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La croisade du « Kompromat »

Tawfik BOURGOU*

  • Cette guerre quasi-mondiale, commencée par de fallacieux arguments d’aide à l’opposition iranienne vire à la croisade religieuse pure et simple
  • Autour de Trump un quatuor donne à l’action israélo-américaine l’allure d’une action messianique dans une région qui sent le kérosène
  • Le ministre de la Guerre comme il se plait à s’appeler a servi en Irak au temps de l’invasion américaine de 2003 et a participé massacre de plus de 500 000 Irakiens
  • Pour expier un crime sexuel aux Etats-Unis le meilleur antidote est de mener une croisade au Moyen-Orient
  • Il n’y a rien de stratégique dans ce qui est mené au M.O. sauf si on considère qu’une guerre de religions est stratégique.

UniversNews (TRIBUNE) – En 1204, les croisés, ayant fait une halte à Constantinople, ont fait le choix de la piller. Le religieux et le bigot s’est mélangé au vol. L’attaque israélo-américaine à laquelle s’est aggloméré l’ensemble de l’Occident, excepté l’Espagne, est une vulgaire croisade, religieusement justifiée même si elle survient après les révélations de l’implication de l’élite occidentale, américaine dans le scandale (le Kompromat) Epstein. Certains des acteurs de cette croisade ont été cités plus de 6000 fois dans les « Epstein files ». Ne pas voir une relation entre les deux est simplement naïf.

Cette guerre quasi-mondiale qui ravage le Moyen-Orient, commencée par de fallacieux arguments d’aide à l’opposition iranienne vire à la croisade religieuse pure et simple, même si Trump est loin de la figure d’un pape, non par l’apparence vestimentaire, mais surtout par le bilan moral de sa jeunesse et certainement après.  

Autour de Trump un quatuor accapare l’argumentation en faveur de la croisade et donne à l’action israélo-américaine l’allure d’une action messianique dans une région qui sent le kérosène et qui a été ravagée directement ou indirectement par l’action américaine depuis au moins trente-cinq ans.

Aussi inattendue que cela puisse l’être, c’est la figure de l’ambassadeur des Etats-Unis en Israel qui a donné le point de départ de la campagne, de la guerre messianique dangereuse et certainement très destructrice pour des décennies. Cet homme est un pasteur ultra-intégriste du protestantisme américain a déclaré que l’ensemble du Moyen-Orient dans la largeur, du Nil à l’Euphrate devait appartenir à Israël. Ce n’est pas un simple pasteur qui le dit, c’est l’ambassadeur des Etats-Unis, ses paroles engagent le Département d’Etat et la Maison Blanche. Or, depuis plus de trois semaines, aucun démenti, ni aucune rectification n’est venue de son patron Marco Rubio, accréditant le consentement à considérer les déclarations comme quasi-doctrine du Gouvernement fédéral. 

Le second personnage en figure de croisé, n’est autre que le ministre de la Guerre comme il se plait à s’appeler. L’homme a servi en Irak au temps de l’invasion américaine de 2003 et a donc participé à la guerre qui a tué plus de 500 000 Irakiens de façon directe et indirecte pour des raisons fallacieuse et sur la base d’un mensonge. Or, à l’époque, Georges Bush fils, avait lui-même indiqué qu’il était en croisade, rappelons-nous. Le ministre de la guerre, qui s’est fait tatouer sur l’avant-bras le mot arabe « kafir » (incroyant), a dans une diatribe aussi étonnante que dangereuse a déclaré que l’islam n’était pas une religion, une sorte de « bulle papale » autorisant la croisade ; Qu’en est-il le protestantisme serait-on en droit de lui poser comme question. Il ne cache pas, jusque dans son bureau au Pentagone d’exhiber les symboles rattachant la guerre à sa propre religion ce qui est insolite dans le cas du Pentagone.  Si le patron du pentagone se déclare en croisade, sans démenti officiel de l’armée elle-même c’est que le Pentagone a entamé une guerre de religions. 

Le troisième croisé, un converti au catholicisme, exhibant en toute occasion sa bigoterie, n’est autre que le Vice-Président Vance. Après avoir défendu le non-interventionnisme, le voilà vicaire d’un président en guerre pour masquer sa conduite d’avant. Une sorte d’expiation du crime par le consentement à la croisade, une absolution d’un crime par la commission d’un autre encore plus massif. 

Le dernier du quatuor est Marco Rubio, le secrétaire d’Etat, lui est converti à la guerre de son patron pour ne pas perdre la possibilité de succéder à Trump et être candidat à la prochaine élection présidentielle, il a eu son moment de gloire au moment de l’action au Venezuela, lui aussi s’est lancé dans une explication fallacieuse et dénuée de tout fondement et justifiant son ralliement à la guerre par l’imminence d’une action iranienne (impossible) contre les Etats-Unis.

Mais l’image la plus ridicule d’une bigoterie guerrière nous vient directement de la Maison Blanche elle-même, Trump assis entouré de ses apôtres, dans une prière, mains sur les épaules d’un président, yeux clos et tête basse, réclamant bénédiction et grâce aux troupes américaines engagées contre l’Iran. 

L’image est pathétique de bêtise et de ridicule pour une guerre qui nous rappelle la salve de missiles tirée par un Bill Clinton, lui aussi engluée dans l’affaire Epstein, lorsqu’il a été confondu pour le scandale d’alcôve avec Monica Lewinsky, à peine majeure et stagiaire à la Maison Blanche.

A cette troupe ridicule de néo-croisés on peut rajouter tous ceux qui de près de loin ont été les supplétifs des Etats-Unis. Le premier ministre britannique, englué via son conseiller dans l’affaire Epstein, s’est précipité lui aussi, dans la nouvelle croisade pour faire oublier l’ampleur du scandale.

La croisade du Kompromat, achève de démolir le peu du dernier zeste de crédit que pourrait avoir encore les Etats-Unis et révèle une constante : pour expier un crime sexuel aux Etats-Unis le meilleur antidote est de mener une croisade au Moyen-Orient. 

Les autres justifications sont tellement ridicules qu’elles ne méritent même pas d’être discutées. Il n’y a rien de stratégique dans ce qui est mené sauf si on considère qu’une guerre de religions est stratégique.

T.B.

Politologue

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