
- Le secteur sous électrochoc et BTK, BTS et Zitouna… la brèche dans « le front uni »
- Plusieurs opérations interbancaires, réalisés par Zitouna Bank et BTK Bank notamment avec la STB, la BH, l’UBCI, Attijari Bank et l’ATB
- Dans le Grand Tunis, plusieurs distributeurs ont été alimentés dimanche soir pour limiter les effets, mais la majorité étaient hors service dès la mi-journée
Tunis, UniversNews (Finances) – La Tunisie a vécu, ce lundi, l’un des arrêts les plus spectaculaires de son système financier. Banques fermées, virements bloqués : le pays a littéralement été mis sur pause.
Derrière ce blocage inédit, la première journée de la grève générale du secteur bancaire et financier a révélé un secteur sous tension, un dialogue social rompu — et deux acteurs inattendus, BTK et Zitouna Bank, qui ont choisi de braver le mot d’ordre syndical, ainsi que la BTS Bank (Banque Tunisienne de Solidarité) où, selon une source digne de foi, le taux de présence du personnel était aux environs de 94%.
Un secteur figé, deux exceptions inattendues
Partout ailleurs, le mot d’ordre a été massivement suivi : agences closes, guichets automatiques vides, files d’attente devant les distributeurs et paiements suspendus.
À Tunis comme dans les grandes villes de l’intérieur, la grève a vidé les agences bancaires et plongé les transactions dans le silence.
Mais dans ce décor figé, BTK et Zitouna Bank ont fait figure d’exception. Leur décision de maintenir l’activité — et d’assurer certaines compensations — a créé une onde de choc dans le secteur, perçue par certains comme une “fidélité au service public” et par d’autres comme un “cassage de grève”.
BTK et Zitouna Bank font l’exception
Alors que la quasi-totalité des institutions financières ont suspendu leurs opérations, BTK et Zitouna Bank ont choisi de rompre les rangs.
Les deux établissements ont non seulement maintenu leurs services essentiels, mais aussi assuré plusieurs opérations interbancaires, notamment avec la STB, la BH, l’UBCI, Attijari Bank et l’ATB.
Cette décision, saluée par certains clients comme un signe de continuité et de responsabilité, a suscité de vives réactions au sein du milieu bancaire.
Certains y voient une stratégie pragmatique pour préserver la relation de confiance avec les clients et partenaires ; d’autres dénoncent une atteinte à la solidarité syndicale et un précédent dangereux dans un secteur habituellement très coordonné.
Dans les coulisses, plusieurs sources évoquent des tensions internes et des échanges nourris entre les directions de banques publiques et privées quant à la conduite à adopter pour le second jour de grève.
Une capitale ralentie, des régions paralysées
Dans le Grand Tunis, plusieurs distributeurs ont été alimentés dimanche soir pour limiter les effets du blocage, mais la majorité étaient hors service dès la mi-journée.
Dans les régions — Sfax, Sousse, Gafsa, Kairouan — les agences sont restées fermées, coupant les flux financiers et gelant les paiements d’entreprises.
Les compagnies d’assurance, également concernées par l’appel à la grève, ont suspendu leurs activités, accentuant la portée économique du mouvement.
CBF et UGTT : le duel continue
Du côté patronal, le Conseil Bancaire et Financier (CBF) a réaffirmé que la grève est “injustifiée et nuisible à la confiance du public”, tout en appelant à la responsabilité collective.
Le CBF a rappelé que les discussions sur les augmentations salariales sont “en cours”, mais doivent suivre les “cadres légaux et budgétaires”.
En face, la Fédération générale des banques (UGTT) s’est félicitée d’un “taux de participation historique” et d’une “mobilisation exemplaire face au mépris patronal”.
Son secrétaire général, Ahmed Jaziri, a promis une deuxième journée plus ferme encore, tout en réitérant la demande d’un “retour au dialogue dans la dignité”.
Une fracture qui s’élargit
Cette première journée révèle un fossé social et symbolique :
- Les directions invoquent la rigueur et la stabilité du système.
- Les employés dénoncent l’érosion du pouvoir d’achat, l’absence d’augmentations en 2025 et le non-respect de l’article 412 de la Loi 2024-41.
Même la Banque Centrale de Tunisie a vu plusieurs services internes observer le mot d’ordre — un fait sans précédent dans le secteur.
Un test pour la confiance nationale
À la veille du second jour de grève, les craintes s’amplifient :
➡️ Retards de salaires,
➡️ Virements bloqués,
➡️ Tensions sur la liquidité interbancaire.
Les prochains jours diront si cette épreuve débouche sur un nouvel équilibre social ou sur un durcissement durable du conflit.
“Ce n’est pas une grève ordinaire”, confie un cadre bancaire à UniversNews.
“C’est un stress test pour tout le système financier tunisien.”



