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Dr. Taoufik Khalfallah: «Repenser le thermalisme tunisien avec une meilleure promotion… pour plus de visibilité»!!!

  • Une fréquentation locale importante mais saisonnière et une infrastructure vétuste qui demande à être améliorée
  • Des atouts qui positionnent le pays en tant que destination prisée pour les cures rhumatismales, dermatologiques et respiratoires et de bien-être
  • 150 sources thermales aux vertus thérapeutiques… héritage antique remontant aux époques carthaginoise et romaine
  • Le coût des cures thermales sans prise en charge de la sécurité sociale ou avec une participation très réduite pèse effectivement sur le thermalisme en Tunisie
  • Côté investissement, les incitations fiscales sont nécessaires pour édifier les hammams et villes d’eau

UniversNews (INTERVIEW) – Le thermalisme est la nouvelle vague sur laquelle la Tunisie veut surfer. Il s’agit d’une filière sur laquelle le gouvernement affiche de grandes ambitions et une forte volonté de développement et qui peut s’avérer un excellent allié du tourisme comme l’atteste Dr. Taoufik Khalfallah, Professeur en ergonomie et médecine du travail à la Faculté de médecine de Monastir et expert en thermalisme

  • UniversNews : Quels sont les atouts de la Tunisie en matière de thermalisme ?

Taoufik Khalfallah : La Tunisie possède un riche patrimoine de plus de 150 sources thermales aux vertus thérapeutiques reconnues, leurs compositions thermo-minérales confèrent des propriétés anti-inflammatoires, cicatrisantes et relaxantes, efficaces contre l’arthrose, le psoriasis et les troubles respiratoires, un héritage antique remontant aux époques carthaginoise et romaine, et un climat méditerranéen idéal pour le tourisme de santé. Ces atouts positionnent le pays comme une destination prisée pour les cures rhumatismales, dermatologiques et respiratoires et de bien-être. Il s’agit d’un potentiel touristique remarquable, en plus d’un climat ensoleillé, d’une proximité européenne, de services des soins de qualité, de coûts abordables et d’une infrastructure acceptable qui attirent une clientèle mixte santé/bien-être.

  • Dans les dizaines de stations que possède la Tunisie, le taux général d’occupation est de 30 jours par an. Il est de cent quarante-cinq jours en Italie et de cent quatre-vingt-treize jours en Allemagne. Quelles sont les raisons d’un tel retard ? Est-ce que le tunisien n’est pas attirée par ce créneau ?

Il est très difficile de comparer statistiquement les taux d’occupation par les curistes hébergés des stations thermales tunisiennes par rapport aux autres stations européennes du fait de la différence des outils de mesures et d’évaluations qui sont variables d’un pays à l’autre. Par exemple, le taux d’occupation des stations thermales en Tunisie est souvent inférieur à 50%, en revanche en Europe, il est supérieur à 60 % en rapport avec la fermeture saisonnière des stations en Europe plus que deux mois par an (décembre – mars). En l’occurrence, le taux de fréquentation par les curistes passagers des stations thermales en Tunisie est en nette croissance grâce au développement du tourisme intérieur et des curistes Libyens et Algériens. Cependant, le secteur de thermalisme en Tunisie suscite plus d’intérêt pour qu’il soit un levier économique stratégique à effet d’entrainement des régions de l’intérieur. Les données statistiques dont on dispose, s’expliquent principalement par des infrastructures vétustes et sous-exploitées, un manque de marketing et de promotion auprès des touristes et des locaux, ainsi que par une dépendance excessive au tourisme balnéaire et à la thalassothérapie. Les stations thermales tunisiennes souffrent d’équipements obsolètes, de pistes d’accès non aménagées et d’un état délabré des hammams, limitant l’attractivité pour les curistes. Malgré un potentiel énorme (seulement 25% des ressources en eau thermale exploitées), l’absence de modernisation freine le développement. Des projets de rénovation sont en cours, comme à Korbous ou Beni Mtir, mais ils restent insuffisants. Le thermalisme tunisien manque de promotion et de visibilité, avec une fréquentation locale importante mais saisonnière (ex. 25 000 à 250 000 curistes/an dans certains hammams) et peu d’attrait international hors thalassothérapie côtière. Contrairement à l’Italie et l’Allemagne, où des réseaux de stations modernes et un soutien public (remboursements santé) boostent l’occupation. Le tourisme thermal reste sous-exploité par rapport au potentiel.

