
Tunis, UNIVERSNEWS (SEF) – Sans tambour ni trompette, la Tunisie s’apprête à vivre une révolution fiscale silencieuse.
Dans le cadre du Projet de Loi de Finances 2026 (PLF 2026), le gouvernement introduit une série de mesures qui vont transformer en profondeur la manière dont l’État perçoit, contrôle et suit les recettes fiscales.
Au cœur de cette mutation : la généralisation de la facture électronique et la mise en place des caisses enregistreuses connectées, deux instruments clés de la digitalisation fiscale.
Un nouveau modèle de transparence et de traçabilité
Derrière ces dispositifs techniques se cache une ambition claire : tracer chaque transaction et réduire les zones d’ombre de l’économie informelle, qui représente encore plus d’un tiers du PIB tunisien.
La facture électronique deviendra progressivement obligatoire pour toutes les entreprises et professions libérales, tandis que la caisse enregistreuse connectée transmettra en temps réel les données de vente à l’administration fiscale.
Ces outils permettront :
- De mieux contrôler la TVA et les recettes de commerce ;
- De lutter contre la dissimulation des ventes ;
- Et de moderniser la chaîne de collecte de l’impôt, souvent lente et manuelle.
En parallèle, le PLF 2026 prévoit la dématérialisation complète des déclarations fiscales et douanières, avec l’objectif d’une administration 100 % numérique à l’horizon 2028.
Une réforme de fond… aux effets de surface ?
Sur le papier, la réforme est prometteuse : plus de transparence, moins de fraude, meilleure efficacité.
Mais sur le terrain, les défis sont considérables.
La réussite dépendra d’abord de la maturité numérique de l’administration, souvent freinée par des systèmes vétustes et un déficit de compétences techniques.
Elle suppose aussi une adhésion massive du secteur privé, notamment des petits commerçants et artisans, souvent réticents à s’équiper de caisses connectées ou à s’engager dans des démarches digitales jugées coûteuses et complexes.
Un enjeu budgétaire et moral
La digitalisation de la fiscalité n’est pas qu’un chantier technique : c’est un enjeu de crédibilité et de justice fiscale.
Le gouvernement y voit un moyen d’améliorer le rendement de l’impôt sans alourdir la charge des contribuables.
Mais au-delà des recettes, cette réforme traduit un changement de culture : celle d’un État qui ne veut plus “chercher” l’impôt, mais le recevoir automatiquement, en toute transparence.
Selon des sources au ministère des Finances, la généralisation de la facture électronique et des caisses connectées pourrait, à terme, rapporter entre 500 et 700 millions de dinars supplémentaires par an, en réduisant les pertes liées à la fraude et à l’informel.
Une révolution à consolider
Le PLF 2026 ouvre la voie à une fiscalité plus intelligente, plus équitable et plus prévisible.
Mais cette révolution numérique restera incomplète sans une infrastructure solide, une volonté politique constante et une pédagogie envers les contribuables.
La Tunisie entre dans une ère nouvelle, où chaque facture, chaque transaction, chaque paiement pourrait un jour être tracé, sécurisé et comptabilisé.
Une avancée majeure pour la justice fiscale, à condition qu’elle ne devienne pas, comme tant d’autres réformes, une promesse restée au stade du projet.



