Fiscalité tunisienne: Trop d’impôts… mal répartis??!!! (ITES)

- L’Institut Tunisien des Études Stratégiques appelle à une refonte profonde du système fiscal à l’horizon 2035
- La réforme fiscale n’est pas une simple opération comptable. Elle est un choix de société.
- Sans équité, sans transparence et sans confiance, l’impôt devient un facteur de blocage économique et de tensions sociales.
- Réformer la fiscalité, ce n’est pas seulement lever des ressources : c’est restaurer la confiance, rétablir l’équité et redonner du sens à l’impôt !!
UniversNews (SEF) – La Tunisie ne souffre pas d’un manque d’impôts. Elle souffre d’un impôt mal réparti, mal compris et de plus en plus mal accepté. Derrière un ratio recettes fiscales/PIB avoisinant 25 %, se cache une réalité préoccupante : un système fiscal déséquilibré, socialement injuste et économiquement contre-productif.
C’est le constat sans ambiguïté dressé par l’Institut Tunisien des Études Stratégiques (ITES), qui appelle à une refonte profonde du système fiscal à l’horizon 2035.
Selon l’ITES, la pression fiscale tunisienne figure parmi les plus élevées des pays émergents, mais elle repose excessivement sur la fiscalité indirecte. Près de 60 % des recettes proviennent de la TVA et des taxes sur la consommation, frappant indistinctement riches et pauvres. Cette structure régressive alimente les inégalités et affaiblit le consentement à l’impôt.
Dans le même temps, l’impôt direct reste concentré sur une base étroite. Le régime forfaitaire, censé intégrer l’économie informelle, est devenu le symbole d’une injustice fiscale chronique : près de 40 % des contribuables pour une contribution marginale aux recettes de l’État. Une situation que l’ITES qualifie de rupture manifeste de l’équité horizontale.
Cette injustice structurelle nourrit une défiance profonde. L’impôt est de moins en moins perçu comme un devoir citoyen et de plus en plus comme une contrainte arbitraire. À cela s’ajoutent l’instabilité des règles fiscales, la multiplication des dérogations et une digitalisation inachevée, qui affaiblissent la crédibilité de l’administration fiscale et découragent l’investissement.
Face à ce diagnostic sévère, l’ITES ne se contente pas de constater. Il propose une réforme fiscale articulée autour de six axes structurants, conçus comme les piliers d’un nouveau contrat fiscal.
Premier axe : la digitalisation et la modernisation de l’administration fiscale
L’ITES insiste sur la nécessité de passer d’une fiscalité de contrôle généralisé à une fiscalité intelligente, fondée sur la donnée, la traçabilité et l’analyse des risques. Facturation électronique, interopérabilité des systèmes, recours à l’intelligence artificielle : la technologie doit devenir un outil d’équité et d’efficacité, non un simple habillage administratif.
Deuxième axe : l’équité fiscale et l’inclusion sociale.
La réforme doit rééquilibrer la charge fiscale en renforçant la progressivité de l’impôt sur le revenu, en révisant les mécanismes de déduction familiale et en élargissant réellement l’assiette. Pour l’ITES, la justice fiscale est la condition première du rétablissement du consentement à l’impôt.
Troisième axe : la compétitivité économique et l’incitation à l’investissement.
La fiscalité doit cesser d’être punitive pour devenir un levier de croissance. Simplification des règles, stabilité normative, rationalisation des incitations et alignement avec les standards internationaux sont essentiels pour relancer l’investissement productif et l’innovation.
Quatrième axe : la fiscalité verte et la transition écologique.
L’ITES plaide pour l’intégration progressive d’une fiscalité environnementale cohérente : réduction des subventions énergétiques inefficaces, introduction d’instruments incitatifs en faveur des énergies renouvelables et de l’économie circulaire. La fiscalité doit accompagner, et non freiner, la transition écologique.
Cinquième axe : la fiscalité locale et la gouvernance territoriale.
La réforme fiscale doit soutenir la décentralisation. Le renforcement des ressources propres des collectivités locales et la modernisation des taxes locales sont indispensables pour réduire les disparités régionales et rapprocher l’impôt du citoyen.
Sixième axe : la fiscalité internationale et la lutte contre l’évasion fiscale.
Dans un monde globalisé, la Tunisie ne peut rester en marge des standards internationaux. L’ITES appelle à une mise en œuvre effective des engagements BEPS, à une meilleure taxation de l’économie numérique et à un renforcement des capacités de contrôle des prix de transfert.
Au-delà de ces axes, le message de l’ITES est clair : la réforme fiscale n’est pas une simple opération comptable. Elle est un choix de société. Sans équité, sans transparence et sans confiance, l’impôt devient un facteur de blocage économique et de tension sociale.
Réformer la fiscalité, c’est refonder le contrat entre l’État et le citoyen. À l’horizon 2035, c’est aussi une condition essentielle pour restaurer la crédibilité de l’action publique et remettre la Tunisie sur une trajectoire de développement durable.
Urgence de réformer la fiscalité !!!
La fiscalité tunisienne est arrivée à un point de bascule. Continuer à empiler des mesures ponctuelles et des ajustements budgétaires reviendrait à gérer la crise sans jamais la résoudre. Le diagnostic est posé, les axes de réforme sont identifiés, et l’alerte est désormais publique, y compris au plus haut niveau de la réflexion stratégique nationale.
La vraie question n’est donc plus de savoir quoi réformer, mais quand et avec quel courage. Réformer la fiscalité, ce n’est pas seulement lever des ressources : c’est restaurer la confiance, rétablir l’équité et redonner du sens à l’impôt. À défaut, l’impôt cessera d’être un instrument de solidarité pour devenir un facteur de rupture. Et un État qui rompt son contrat fiscal fragilise inévitablement sa propre légitimité.