Les Tunisiens fréquentent les stations, surtout les hammams traditionnels (jusqu’à 5 millions de visiteurs/an dans certains sites), mais de manière sporadique et locale, pas curative prolongée. Le créneau thermal curatif n’attire pas massivement en raison des infrastructures inadaptées et d’un manque de prise en charge par la CNAM, contrairement aux habitudes européennes. Ce n’est pas un désintérêt culturel, mais un retard structurel.

  • Faut-il développer les «hôtels thermaux» pour se soigner, se nourrir et se reposer ?

Les hébergements intégrés aux thermes adoptent divers modèles économiques pour maximiser la rentabilité tout en garantissant la proximité des soins. Ces modèles s’appuient sur des séjours longs (18-21 jours), des prises en charge par la Sécurité sociale (70% des cures), et une diversification vers le bien-être pour lisser la saisonnalité. Ils ciblent curistes (rhumatologie, ORL) et touristes loisir, avec un focus tunisien adapté aux réalités locales qui doit prendre en considération les classes sociales des curistes Tunisiens. Un modèle hybride en Tunisie peut être efficace par l’implantation des unités d’hébergement toutes catégories confondues du cinq étoiles aux campings pour permettre l’accessibilité aux soins de tous les curistes et participer à la démocratisation des cures.

  • Le coût des cures impacte-il le thermalisme ?

Le coût des cures thermales sans prise en charge de la sécurité sociale ou avec une participation très réduite pèse effectivement sur le thermalisme en Tunisie, en limitant l’accès à une clientèle plus large et en favorisant une dépendance aux touristes étrangers ou aux patients auto-financés.

  • Comment encourager la  » consommation  » de cures thermales en Tunisie ?

 Pour encourager la consommation des cures thermales en Tunisie, il faut miser sur la sensibilisation aux bienfaits thérapeutiques prouvés et sur des incitations pratiques adaptées au contexte local. Ces cures, ancrées dans un héritage millénaire, attirent des millions de Tunisiens par an pour soulager rhumatismes, stress, problèmes dermatologiques et respiratoires. Une stratégie ciblée peut booster la fréquentation des stations comme Capsa Thermal, Hammam Bourguiba, Korbous ou Djerba. La sensibilisation médicale s’impose avec l’intégration de la médecine thermale dans les formations de rhumatologie et dermatologie, comme le prévoit le programme national en cours. Il faudrait organiser des journées portes ouvertes avec consultations gratuites et témoignages de curistes pour démontrer l’efficacité des soins (Aero-bains, boues chaudes, inhalations) sans oublier de collaborer avec la CNAM pour rembourser partiellement les cures prescrites, rendant l’accès plus abordable. Côté tourisme, il faut développer des forfaits combinés thermalisme-tourisme intérieur via l’Office Nationale du Thermalisme, en ciblant les saisons automne-printemps, lancer des campagnes digitales sur les réseaux sociaux tout mettant en scène des stations modernisées et des influenceurs wellness, offrir des réductions familiales ou pour seniors, en insistant sur le caractère accessible dans tous les gouvernorats. Côté investissement, les incitations fiscales sont nécessaires pour édifier les hammams et villes d’eau. On peut aussi associer les centres thermaux aux hôtels thalasso pour des séjours bien-être à prix attractifs comme c’est le cas à Korbous.

  • La médecine thermale doit-elle évoluer pour attirer plus de curistes ?

La médecine thermale doit effectivement évoluer pour attirer davantage de curistes en misant sur la formation des hydrothérapeutes, le développement de la recherche et l’élévation des compétences cliniques. Cette approche garantit des soins de haute qualité, adaptés aux attentes modernes des patients.

La formation des hydrothérapeutes est essentielle, aussi. Des programmes certifiés en hydrothérapie, intégrant protocoles evidence-based, forment des praticiens qualifiés pour des cures personnalisées en rhumatologie ou réhabilitation. Ces formations, inspirées des standards européens, boostent la confiance des curistes et fidélisent la clientèle tunisienne et internationale. La recherche en médecine thermale doit être développée et il faudrait investir dans des études cliniques sur les vertus des eaux thermales tunisiennes (anti-inflammatoires, antalgiques) et valider scientifiquement les indications thérapeutiques. Des partenariats avec universités ou CNAM pourraient publier des données locales, attirant prescripteurs et touristes wellness. Développer des accréditations (ISO ou labels thermaux) et protocoles standardisés assure une excellence, avec suivi patient et évaluation outcomes. Cela positionne les stations comme leaders, face à la concurrence méditerranéenne, en combinant thermalisme médical et bien-être préventif. (M.S.)

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