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BUDGET 2027: que va-t-on léguer aux générations futures?

* Les intérêts de la dette publique s’élèvent, dans la loi de finances 2026, à 7,2 milliards de dinars soit 4% du PIB.

Par Khélil LAJIMI

Ancien ministre

  • Les gisements d’économies se trouvent dans les rigidités. Alors, travaillons-y avant que la dette ne s’emballe et ne nous enfonce encore plus dans la trappe de la stagflation.

Univers News (Tribune) – Nous abordons le dernier trimestre de 2026 : période habituelle des discussions entre l’exécutif et le législatif sur les orientations budgétaires de l’année 2027. Des arbitrages sur les priorités vont être rendus. Un seul fil conducteur devrait motiver ces choix. Contenir le déficit budgétaire, dégager des ressources pour l’investissement et ne pas laisser la dette publique s’emballer. Il en va de l’héritage qu’on va léguer aux générations futures. Ce serait égoïste de notre part de leur transmettre une dette, qu’ils vont devoir rembourser de toute façon, à cause de choix fais par leurs aînés et auxquels ils n’ont pas pris part.

Il est vrai que l’année 2026 sera difficile pour les finances publiques. Les tensions au Moyen-Orient et les blocages du détroit d’Ormuz et, maintenant, du détroit de Bab El Mandeb ont pesé sur les prix de l’énergie et engendré une rupture des chaines d’approvisionnement de certains intrants (le soufre en particulier) importants dans la fabrication des engrais chimiques. Certaines unités du Groupe chimique se sont arrêtées de mai à octobre à cause d’un manque de soufre. Un composant de l’acide sulfurique, lequel en attaquant le phosphate produit de l’acide phosphorique, principal intrant pour obtenir du DAP et du TSP engrais nécessaires à la culture des céréales et autres spéculations agricoles.

Le budget 2026 a été élaboré sur la base d’une hypothèse de prix du baril de pétrole à 65 dollars. La moyenne à ce jour est largement supérieure et finira l’année, si la situation au Moyen-Orient n’évolue pas dans un sens comme dans l’autre, autour de 85 dollars. La dépense supplémentaire de la compensation énergétique sera de l’ordre de 3,5 milliards à 4 milliards de dinars sans aucune mesure d’ajustement des prix des produits énergétiques.

L’analyse du budget de 2026 met en évidence des rigidités qui diminuent considérablement les marges de manœuvre pour libérer des ressources pour l’investissement qui est la source principale de la croissance future. D’ailleurs, c’est une tendance structurelle suivie par tous les gouvernements successifs depuis 2011. Je dirai même que l’investissement public est devenu la variable d’ajustement du budget de l’Etat, ce qui est une erreur de politique économique. Les travaux du Professeur Rached Bouaziz, de la Faculté des sciences économiques et de gestion de Nabeul, montrent une baisse démesurée de l’investissement public depuis 2011. Cette baisse a considérablement dégradé la croissance potentielle du PIB d’une moyenne de 4,5% sur la période 1989-2010 à un niveau extrêmement faible de l’ordre de 0,5 à 1% après 2011.

–des rigidités budgétaires pour dégager des ressources.

Aujourd’hui, il faut abandonner la politique de la demande suivi depuis 2011 et adopter une politique de l’offre. La relance par la demande n’a apporté aucun résultat, bien au contraire elle nous a piégés dans la trappe de la stagflation : croissance atone, forte inflation et chômage élevé.

Sortir de ce piège est complexe et nécessite un courage politique pour mettre en place une politique de l’offre à long terme plutôt que des ajustements rapides. Cela passe par des réformes structurelles (gains de productivité, formation de la main-d’œuvre, allègement de la fiscalité d’entreprise et incitation à la R&D) pour restaurer la compétitivité sans alimenter la hausse des prix. Cette politique doit être centrée autour de l’entreprise, de la création de la valeur et de l’investissement public structurant.

Pour mettre en œuvre cette politique il va falloir travailler sur les rigidités budgétaires pour dégager des ressources. Aujourd’hui la masse salariale publique (25 milliards de dinars pour 687 000 agents) est élevée, 13,8% du PIB. L’objectif serait de la ramener à 10% en 2030 tout en réorientant les

nouveaux recrutements vers les postes d’encadrement pour élever le taux d’encadrement de l’administration publique.

Les dépenses de compensations programmées en 2026 s’élèvent à 11 milliards de dinars entre le transport, l’énergie, les produits alimentaires de première nécessité et l’éducation (cahiers et livres scolaires), soit environ 6% du PIB. Le dérapage des prix de l’énergie les augmenteront à 15 milliards de dinars (8% du PIB). On devrait se fixer comme objectif de les diviser par deux, 4% du PIB, d’ici 2030 et surtout cibler ces dépenses vers les catégories les plus vulnérables.

Les intérêts de la dette publique s’élèvent, dans la loi de finances 2026, à 7,2 milliards de dinars soit 4% du PIB. La dette publique a un taux d’intérêt apparent de l’ordre de 5%. Le déficit budgétaire est estimé à 11 milliards de dinars, soit 6% du PIB. Il terminera l’année à environ 15 milliards de dinars. D’un autre côté, la croissance économique (source INS) en glissement annuel à la fin du premier semestre de 2026 est de 2,3% (6,4% aux prix courants). Avec la mauvaise conjoncture du second semestre, elle finira l’année autour de 2% (inférieure à 6% aux prix courants). La stabilisation du ratio de la dette publique en pourcentage du PIB dépend directement de l’écart entre le taux d’intérêt réel ou nominal de la dette (r) et le taux de croissance de l’économie en volume ou aux prix courants (g), ainsi que du solde primaire de l’État.

Donc nous sommes dans une situation où le taux apparent de l’intérêt de la dette publique et la croissance économique aux prix courants, (les fameux r et g que surveillent particulièrement les économistes) finiront l’année 2026 très proches. Ils vont donc s’annuler (r-g). Il ne restera, dans ces conditions, que le levier du déficit primaire pour stabiliser la dette publique.

Le déficit primaire pour 2026 glissera à 4% du PIB compte tenu du dérapage des prix de l’énergie. Il devient donc impératif, et ce dès 2027, de le ramener dans une trajectoire d’équilibre à l’horizon 2028, soit un effort annuel de l’ordre de 3,5 à 4 milliards de dinars sur les années 2027 et 2028. Les gisements d’économies se trouvent dans les rigidités. Alors, travaillons-y avant que la dette ne s’emballe et ne nous enfonce encore plus dans la trappe de la stagflation.

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