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Santé : Après 70 ans, est-il encore utile de faire baisser le cholestérol lorsqu’on n’a jamais eu de maladie cardiovasculaire ?

Souvent appelé « mauvais » cholestérol – par opposition au « bon » cholestérol –, le cholestérol LDL  est un bourreau du cœur. En excès dans le sang, il se dépose sur les parois des artères et forme des plaques graisseuses  d’athérosclérose, lesquelles peuvent, au fil du temps, interrompre le flux sanguin et induire un infarctus ou un AVC . Afin de réduire le taux de LDL et ainsi le risque de maladies cardiovasculaires, , les médecins prescrivent des statines : l’atorvastatine, la pravastatine, la simvastatine…Le bénéfice de ces médicaments est désormais bien établi en « prévention secondaire » pour éviter les récidives après un accident cardiovasculaire. Et ce, quel que soit l’âge des patients. En revanche, un gros flou persiste concernant l’utilité des statines chez les personnes âgées avec un fort taux de cholestérol traitées en « prévention primaire »,. . Cependant, les choses sont en train de bouger. 

Une statine en prévention primaire chez les personnes âgées diminue le risque cardiovasculaire

Chez les personnes de 70 ans et plus, le débat persiste sur l’utilisation des statines pour la prévention des maladies cardiovasculaires. Sans antécédents de maladies cardiaques, de diabète ou de démence, leur bénéfice n’était pas prouvé. L’essai STAREE comble ce manque de données, offrant un éclairage sur l’efficacité des statines chez cette population. Les résultats innovent dans leur utilisation en prévention primaire.Selon Dr Faouzi Addad, cardiologue, « L’étude STAREE, (STAtins for Reducing Events in the Elderly)  présentée au dernier congrès de cardiologie à Munich et publiée simultanément dans le New England Journal of Medicine, nous apporte une réponse importante : oui, il n’est pas trop tard pour prévenir !Cette grande étude a inclus 9 971 patients âgés de 70 ans ou plus, avec un âge moyen de 74,7 ans et 52% étaient des femmes. Particularité importante : ils n’avaient aucun antécédent de maladie cardiovasculaire, ni diabète, ni démence. Ils ont été randomisés pour recevoir soit de l’atorvastatine, soit un placebo. L’atorvastatine était débutée à 20 mg puis augmentée à 40 mg/jour. Le LDL-cholestérol moyen au départ était d’environ 1,27 g/L et le cholestérol total de 2,11 g/L. Le suivi médian a été de 5,9 ans. Et les résultats sont particulièrement intéressants : l’atorvastatine réduit de 30 % le risque d’événements cardiovasculaires majeurs — décès cardiovasculaire, infarctus ou AVC non fatal, ou revascularisation coronaire — avec un HR à 0,70. Il fallait traiter environ 37 patients pendant 6 ans pour éviter un événement cardiovasculaire majeur. Encore plus frappant : les infarctus du myocarde diminuent de 43 % (HR 0,57) et les revascularisations coronaires également de 43 %. En revanche, pas de réduction significative de la démence, ni de la mortalité totale. Autre message rassurant : pas d’augmentation des événements indésirables graves, qui étaient de 2,7 % dans les deux groupes. Certains effets indésirables médicalement importants, notamment hépatiques, musculaires et liés au diabète, étaient cependant un peu plus fréquents sous atorvastatine.

Finalement, il n’est jamais trop tard pour prévenir !

Selon le Dr. Addad, l’étude STAREE montre qu’une statine peut réduire significativement les événements cardiovasculaires même après 70 ans, chez des personnes jusque-là indemnes de maladie cardiovasculaire.Mais attention, précise t-il «   STAREE ne veut pas dire “une statine pour tout le monde après 70 ans”. Les patients inclus étaient autonomes, vivant à domicile et donc relativement sélectionnés. La décision doit rester individualisée selon le risque cardiovasculaire, l’espérance de vie, la fragilité, les comorbidités, la polymédication et, bien sûr, les préférences du patient.Après 70 ans aussi, on ne traite pas un chiffre de cholestérol : on traite un risque cardiovasculaire. En pratique, STAREE renforce les arguments en faveur d’une prévention cardiovasculaire primaire médicamenteuse après 70 ans chez des patients comparables à ceux de l’essai. Si le bénéfice cardiovasculaire semble établi, il n’en est rien de la préservation de l’autonomie. La décision d’envisager cette prévention cardiovasculaire primaire doit intégrer le niveau de risque initial, la tolérance probable, les traitements associés et les priorités du patient. L’âge ne clôt donc pas le débat ; il oblige à mieux définir les objectifs thérapeutiques en tenant compte du rapport bénéfice/risque.

                                                  Mohamed Sélim

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