Congrès des journalistes : le temps de l’examen de conscience

UniversNews (NAT) – Le congrès des journalistes tunisiens qui s’est déroulé ce week-end, tombe à point nommé. Réseaux sociaux, intelligence artificielle, nouveaux standards éthiques : jamais le métier n’a autant connu de bouleversements en si peu de temps. C’est le moment de regarder la profession en face, sans complaisance ni procès d’intention.
L’information d’intérêt général est un bien collectif. Un citoyen bien informé vote en connaissance de cause. Une entreprise bien informée anticipe et investit plus sereinement. À l’inverse, une rumeur financière ou un chiffre mal lu coûte cher à toute la collectivité. Un média, même privé, n’est donc jamais une entreprise comme les autres : il façonne l’espace où se forme l’opinion.
Or la confiance s’est effondrée. Selon une enquête du Conseil de la presse publiée en 2025, près de deux Tunisiens sur trois ne font pas confiance aux médias, et c’est le cas, aussi, pour plus des trois quarts des 18-24 ans. Ailleurs, un tel indicateur déclencherait une réunion de crise. Chez nous, il suscite tout au plus un plateau télévisé de plus. La liberté de la presse reste essentielle, mais sans rigueur elle ne protège ni le lecteur ni le métier.
Le mal est diagnostiqué : une déclaration reprise, à peine reformulée, publiée avant le concurrent. Une information née à l’étranger, traduite par un média, reprise par un site local, puis signée par un journaliste qui croit l’avoir découverte. Les professionnels sérieux et courageux existent, mais quelques talents ne suffisent pas à redresser un écosystème.
La priorité est la spécialisation, surtout en économie. Le journaliste n’a pas à devenir économètre, mais il doit distinguer le nominal du réel, un déficit d’une dette, une prévision d’un résultat, une corrélation d’une causalité. Et oser demander : sur quelles données repose cette affirmation ? Une déclaration ministérielle n’est pas encore une information. Les bases de l’INS, de la Banque centrale et du ministère des Finances doivent devenir des outils quotidiens des rédactions. L’enquête, longue et coûteuse, mérite des financements indépendants et des partenariats avec l’université, avec une règle intangible : l’argent peut financer du temps de recherche, jamais une ligne éditoriale.
L’intelligence artificielle rend ce chantier plus urgent. Elle cherche, traduit, résume et repère des incohérences dans des masses de données. Mais elle peut aussi industrialiser les erreurs et habiller de vraisemblance une information fausse. Le danger n’est pas qu’elle remplace le journaliste, mais qu’elle le dispense de réfléchir. La responsabilité éditoriale ne se délègue pas à un algorithme.
La Tunisie n’a pas besoin de plus de bruit, mais de plus de compréhension ; pas de davantage de médias, mais de meilleurs médias. Réformer la presse est une réforme économique, civique et démocratique. Le défi tient en une phrase : cesser de répéter des chiffres, et commencer à interpréter et expliquer ce que les chiffres disent …..!!!!
Mourad Ben SLIMANE



