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Méditerranée: L’Europe à la chasse… aux navires fantômes!!!

UniversNews (NAT) – La Tunisie a des atouts : elle doit négocier une coopération d’égal à égal, fondée sur ses propres intérêts. Partenaire, oui. Garde-frontières avancé de l’Europe… Non!!!

Née pour surveiller l’embargo sur les armes en Libye, l’opération navale européenne IRINI change de dimension. Prolongée jusqu’en 2029, elle traquera désormais la «flotte fantôme» russe, protégera câbles et gazoducs sous-marins et ciblera les réseaux de passeurs. Au passage, Bruxelles tend la main à Tunis, Beyrouth et Le Caire. Une main qu’il faudra serrer avec prudence.

De la Libye à toute la Méditerranée

Lancée le 31 mars 2020 depuis son quartier général de Rome, EUNAVFOR MED IRINI avait une mission claire : faire respecter l’embargo de l’ONU sur les armes à destination de la Libye. Six ans plus tard, l’Union européenne veut en faire un instrument de sécurité régionale.

Selon un projet de décision du Conseil, le mandat courra jusqu’au 31 mars 2029, avec une enveloppe de 16,88 millions d’euros. Approuvé par les ambassadeurs des Vingt-Sept, le texte devrait être formellement adopté le 9 octobre, lors de la réunion des ministres de l’Économie et des Finances.

Les missions historiques ne disparaissent pas pour autant. IRINI continuera de traquer les exportations illégales de pétrole libyen et les livraisons d’armes, et de former les garde-côtes et services de sauvetage libyens.

Trois nouveaux fronts en haute mer

La flotte fantôme russe. Ces pétroliers vieillissants, aux pavillons de complaisance et aux propriétaires opaques, permettent à Moscou de contourner les sanctions et de financer sa guerre en Ukraine. Ils deviennent la cible prioritaire de la mission.

Les infrastructures sous-marines. Gazoducs et câbles de fibre optique tapissent le fond de la Méditerranée et portent une part vitale des échanges énergétiques et numériques. IRINI devra les surveiller et y tester de nouvelles technologies de défense maritime.

Les réseaux de passeurs. Patrouilles aériennes et renseignement viseront à démanteler les structures des trafiquants d’êtres humains dans la zone d’opération.

Un virage préparé de longue date

L’annonce a des airs de rupture. Elle est en réalité l’aboutissement d’une lente mue. Dès mars 2025, le Conseil avait prolongé IRINI jusqu’en 2027 et élargi sa surveillance aux infrastructures maritimes critiques. En juin 2026, Kaja Kallas annonçait que les navires européens pourraient arraisonner les bâtiments suspectés d’appartenir à la flotte fantôme. Le 20 juillet, le pétrolier MV South Star, soupçonné de naviguer sous faux pavillon, était abordé.

Le vrai tournant est juridique. Fin mai, la résolution de l’ONU qui adossait la mission au Conseil de sécurité a expiré sans renouvellement. IRINI repose désormais sur un mandat purement européen. Bruxelles gagne en autonomie stratégique, et s’affranchit d’un éventuel veto russe.

Reste un chiffre à relativiser. Les 16,88 millions d’euros couvrent vraisemblablement les seuls coûts communs, comme lors du mandat précédent. L’essentiel, navires et équipages, reste à la charge des États contributeurs.

La Tunisie courtisée : opportunité ou piège ?

Bruxelles veut faire d’IRINI un outil de «diplomatie navale» : exercices conjoints et coopération renforcée avec le Liban, l’Égypte et la Tunisie. Sur la forme exacte de cette sollicitation, rien n’est encore précisé.

Pour nous, les gains possibles sont réels. Formation, équipements, partage de renseignement : autant de leviers pour moderniser la surveillance de nos côtes et peser davantage dans le jeu méditerranéen.

Mais l’équation est délicate. La coopération touche à la souveraineté maritime et au dossier migratoire, déjà sensible depuis le mémorandum signé avec l’UE. Elle engage aussi la neutralité tunisienne : participer, même indirectement, à la traque des navires russes, c’est prendre position dans un conflit qui n’est pas le nôtre.

Partenaire, pas sous-traitant

La Méditerranée redevient un théâtre stratégique, et l’Europe le dit désormais avec des navires. Pour les pays de la rive sud, la question n’est plus de savoir s’ils seront sollicités, mais à quelles conditions.

La Tunisie a des atouts : sa position au cœur du détroit de Sicile, son savoir-faire maritime, sa crédibilité de pays stable… elle doit les faire valoir pour négocier une coopération d’égal à égal, fondée sur ses propres intérêts. Partenaire, oui. Garde-frontière avancé de l’Europe, non.

Mourad Ben Slimane

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