
UniversNews (EDITO) – Les relations de bon voisinage entre pays suivent une voie tortueuse au gré des intérêts de chacune des deux parties concernées, surtout que la proximité ouvre souvent la porte aux tensions et aux conflits, comme le confirment les faits historiques et les développements de la politique internationale qui amplifient, jour après jour, les considérations propres à chaque pays.
Ce rappel n’a pas pour but d’inciter à la confrontation entre pays aux frontières communes, car le principe fondamental est celui du bon voisinage, notamment entre peuples partageant de nombreux points de convergences et, la plupart, avec des liens de parenté, même. Force est de constater qu’en Tunisie, le changement de régimes et de présidents n’a pas altéré la conviction de l’importance de ce principe, en particulier vis-à-vis de l’Algérie, un « pays frère », comme on aime le qualifier.
La Tunisie a vécu, avec ce pays, les phases les plus délicates et les plus difficiles de la guerre d’indépendance algérienne et en a payé le prix sans rien attendre en retour, car elle a agi en se fondant sur un ensemble de valeurs partagées. Cet ensemble de valeurs font valoir la grandeur du peuple tunisien qui transcende infiniment les limites de l’espace géographique. Les bombardements aériens français sur le paisible village de Sidi Youssef, le 8 février 1958, en furent un exemple frappant du prix payé par la Tunisie pour sa solidarité avec le peuple algérien frère.
La Tunisie continue de commémorer l’anniversaire de l’attaque, bien que cet événement ait perdu de son éclat pour diverses raisons, dont la plus importante est peut-être le sentiment croissant que les relations de solidarité et de fraternité entre la Tunisie et l’Algérie ne sont ni égales ni réciproques, mais vont dans un seul sens : servir les intérêts du voisin occidental.
Il est indéniable que la responsabilité n’incombe pas au peuple algérien, mais plutôt à ceux qui détiennent les rênes du pouvoir en Algérie depuis l’indépendance et qui refusent d’admettre que la Tunisie puisse avoir sa propre identité qu’elle exprime par des politiques qui ne correspondent pas à celles de son voisin occidental, tant sur le plan intérieur qu’extérieur. Ce rejet a atteint son paroxysme, avec le déchaînement de forces destructrices, en coordination avec le régime de Kadhafi en Libye, pour tenter de renverser le pouvoir en Tunisie et, peut-être, pousser à sa partition, lors de l’attaque de Gafsa en janvier 1981. Le silence qui accompagne ces événements équivaut à de la complicité, malgré son importance symbolique, et le fait de le reléguer dans l’oubli entretient la crainte de sa réédition… surtout qu’une erreur reconnue est à moitié pardonnée et que l’autre moitié peut provenir des agissements futurs des dirigeants algériens envers la Tunisie.
Aujourd’hui encore, certains estiment que cette solidarité n’est pas toujours réciproque et que les intérêts tunisiens sont parfois relégués au second plan. L’attaque de Gafsa en janvier 1981, coordonnée avec le régime de Kadhafi, illustre les tensions et les risques historiques liés à ce voisinage.
Une reconnaissance officielle et un mea culpa de la part de l’Algérie pourrait non seulement tourner la page d’un passé douloureux, mais aussi renforcer une coopération basée sur le respect et la confiance mutuels.
La leçon est claire : le voisinage entre la Tunisie et l’Algérie reste une richesse historique, mais il exige vigilance, dialogue et équité pour éviter que le passé ne se répète.
L’espoir est que l’appellation « Grand Maghreb arabe » ne reste pas, encore pour longtemps, une locution vide de sens, surtout que dans un monde de loup, comme on le constate de plus en plus, aujourd’hui, avec la prévalence de la loi de la jungle et la domination du plus fort. Les divergences sont futiles, surtout que chacun des pays de cette entité géographique et qui pourrait être destinée à un meilleur sort se doit de consentir la considération et le respect à ces voisins et discuter avec eux d’égal à égal, pour l’intérêt de tous.
De la Mauritanie à la Libye… en passant par le Maroc, l’Algérie et la Tunisie ont tous les moyens pour s’imposer comme une zone et une entité d’influence… Malheureusement, en vivant dans la discorde et les tentatives de faire du tort à ses voisins… on ne peut que se présenter qu’en tant qu’une victime expiatoire à la portée de toutes les forces voraces !!!
Mustapha MACHAT



