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Fatima Zahra Mansouri, la fille du pacha à la Primature

 beaucoup d’authenticité, un peu de modernité.

Tunis – Univers News.Première femme nommée cheffe du gouvernement au Maroc, la patronne du PAM incarne la devise de son parti : beaucoup d’authenticité, un peu de modernité.

 La cinquantaine, née dans l’aisance à Marrakech, elle vient de recevoir des mains du roi le dahir qui fait d’elle la première femme à diriger un gouvernement marocain. Après la Tunisie de Najla Bouden en 2021, le Maroc devient le deuxième pays du monde arabo-amazigh à franchir ce pas. Reste à savoir qui se cache derrière l’image du « Maroc du Mondial ».

L’héritière

Son père fut bâtonnier, pacha de Marrakech, puis ambassadeur aux Émirats. La famille est apparentée au pacha Glaoui, celui qui précipita en 1953 l’exil de Mohammed V.

Études de droit à Rabat, droit des affaires en France, puis le grand cabinet de Mohamed Taïeb Naciri, avocat du Palais. Aucun engagement militant. En 2008, elle passe de la tutelle de son père à celle de Fouad Ali El Himma et rejoint le PAM : députée, maire de Marrakech, ministre de l’Habitat, cheffe du parti, puis la Primature.

Du terrain aux urnes

Femme de terrain, elle est restée des jours à Al Haouz après le séisme de 2023, qui a fait plus de 3 400 morts. Le 30 septembre 2025, en pleine colère de la génération Z, elle a eu cet aveu, adressé à Aziz Akhannouch : « Si nous avions réussi, cette colère n’existerait pas. »

Sa victoire doit beaucoup à Fouzi Lekjaa, qui a ramené des notables et attaqué Akhannouch sur la gouvernance et les conflits d’intérêts. Mais le scrutin du 23 septembre a d’abord été gagné par l’abstention et le vote blanc. Arrivé en tête, le PAM n’a recueilli qu’environ 1,06 million de voix, soit à peu près 4 % des plus de 27 millions de Marocains en âge de voter.

Qui est-elle ?

Pas de gauche : son parti a refusé de plafonner les marges des pétroliers et la reprise de la Samir. Libérale en économie, pas en politique : on ne lui connaît aucun engagement pour les libertés, et la presse indépendante l’agace. Pieuse avec modération, au gré des campagnes. Féministe dans les discours, pas dans les combats.

Au fond, une conservatrice en politique, libérée dans la vie, pragmatique et avide de pouvoir plus que d’argent. Colérique, bourreau de travail, elle sait exploser puis revenir. Restent des zones d’ombre : l’affaire de Tanger autour de son entourage et le projet de 1 800 villas à Tassoultante, sur des terres familiales.

La robe noire contre le pouvoir

Son premier dossier brûlant oppose les barreaux à Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice et ancien patron du PAM. La loi 66.23 sur la profession d’avocat a été publiée au Bulletin officiel le 20 août, contre l’avis des quelque 17 000 avocats du pays, qui y voient une atteinte à leur indépendance. Au terme de plus de quatre mois de grève, l’ABAM suspend son mouvement le 7 octobre et renvoie explicitement le dossier au nouveau gouvernement !!!??

Pour la fille du bâtonnier, le choix est cornélien : maintenir Ouahbi, c’est assumer le passage en force de son camp ; rouvrir la loi, c’est désavouer son prédécesseur. Ce sera un premier test de son rapport aux contre-pouvoirs.

Réussira-t-elle ?

Elle a de quoi durer : l’expérience de l’État, l’endurance et la confiance du Palais. Elle a moins de quoi convaincre : un mandat populaire étroit, une coalition encore à bâtir alors qu’une partie du PAM refuse le RNI un cumul intenable avec la mairie et le parti, et un Lekjaa qui pourrait devenir un pouvoir parallèle.

Si réussir signifie livrer le Mondial et ménager le Palais, ses chances sont réelles. Si cela signifie réconcilier les Marocains avec la politique et répondre à la rue de 2025, sa propre phrase pourrait se retourner contre elle : tant que la colère dure, c’est que l’on n’a pas réussi.

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