepreneurs. Il est urgent d’instaurer des pratiques judiciaires qui allient fermeté contre la fraude et protection proportionnée de l’activité économique : c’est la condition pour restaurer la confiance, attirer les investissements et réanimer une croissance inclusive. L’exemple de l’huile d’olive montre que le prix de l’improvisation peut être plus élevé que la faute elle-même

La vraie question est : peut-on sanctionner les fautes sans détruire ce qui fait vivre le pays ?
Le cas de l’huile d’olive montre que la réponse n’est pas seulement juridique, mais économique et stratégique.

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