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Viandes rouges : un déficit de production de 60%: L’urgence d’une restructuration de la filière

La Tunisie met en œuvre une stratégie ambitieuse pour revitaliser la filière de l’élevage et augmenter la production de viande rouge qui a baissé de 60% par rapport aux années 80, a indiqué Abderrahmane Bejaoui, membre de la Chambre syndicale nationale des bouchers et président du syndicat régional des bouchers de Bizerte, précisant que le marché tunisien nécessite une intervention urgente de l’État et du ministère du Commerce, particulièrement à l’approche du mois de Ramadan.

Il a appelé à réactiver le rôle de la Société des viandes et à fournir des quantités supplémentaires pour couvrir les besoins du marché, tout en assurant l’approvisionnement en ovins sur pied, afin de réguler l’offre et les prix durant le mois de Ramadan.Les prix des viandes rouges ont franchi le seuil des 49 dinars le kilogramme, tandis que ceux de la viande ovine s’approchent de la barre de 64,8 dinars , plongeant les ménages dans une situation financière de plus en plus précaire.

Cette flambée des prix s’inscrit dans un contexte marqué par de fortes disparités tarifaires d’un point de vente à l’autre et selon la qualité des viandes proposée aux consommateurs, relate Abderrahmane Béjaoui. De nombreux citoyens constatent, avec amertume, que s’offrir un kilo de viande est devenu un luxe difficilement accessible, grevant lourdement le budget familial, déjà fragilisé par la hausse continue du coût de la vie. Cette situation pèse également de tout son poids sur les bouchers , qui se retrouvent pris entre le marteau et l’enclume face à des équations économiques   de plus en plus complexes. D’un côté, l’augmentation du coût d’achat du bétail et de la viande rogne leurs marges tandis que, de l’autre, la baisse du pouvoir d’achat des clients limite drastiquement leurs ventes.

Appel à la régulation des circuits de distribution

Le président du syndicat régional des bouchers de Bizerte a précisé que la Tunisie importe des veaux depuis la France et l’Irlande, soulignant que l’État demeure l’acteur capable d’intervenir pour faire pression sur les prix et garantir l’équilibre du marché. Il a insisté sur la nécessité de réguler les circuits de distribution de la viande, critiquant ce qu’il a qualifié de prolifération de l’abattage illégal, de Bizerte jusqu’à Ben Guerdane tout en appellant à réglementer les relations entre éleveurs et bouchers ainsi qu’à encadrer le rôle des intermédiaires, en fixant des prix clairs entre l’éleveur, l’agriculteur et le boucher afin de garantir les droits de toutes les parties prenantes.

Il a souligné la nécessité d’offrir davantage de moyens aux éleveurs pour leur permettre de commercialiser leur bétail dans des conditions organisées tout en  critiquant l’état des marchés aux bestiaux, affirmant que la Tunisie ne dispose pas de marchés organisés selon les normes requises ; il s’agit plutôt d’espaces ouverts (« battahi ») dépourvus des conditions nécessaires pour encadrer les opérations de vente

Identification et recensement du bétail

 Bejaoui a indiqué que les professionnels réclament depuis près de 40 ans la mise en place d’un système d’identification du bétail, estimant que l’État se doit de connaître le nombre de têtes de bétail dans le pays avec la même précision que celle appliquée au recensement de la population tout en affirmant que la connaissance du volume du cheptel et de la production disponible est essentielle pour évaluer les besoins du marché et élaborer des politiques claires garantissant l’approvisionnement des citoyens en viande. La  consommation moyenne d’un citoyen tunisien est estimée à environ 6 kilogrammes de viande par an. Cette situation nécessite, selon lui, une planification préalable de la production et de l’approvisionnement, ainsi qu’une régulation du marché, en particulier durant les périodes de forte demande comme le mois de Ramadan.

                                                                                 Mohamed Sélim

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