
Entre de 4000 à 6000 personnes recrutées à l’époque d’ ENNAHDHA
L’accord concernerait des centaines de femmes et d’enfants dispersés dans des camps de détention en Irak et en Syrie
Tunis – Univers News. La question du sort des djihadistes tunisiens détenus en Irak a repris de l’ampleur après la visite, le 13 août dernier, du président du Conseil supérieur de la magistrature irakien, Faiq Zeidan, à Damas. Reçu par le ministre syrien de la Justice Mazhar Abderahman al-Wais, Zeidan a évoqué en priorité le sort des détenus de Daech transférés vers les prisons irakiennes, dans un contexte de coopération judiciaire renforcée entre les deux pays depuis la chute du régime Assad. Les deux parties se seraient accordées sur la création de commissions judiciaires mixtes chargées de statuer sur les dossiers de ces détenus.
Cette visite intervient alors que l’Irak affirme avoir réceptionné plus de 5700 détenus transférés depuis les prisons du nord-est syrien — auparavant gérées par les Forces démocratiques syriennes (FDS) — représentant une soixantaine de nationalités différentes. Plus de 3000 d’entre eux seraient syriens. Bagdad aurait par ailleurs annoncé son intention de transférer, à terme, jusqu’à 6000, voire 7000 détenus étrangers vers leurs pays d’origine, dans le but de désengorger des prisons irakiennes surpeuplées et de redistribuer les détenus vers des centres de détention plus sécurisés.
C’est dans ce mouvement plus large que s’inscrit l’annonce de la présence de 234 ressortissants tunisiens parmi les personnes transférées de Syrie vers l’Irak — une annonce qui a ravivé un débat qui dure depuis plusieurs années .
Des chiffres qui reflètent la gravité du phénomène
Le flux des Tunisiens partis rejoindre les zones de conflit syro-irakien, entre 2012 et 2014, demeure difficile à préciser : les estimations varient, mais convergent globalement entre de 4000 à 6000 personnes recrutées à l’époque, du mouvement ennahdha faisant de la Tunisie l’un des principaux pays pourvoyeurs de combattants étrangers pour Daesh, rapporté à sa population.
Une « bombe à retardement »
ce dossier constitue une véritable bombe à retardement pour l’État tunisien. la Tunisie est désormais acculée à trancher définitivement : accepter le rapatriement de ses ressortissants ou le refuser.
un accord de reprise engagerait l’État tunisien sur un plan sécuritaire, judiciaire et administratif considérable, qui dépasserait largement le seul cas des combattants. Il concernerait également des centaines de femmes et d’enfants dispersés dans des camps de détention en Irak et en Syrie, dont
le célèbre camp d’Al-Hol. Beaucoup de ces personnes ne disposent d’aucun document d’identité, et les mariages contractés au sein du groupe n’ont aucune reconnaissance juridique — ce qui complique considérablement toute procédure de régularisation civile une fois de retour en Tunisie.
Plus préoccupant encore : une génération entière d’enfants nés ou grandis dans ces camps n’a jamais connu d’autre réalité que celle de la détention ou des zones sous contrôle de l’organisation, rendant leur réinsertion impossible.
la Tunisie se trouve, aujourd’hui , à un point de bascule où elle devra choisir entre l’accueil encadré de ses ressortissants ou leur maintien indéfini dans les geôles irakiennes.



