Tuberculose de l’olivier : l’or vert tunisien en danger de mort

Tunis-UniversNews Après la poire, décimée dès 2012 par le feu bactérien, puis la figue de Barbarie, ravagée par la cochenille carmin apparue en Tunisie en 2021, c’est désormais l’olivier qui vacille. Le Syndicat tunisien des oléiculteurs signale la tuberculose de l’olivier dans plusieurs oliveraies de Mahdia et de Sfax et presse le ministère de l’Agriculture d’agir avant que la maladie ne se propage. Le précédent de la cochenille devrait pourtant servir de leçon : la FAO avait averti la Tunisie dès 2017, et le pays n’a réagi qu’une fois le ravageur installé, sans jamais parvenir à l’éradiquer.
Cette fois, l’enjeu est d’une tout autre ampleur, car l’olivier est la véritable richesse de la Tunisie. Lors de la campagne 2025-2026, la production a atteint le record de 500 000 tonnes, plaçant le pays au deuxième rang mondial derrière l’Espagne, avec des recettes d’exportation estimées à 1,6 milliard de dollars. Entre le début de la saison et fin juin, la Tunisie a exporté environ 352 000 tonnes d’huile, dont 48 000 tonnes conditionnées, un volume qui dépasse déjà l’ensemble de la saison précédente pour l’huile en bouteille. Le secteur pèse plus de la moitié des exportations agricoles, et la Tunisie est le premier exportateur mondial d’huile d’olive biologique. Aucun autre produit n’apporte autant de devises à l’agriculture nationale ni ne fait vivre autant de familles rurales.
L’alerte tombe d’autant plus mal que la récolte 2026-2027 devrait déjà reculer de 30 à 40 %. Or la maladie, causée par la bactérie Pseudomonas savastanoi, ne connaît aucun traitement chimique curatif, et sa propagation rapide exige un suivi régulier des arbres et une intervention dès les premiers symptômes. Les gestes de prévention sont connus : désinfection des outils de taille, traitement immédiat après la grêle ou les fortes pluies, élimination et brûlage des branches atteintes hors de l’oliveraie, achat de plants auprès de pépinières agréées et contrôlées. Encore faut-il qu’ils soient organisés, financés et appliqués à l’échelle du pays, et non abandonnés à l’initiative isolée de chaque agriculteur.
Car l’olivier tunisien n’est pas une simple marchandise. Il est un pan d’identité nationale, le témoin de trois millénaires d’histoire, de Carthage aux plaines du Sahel. Le perdre ne serait pas seulement une catastrophe économique, mais l’effacement d’une mémoire collective. La poire et la figue de Barbarie ont montré ce que coûte l’attentisme. Si l’État répète la même erreur, ce n’est pas un fruit qui disparaîtra des étals, mais le cœur même de l’économie agricole tunisienne.



