À la uneNationalSanté

Santé mentale : l’hôpital Razi au bord de la saturation… miroir d’une Tunisie sous tension!!!

* Les jeunes figurent parmi ceux qui franchissent de plus en plus la porte des consultations psychologiques

* Le vieillissement de la population fait par ailleurs peser un autre défi : la maladie d’Alzheimer, qui exige un suivi spécialisé

* Les patients convergent vers Razi, qui devient malgré lui l’entonnoir d’un système mal réparti

UniversNews (Enquête – Santé) – Nombre de consultations en hausse, services débordés, régions dépourvues de structures spécialisées : la pression qui s’exerce sur l’hôpital Razi raconte bien plus qu’une crise hospitalière. Elle dit l’état psychologique d’un pays qui encaisse, depuis des années, sans toujours trouver où déposer son fardeau.

Il y a des chiffres qui ne font pas la une, et pourtant ils disent tout. Ceux de l’hôpital Razi, publiés en ce mois de septembre 2026, en font partie. Hausse des hospitalisations, hausse des consultations externes, hommes et femmes de toutes tranches d’âge confondues : l’établissement de la Manouba, pilier de la psychiatrie tunisienne, voit affluer une demande qu’il peine désormais à absorber. Le Dr Ghassen Amri en fait le constat. La question n’est donc plus de savoir si la santé mentale est un enjeu national, mais combien de temps encore on pourra la traiter comme un dossier secondaire.

Une souffrance aux causes multiples

Pour le Dr Ahmed Fouad Raqiq, il serait réducteur de chercher une explication unique. L’afflux des patients est le produit d’une accumulation : difficultés économiques, cherté de la vie, chômage, angoisse face à l’avenir, mais aussi conflits familiaux, pression professionnelle et scolaire. Pris isolément, chacun de ces facteurs est supportable. Additionnés, prolongés, sans écoute ni accompagnement, ils finissent par fissurer les plus solides.

Ce diagnostic rejoint celui de plusieurs rapports, qui établissent un lien direct entre souffrance psychologique, violences, discriminations, précarité et difficultés d’accès aux soins. Fait notable : les jeunes figurent parmi ceux qui franchissent de plus en plus la porte des consultations psychologiques. On peut y lire une inquiétude, mais aussi un signe encourageant — une génération qui ose demander de l’aide là où ses aînés se taisaient.

Anxiété et dépression en première ligne

Les troubles anxieux et la dépression dominent le tableau clinique. S’y ajoutent les troubles liés au stress et aux traumatismes, ainsi que les problèmes d’usage de substances psychoactives. Autrement dit, les maux d’une société sous tension permanente.

Le vieillissement de la population fait par ailleurs peser un autre défi : la maladie d’Alzheimer, qui exige un suivi spécialisé, une prise en charge continue et un soutien aux familles. Une précision s’impose toutefois : il s’agit d’une maladie neurodégénérative, qui touche la mémoire et les capacités cognitives, et non d’un trouble psychiatrique au sens strict. La confusion, fréquente, contribue d’ailleurs à surcharger des circuits de soins qui ne lui sont pas destinés.

Un seul hôpital pour tout un pays ?

C’est là que se niche la vraie question. Peut-on raisonnablement demander à un seul établissement de porter une part aussi lourde de la santé mentale nationale ? L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait déjà pointé les insuffisances de l’offre de soins en Tunisie. Faute de services spécialisés suffisants dans les régions de l’intérieur, les patients convergent vers Razi, qui devient malgré lui l’entonnoir d’un système mal réparti.

Les constats nationaux vont dans le même sens : disparités régionales criantes, pénurie de professionnels spécialisés, coût des consultations et des médicaments hors de portée pour de nombreuses familles. Le résultat est connu : on consulte tard, souvent trop tard, et l’hôpital hérite de situations qui auraient pu être prises en charge bien en amont.

La solution commence hors des murs de l’hôpital

Le Dr Raqiq plaide pour un changement de paradigme : passer d’une politique centrée sur l’accueil hospitalier à une logique de prévention et d’intervention précoce. Cela suppose de donner aux médecins de première ligne et aux centres de santé de base les moyens de repérer les troubles psychiques et d’orienter les patients vers les spécialistes quand c’est nécessaire.

L’école, l’université et l’entreprise ont aussi leur rôle à jouer, à travers la sensibilisation, des cellules d’écoute et un accompagnement psychologique accessible. Une attention particulière doit être portée aux enfants, aux adolescents, aux femmes, aux personnes âgées et à toutes les catégories les plus exposées.

L’OMS va dans le même sens : intégrer la santé mentale aux soins de santé primaires, développer les services communautaires et former les soignants non spécialisés à détecter certains troubles. Autant de leviers qui relèvent moins du budget colossal que de la volonté politique et de l’organisation.

Briser le tabou, enfin

Reste le chantier le plus difficile, parce qu’il ne se décrète pas : la stigmatisation. En Tunisie, « aller chez le psy » reste encore trop souvent vécu comme un aveu de faiblesse, voire une honte familiale. Or un trouble psychique, comme une maladie physique, appelle un diagnostic, un traitement et un suivi. Rien de plus, rien de moins.

La saturation de Razi n’est pas qu’un problème de lits ou d’effectifs. C’est un signal d’alarme sur l’état moral d’une société. L’entendre, c’est déjà commencer à soigner

RAHMA. M

Bouton retour en haut de la page